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Rencontre « Renforcer la société civique »

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Transcription des deux interventions introduisant la rencontre « Renforcer la société civique » qui s’est tenue vendredi 7 février 2025 à Paris et en visio. Les termes en crochet [ ] sont de simple modifications de forme.

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Interventions

Patrick Viveret

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« Sur trois caractéristiques de la société civique versus société civile »

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« D’abord, [la société civique comprend] la partie des acteurs de la société civile qui, comme nous, considèrent que les enjeux proprement politiques sont des enjeux déterminants à prendre en compte, y compris pour mener des formes d’action, de projet, de plaidoyer, de résistance de toute nature, que ce soit dans l’univers associatif, dans l’univers syndical, dans l’univers culturel, qui prennent d’autres formes que, par exemple, la forme partidaire.
Donc c’est le premier élément pour éviter, avec le terme large de société civile, de confondre des éléments très différents.

La deuxième grande caractéristique, c’est que la société civique prend donc en compte pleinement les enjeux du politique, mais avec une caractéristique fondamentale qui est celle d’un autre rapport au pouvoir.

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Pour le dire d’une façon simplifiée, c’est du pouvoir de création démultiplié par de la coopération, donc c’est du « pouvoir de », et non pas du « pouvoir sur » de domination, [lequel] entraîne des conséquences absolument considérables sur la nature même du fait démocratique.
Ce n’est pas du tout la même chose d’être dans une logique de conquête et de maîtrise d’un pouvoir avec pour objet de créer une nouvelle forme de domination, même pour de bonnes raisons, [que] d’être dans un pouvoir qui cherche principalement à mettre en œuvre la puissance créatrice d’une société. Donc ce rapport différent au pouvoir est la deuxième caractéristique majeure de cette société civique.

Et la troisième caractéristique, c’est que la société civique est traversée, comme l’est la société politique traditionnelle, par un certain nombre de divergences, de différences, mais de la même façon qu’elle traite différemment le rapport au pouvoir, elle traite différemment le rapport aux divergences.
Quand on prend les débats présents, par exemple, on a à l’intérieur du monde syndical, du monde associatif, du monde culturel, de toutes nos associations, les divergences qu’on retrouve par exemple entre les parties du Nouveau Front Populaire, pour ne prendre que cet exemple récent. Elles traversent tout autant nos associations, nos syndicats, nos mouvements citoyens, etc.
Simplement, là où dans une démocratie d’affrontement, principalement tournée vers des élections et vers une logique de conquête du pouvoir, la plupart du temps, le traitement des divergences se fait mal ou simplement par rapport de force entre les différentes forces constituées. L’une des caractéristiques de cette société civique, va être au contraire, de faire de ces divergences une richesse et de parier sur le fait que les alliances dont on parle (et c’est encore plus vrai à des échelles internationales, européennes que proprement nationales), vont devoir faire de ces divergences des atouts, là où la démocratie d’affrontement, la démocratie discontinue, réduite aux élections, en fait, au contraire, un facteur qui, dès qu’il y a une divergence un peu importante, risque de la transformer en fracture …

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Donc, c’est dans cet esprit que l’on utilise ce terme de société civique, qui est un terme volontairement dynamique et qui lui-même est source d’alliances.

Par exemple, il peut y avoir quantité d’acteurs de la société politique qui rentrent dans cette perspective d’un autre rapport au pouvoir, d’un autre rapport à la démocratie, donc il n’y a pas la même coupure que l’on retrouve par exemple entre société civile et puis parti politique. On peut avoir très bien quantité d’acteurs politiques (et plus il y en aura, mieux ce sera) qui rentrent dans cette conception. De la même façon qu’inversement nous connaissons tous dans la société civile des responsables d’associations ou des responsables syndicaux qui sont complètement dans des logiques de pouvoir comme rapport de force, conquête, captation, etc.

Donc, faire vivre cette société [civique], c’est aussi une façon permanente de nous auto-réformer nous-mêmes puisque la tentation du pouvoir comme maîtrise, comme domination, est une tentation permanente qui nous traverse tous ! »

Patrick Viveret
Archipel des Confluences

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Jean-Baptiste Jobard

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« Structurer la société civile comme force politique de résistance créatrice »

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Le CAC, le Collectif des Associations Citoyennes, c’est une histoire de succession de sursauts citoyens.

C’est un collectif qui a été créé en 2010 au moment où François Fillon était Premier ministre lorsque la « circulaire Fillon » essayait d’effacer les différences entre les associations et les entreprises.
C’est un sursaut citoyen qui a conduit des militants associatifs de différents domaines qui ne se connaissaient pas forcément à se rassembler et à créer cette dynamique sur laquelle [nous sommes toujours] 14 ans après et qui a eu plusieurs rebonds et autres moments de sursauts citoyens. Il n’y a pas que cette lutte contre la marginalisation.

[Nous avons eu] un autre sursaut citoyen à la fin des années 2010, au moment où on a dû utiliser un terme qu’on n’utilisait pas au début de l’histoire, c’est le terme de répression. On a alors [créé] avec d’autres un observatoire des libertés associatives. Cette histoire-là est toujours d’actualité puisque comme l’évoquait Marianne [Langlet], nous avons a été amenés à lancer cette semaine la création d’un comité d’action qui s’appelle « Budget et liberté associative 2025 » et qui est aussi un sursaut citoyen par rapport au passage en force au 49-3 du vote du budget qui est, je reprends les mots de Marianne, un carnage budgétaire, un instrument de coercition économique, en fait, une mise au pas du monde associatif sur le versant financier.

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Alors pourquoi est-ce que pour nous cette journée [du 7 février] est importante ? C’est parce que, systématiquement, à travers ces 14 ans d’histoire, nous avons tenté de ne pas être cornerisés, cantonnés à ces sursauts qui sont des postures défensives. On a donc essayé à chaque fois de voir comment est-ce qu’on pouvait mieux se défendre en contre-attaquant, mieux dire ce que l’on ne voulait pas, en explicitant ce qu’on voulait, en éclairant un certain nombre d’alternatives.

Pour moi, tout l’intérêt en fait de ce travail qu’on fait ensemble, comme c’est de plus en plus difficile de ne pas être seulement sur la défensive mais de contre-attaquer, passe par des alliances. Et je trouve que pour moi cette journée s’inscrit pleinement dans un texte que je trouve très important qui est « l’adresse à la société civique » de l’université d’été de Sète en octobre : ce texte dit très clairement, je pense, l’enjeu qui est posé devant nous.

Pour introduire cette journée, je peux livrer deux éléments de réflexion six mois après, [et indiquer] comment ce texte s’actualise. Vous allez voir que ces deux éléments n’incitent pas à un optimisme forcené … C’est pour cela que je trouve qu’il est très important d’avoir cette journée, d’arriver à faire collectif pour ne pas sombrer. [Car] ce qui se passe souvent après l’accélération, c’est le sentiment d’être un peu démuni.

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Pour moi, il y a deux éléments d’actualisation qui sont assez simples à poser :

Le premier concerne ce qui se passe dans le camp adverse, c’est-à-dire la formidable accélération de l’avancée du courant réactionnaire, puisque conservateur, et les formes de trumpisme, évidemment euphémisées, mais qu’on constate partout, et notamment en France.
Tout se passe comme si – et ce n’est pas à n’importe quel moment que cela se produit – le moment Trump était un moment où les vannes s’ouvrent. On est face à ce flux très fort de courant réactionnaire qui entraîne aussi une forme de sidération. Il faut faire face à cette sidération et ce n’est pas forcément simple.

Le deuxième point, c’est ce qui se passe dans le camp de nos alliés naturels, c’est-à-dire plutôt les courants progressistes.
Un élément très important des échéances électorales de juin et juillet derniers, c’est la place relativement inédite de la société civique dans la victoire relative du Nouveau Front Populaire.

[Mais] « chasser le naturel, il revient au galop », c’est-à-dire qu’au-delà du spectacle foncièrement dangereux, car foncièrement démobilisateur qu’offrent les divisions actuelles de la gauche, on voit aussi que le jeu d’acteurs entre acteurs de la société civique et acteurs du champ politique institutionnel a repris ses droits très vite.
Tout se passe comme si il fallait qu’on s’organise pour dire que non, « on ne veut pas rentrer à la maison », c’est-à-dire qu’on ne veut pas être dans ce jeu classique où, finalement, on ne se parle vraiment de manière un peu sérieuse qu’au moment des échéances électorales et que les partis politiques font un peu leur marché parmi nos rangs pour gagner leur liste …

C’est vraiment un autre rapport beaucoup plus mature à cette relation entre le politique et la politique qu’on veut installer. Je pense que c’est un des objets principaux, peut-être, de cette journée, d’avancer vers cela.

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Finalement, j’ai noté une question qui serait un peu la question-clé pour aujourd’hui : comment et avec qui se structure aujourd’hui et demain la société civique comme force politique créatrice ?.
[En d’autres termes,] à quelles conditions peut se structurer, aujourd’hui et demain, la société civique, comme force politique créatrice, en ajoutant, par rapport à ce que je vous disais au début sur l’histoire du CAC, comme force politique de résistance créatrice, puisqu’on est bien dans cette dialectique.

Pour être concret, [je souhaite] que l’on sorte de cette journée avec des échanges riches qui permettent d’avoir une vision plus claire à 17h qu’à 10h, avec un calendrier partagé et [avec] la manière dont s’organise la convergence et la congruence entre nos initiatives.
[Je souhaite aussi que nous ayons] des idées peut-être plus claires sur un certain nombre de concepts, sur [celui] très intéressant de société civique, sur la formulation d’axes de convergence et de congruence, [et enfin] d’avoir aussi, en termes de méthodes et d’enjeux organisationnels, des éléments de type comité de liaison pour avancer sur les fameux PPPP, les « premiers petits pas possibles ».

Et [ce sera] l’objet tout de suite des interventions sur des actions très concrètes et très fédératrices.

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Jean-Baptiste Jobard

 

https://www.archipel-confluences.org/WikiAdC/?AdC-Rencontre070225-1

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