Idées et débats
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Yuval Noah Harari : l’IA, une menace pour les sociétés humaines !

Pour terminer 2024, MCD a sélectionné un essai, « Nexus » de Yuval Noah Harari, qui a ouvert le débat, apporté des perspectives historiques et contredit des idées reçues.
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Depuis cent mille ans, nous, les Sapiens, avons acquis un gigantesque pouvoir. Mais malgré nos découvertes, inventions et conquêtes, nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise existentielle inédite. Le monde est au bord de l’effondrement écologique. Les tensions politiques se multiplient. La désinformation abonde. Et nous entrons de plain-pied dans l’ère de l’IA, un réseau d’information qui sera bientôt capable de nous dominer.
Avec ce nouvel ouvrage, Yuval Noah Harari, l’auteur du best-seller mondial Sapiens, revisite l’histoire de l’humanité pour comprendre comment les réseaux d’information ont fait et défait notre monde. Il aborde les choix cruciaux auxquels nous sommes – et serons – confrontés, au moment où l’IA révolutionne la médecine, la guerre, les démocraties, et menace notre existence même.
Nexus est un livre capital pour comprendre comment, en faisant des choix éclairés, il nous est encore possible d’empêcher le pire.
Le nouvel ouvrage de Yuval Noah Harari, « Nexus », est une œuvre dans laquelle il montre comment l’homme a conquis du pouvoir sur le monde en se dotant d’un vaste réseau d’informations. Interrogé par Jean Leymarie, il nous donne son analyse sur le rôle de l’IA et ses conséquences dans nos sociétés.
- Yuval Noah Harari historien et professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem, auteur du best-seller international Sapiens, une brève histoire de l’humanité (Albin Michel) et de Pourquoi le monde est-il injuste ? (illustré par Ricard Zaplana Ruiz, chez Albin Michel Jeunesse, 2023)
Après ses précédents best-sellers, Yuval Noah Harari livre dans « Nexus » une histoire des réseaux d’informations humains. Cet ouvrage est une plongée au cœur de l’Intelligence artificielle, de ses promesses, et de ses dangers. Interrogé par Jean Leymarie, l’auteur lève le voile sur les grands questionnements actuels suscités par la généralisation de l’IA dans nos sociétés.
L’impact des algorithmes sur la démocratie
Revenant sur la récente élection de Donald Trump à la Maison Blanche, Yuval Noah Harari souligne que la plus grande intervention de l’IA ces dernières années s’est opérée dans les médias, les réseaux sociaux. À ses yeux, « ces derniers sont contrôlés par les algorithmes de l’IA qui, de façon délibérée, diffusent de la colère et de la haine et, ce faisant, torpillent les fondements de la démocratie ». Il soulève un paradoxe : « nous avons devant nous la technologie la plus sophistiquée de l’histoire et pourtant, nous sommes en train de perdre la capacité de nous parler, de mener une conversation rationnelle ». Il voit en Trump le « candidat de la colère » qui parle de « rendre encore plus grande l’Amérique alors que les États-Unis sont déjà le pays le plus puissant du monde et sont en train de gagner la course de l’IA. Pourquoi sont-ils en colère ? De quoi ont-ils donc peur ? » se demande Harari.
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L’IA : nouvelle maitresse des médias ?
Harari définit l’IA comme la première technologie qui est, non pas un « outil », mais un « agent », dans la mesure où elle est capable de prendre des décisions par elle-même. A la différence d’un ordinateur qui ne fait qu’exécuter les demandes d’un être humain, l’IA « créée, invente de nouvelles idées, apprend par elle-même ». C’est donc une faculté d’autonomie et de prise d’initiative qui la distingue de toutes les technologies du passé. Harari mobilise l’exemple des médias : « ceux-ci forment la politique, le débat humain. La décision de ce dont on va parler dépend d’un rédacteur en chef. Sur les plateformes, l’IA décide désormais qu’elle sera la prochaine vidéo en haut de votre fil d’actualité. Elle a même trouvé comment les gens pouvaient passer plus de temps sur les réseaux : c’est en attisant la haine que l’on fidélise un être humain car, de cette manière, il est plus engagé sur un thème ».
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Interprète : Michel Zlotowski
Crise politique sans précédent dans l’histoire de la Ve République française, élections américaines qui ont remis Donald Trump au pouvoir, reconfiguration sans fin du Moyen-Orient suite au 7 octobre 2023, guerre en Ukraine, réchauffement climatique, révolution de l’IA… 2024 n’aura pas été de tout repos pour qui tente de suivre l’actualité. Heureusement, des livres précieux nous aident à comprendre ces bouleversements vertigineux. Nous en avons sélectionné dix, parus cette année, en français ou en anglais. Des essais qui ont ouvert le débat, apporté des perspectives historiques, contredit des idées reçues avec des chiffres, stimulé la réflexion, parfois choqué, mais nous ont tous fait réfléchir.
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Nexus, par Yuval Noah Harari (Albin Michel)
Dix ans après Sapiens, l’historien israélien publie une nouvelle fresque sur notre espèce, mais en se concentrant cette fois-ci sur les réseaux d’information. Nexus est bien plus qu’un cri d’alarme contre les risques posés par l’intelligence artificielle. De l’âge de pierre à l’âge du silicium, Yuval Noah Harari montre comment chaque révolution technologique a entraîné de profonds bouleversements politiques, économiques et sociaux. Avec son esprit de synthèse et son style limpide, le professeur à l’université hébraïque de Jérusalem fait passer quelques idées importantes. Sur l’information, il y a selon lui deux visions dominantes, dont il faut se méfier : la « vision naïve », selon laquelle plus on accumule d’information grâce à la technologie, plus l’humanité accumule aussi du savoir et de la sagesse ; et la « vision populiste », qui à l’inverse estime que la vérité n’existe pas et que tout n’est que lutte de pouvoir (une vision partagée par Donald Trump comme une partie de la gauche…).
On retiendra que le travail d’éditeur est plus puissant que celui d’auteur. Harari rappelle ainsi qu’aux débuts du christianisme, de nombreux évangiles et apocalypses étaient en circulation, se contredisant souvent. C’est réellement l’Eglise qui, en faisant le tri entre textes canoniques et apocryphes, a façonné la religion et donc notre société occidentale pendant des siècles. Or, aujourd’hui, ce pouvoir d’éditeur est confié à des algorithmes d’une poignée de géants du numérique (Google, Meta…) qui décident des informations qui doivent être mises en avant ou non.
Comme à son habitude, Yuval Noah Harari aime envisager des scénarios futurs qui frappent les esprits, comme ce « rideau de silicone » qui, après le rideau de fer, pourrait à nouveau morceler le monde autour de l’opposition grandissante entre la Chine et les Etats-Unis, les deux superpuissances en matière d’IA. Il va jusqu’à imaginer des religions dominées par des super-intelligences qui décideront de quelle sera la bonne lecture des textes sacrés. En attendant, l’être humain que nous sommes ne saurait trop recommander de lire ce Nexus, sans doute l’ouvrage le plus stimulant de celui que The Economist avait présenté comme le « premier intellectuel global du XXIe siècle ».
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MCD