«La violence devient un mode d’expression ou un moyen de survie»
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Stéphanie Loup, docteure en criminologie, réagit à la montée de violence des trafiquants de drogue et à l’enrôlement des jeunes dans ces réseaux.
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La précarité est-elle un terreau pour la délinquance?
Ce n’est pas la pauvreté qui mène à la délinquance, mais le creusement de l’écart entre les classes sociales. La société nous pousse à avoir des aspirations élevées en termes de réussite, mais les individus n’ont pas toujours les moyens d’y parvenir. Il peut alors arriver qu’ils empruntent d’autres voies, non légitimes. En résumé, les recherches en criminologie montrent que plus les écarts entre les riches et les pauvres sont grands, plus le terreau pour la délinquance serait fertile.
La Suisse a un des salaires médians les plus élevés d’Europe avec 6902 francs par mois. Mais près d’une personne sur dix est considérée comme pauvre. Faut-il s’inquiéter de ce grand écart?
La délinquance est toujours multifactorielle. Cependant, l’écart qui est très clairement en train de se creuser entre les classes sociales en Suisse pourrait participer à augmenter la délinquance.
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Comment les mineurs sont-ils enrôlés dans des réseaux de trafiquants?
L’un des principaux mécanismes d’enrôlement repose sur la vulnérabilité des jeunes. Selon la théorie de l’apprentissage social, ces mineurs sont exposés à des modèles déviants qu’ils finissent par imiter. Une promesse de protection, d’argent facile ou même d’un statut au sein d’un groupe peut suffire à les convaincre de s’impliquer.
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Comment ces jeunes sombrent-ils dans la violence? Par docilité, par mimétisme?
La science a démontré que la présence de pairs déviants est un prédicteur majeur de la délinquance et de la violence chez les jeunes. Ils adoptent et reproduisent des comportements qu’ils perçoivent comme valorisés au sein de leur groupe. Ce phénomène repose sur l’imitation, mais aussi sur une construction identitaire où la violence devient un mode d’expression ou un moyen de survie.
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Existe-t-il un profil type d’un jeune qui se retrouve à travailler pour un réseau de trafiquants?
En criminologie, on ne parle pas de profil concernant les jeunes, mais plutôt d’une convergence de plusieurs facteurs tels que le décrochage scolaire, le manque de soutien familial, la fréquentation de pairs déviants ou encore l’exposition à des environnements criminogènes. Si, en plus, le jeune consomme les substances qu’il vend, son engagement dans le réseau ou d’autres activités illégales peuvent s’intensifier pour financer sa propre consommation.
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Existe-t-il différents degrés de délinquance par lesquels passent ces jeunes? Si oui, comment se mesurent-ils?
Oui, la délinquance juvénile suit généralement deux grandes trajectoires. La première concerne des infractions mineures et temporaires, souvent limitées à l’adolescence. La seconde est plus préoccupante: elle débute tôt et évolue vers des carrières délinquantes persistantes, avec des actes de plus en plus graves et répétés. L’enjeu est de détecter le plus tôt possible cette deuxième trajectoire pour intervenir efficacement. Une démarche criminologique structurée d’évaluation et de gestion des risques permet d’identifier les facteurs de risque et de protection propres à chaque jeune afin de mettre en œuvre les mesures préventives les plus adaptées.
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Est-il possible pour ces jeunes de s’en sortir?
Rien n’est irréversible. Les théories du désistement montrent qu’avec un soutien approprié, des opportunités éducatives et une réintégration sociale, chaque jeune peut bien sûr quitter la délinquance. La durée du processus dépend de chaque parcours, mais une sortie durable de la délinquance repose autant sur les efforts individuels que sur l’implication de la société.
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