Agriculture & Alimentation
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Pesticides : les épandages par drones autorisés en France pour les substances « à faibles risques »
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La mesure « concernerait » surtout certains vignobles escarpés et les bananeraies des Antilles. Elle déroge à l’interdiction qui avait été édictée en Europe en 2009.
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Un drone RMAX effectue un vol d’essai de pulvérisation sur des vignes, à Oakville, en Californie, en 2014.
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C’est le retour des pulvérisations aériennes en France. Le Parlement a définitivement adopté, mercredi 9 avril, la proposition de loi visant à « améliorer le traitement des maladies affectant les cultures végétales à l’aide d’aéronefs télépilotés », ouvrant la possibilité d’épandre certains pesticides par drones sur certaines cultures.
La mesure concerne les parcelles escarpées, dont la pente est supérieure à 20 %, les vignes mères de porte-greffes et l’ensemble des bananeraies, situées principalement en Guadeloupe et en Martinique. Le texte prévoit de n’autoriser le recours aux aéronefs que pour les produits de biocontrôle (phéromones, micro-organismes, etc.), les substances autorisées en agriculture biologique et les pesticides considérés comme « à faibles risques » par la réglementation européenne. Le texte a été voté conforme au Sénat à une large majorité, après avoir été adopté fin janvier par l’Assemblée nationale, où la majorité de la gauche avait voté contre.
En métropole, la mesure « concerne surtout certains vignobles, notamment dans le Beaujolais, l’Alsace ou les Pyrénées-Orientales », explique Henri Cabanel, sénateur (Parti socialiste) de l’Hérault et rapporteur du texte au Sénat. « Sur les terrains escarpés, l’application manuelle des traitements est pénible et dangereuse, dit le député (Renaissance) du Rhône Jean-Luc Fugit, l’auteur de la proposition de loi. L’usage de drones est plus sûr et les travaux de l’Anses [l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail] ont montré que l’exposition des opérateurs était réduite. » Selon M. Fugit, l’usage de drones permet en outre d’intervenir plus vite sur des parcelles difficiles d’accès et de réduire les quantités de substances pulvérisées.
Les épandages aériens ont été interdits en Europe par la directive de 2009 sur les pesticides – une interdiction transcrite dans le droit national en 2011. Depuis, les producteurs de bananes des Antilles françaises ont régulièrement requis des dérogations pour traiter la canopée de leurs arbres, mais les conditions d’octroi de dérogations ont été durcies en 2014.
« Sur les bananiers, certaines maladies se développent au sommet des arbres, et étaient auparavant traitées par hélicoptère, explique M. Cabanel. L’interdiction des épandages aériens s’est traduite, selon les producteurs, par des baisses importantes de rendements, allant jusqu’à 50 %. » Le sénateur socialiste ajoute que les contraintes sur la nature des produits autorisés ne permettront toutefois pas de résoudre l’ensemble des problèmes rencontrés par les producteurs de bananes des Antilles françaises.
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Tests de pulvérisation par « aéronefs télépilotés »
La Guadeloupe et la Martinique font partie des territoires les plus sensibilisés à la question des pesticides. Un insecticide très persistant, cancérogène et perturbateur endocrinien, le chlordécone, y a été utilisé pour traiter le charançon du bananier jusqu’en 1993 ; il imprègne aujourd’hui tous les milieux ainsi que plus de 90 % des Antillais, qui encourent des risques accrus de cancer de la prostate notamment. M. Cabanel assure que la spécificité de ces territoires a été prise en compte : « Il n’est pas question d’utiliser des drones pour épandre des produits aussi toxique et dangereux », explique-t-il.
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Le texte s’inscrit dans la continuité de la loi Egalim, adoptée en 2018, et qui a permis de mener des tests de pulvérisation par « aéronefs télépilotés » dans certaines exploitations jusqu’en 2021. Les résultats de ces expériences ont été rassemblés et analysés par l’Anses, dans une note d’appui scientifique et technique rendue en 2022. L’agence souligne les nombreuses limites expérimentales de ces tests, mais indique (sans surprise) que le niveau d’exposition des applicateurs de pesticides est réduit par rapport à la pulvérisation manuelle. En revanche, s’agissant des effets de dérive des produits pulvérisés, l’agence constate que par rapport aux méthodes classiques, l’usage de drones peut augmenter, ou réduire, l’exposition des riverains des parcelles, selon les conditions (type de buses, hauteur de pulvérisation, vitesse du drone, présence de vent, etc.).
L’Anses se garde toutefois d’un avis tranché et recommande de « répéter les essais tout en améliorant la qualité des protocoles expérimentaux ». « Le texte prévoit aussi la possibilité de poursuivre ces expérimentations sous l’autorité de l’Anses, dans d’autres contextes que les terrains escarpés, explique M. Fugit. Mais ces expérimentations ne pourront être menées qu’avec les mêmes produits, tous considérés comme à faible risque. »
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Stéphane Foucart à suivre sur Le Monde