De Sud Radio à France Télévisions, la désinformation climatique fleurit dans les médias français, alertent trois associations
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De janvier à mars, trois ONG environnementales ont passé au peigne fin les contenus des 18 principales chaînes de télévision et radios françaises. Selon les premiers résultats, publiés ce jeudi 10 avril, 128 cas de désinformation climatique ont été recensés, soit une dizaine de cas par semaine.

Alors que les événements météorologiques extrêmes se multiplient et que l’Europe a connu le mois de mars le plus chaud de son histoire – conséquence directe du dérèglement climatique causé par l’activité humaine –, de nombreux discours assénés sur les plateaux télés et les chaînes de radio françaises contredisent des vérités établies par le consensus scientifique international. Au total, du 1er janvier au 31 mars 2025, 128 cas avérés de désinformation climatique ont été détectés, «soit une moyenne de dix par semaine», révèlent ce jeudi 10 avril les premiers résultats d’une étude menée conjointement par trois associations environnementales spécialistes du traitement médiatique des questions climatiques (les résultats définitifs seront disponibles en septembre). Parmi ces cas, des affirmations «non étayées», «scientifiquement contredites», «manipulatrices par omission» ou encore «fondées sur des théories invalidées».
Pour établir cette analyse, la première du genre, Data for Good, QuotaClimat et Science Feedback ont passé au crible des centaines d’heures des programmes d’information des dix-huit principales chaînes de télévision et radios françaises, en utilisant un programme d’intelligence artificielle conçu pour l’occasion. La presse écrite est exclue de cette étude, faute de pouvoir lui appliquer cette technologie. Après un premier «filtre» opéré par l’IA, chaque «cas à risque» de désinformation climatique a été vérifié à la main, explique Jean Sauvignon, chef des études pour QuotaClimat. Résultat : «Sud Radio et CNews sont les plus grands désinformateurs en ce qui concerne le climat. Et ce n’est pas étonnant, puisque ce sont deux chaînes qui ont été condamnées pour désinformation climatique par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).»
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Cette radio privée – détenue par le groupe Fiducial, lui-même fondé par le milliardaire Christian Latouche – se hisse sur la première place du podium et concentre 31 % des cas de désinformation détectés, soit 40 occurrences. CNews, chaîne du groupe Bolloré, se place en seconde position, avec 26 cas recensés. Viennent ensuite LCI et RMC avec 11 occurrences puis BFM TV (10). «Si on avait identifié les médias fautifs, on ne s’attendait en revanche pas à enregistrer autant de cas», remarque Emmanuel Vincent, fondateur de Science Feedback. Une recrudescence de propos niant le réchauffement climatique qui lui fait dire que «les médias français commencent à se comporter comme les médias américains, avec une importante dérive idéologique». Deux sujets sont particulièrement attaqués : l’énergie, notamment sur la question des énergies renouvelables, et la mobilité, avec en premier plan les voitures électriques.
De son côté, Patrick Roger, directeur général de Sud Radio, rétorque à Libération avoir «fortement augmenté [ses] émissions sur l’environnement et l’aménagement des territoires» et être «sans doute la radio [qui y] consacre autant de temps d’antenne». Il assure vouloir «donner la parole à tous les acteurs», y compris «certaines personnes qui peuvent remettre en cause certains choix ou orientations». CNews se refuse à tout commentaire.
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Les médias traditionnels «perméables à la désinformation climatique»
Le collectif d’associations environnementales souligne par ailleurs que si le secteur des médias privés «tire largement la désinformation climatique à la hausse», avec «plus de 81 % de la désinformation relative identifiée», le phénomène n’épargne pas l’audiovisuel public. «La plus grande partie des médias traditionnels, privés mais aussi publics, sont donc perméables à la désinformation climatique, notamment à cause d’invités politiques sur les plateaux qui ne sont pas contredits par exemple ou des paroles rapportées», complète Jean Sauvignon. Cela va à l’encontre des idées reçues, «de cette idée que les fake news ne circulent que sur les réseaux sociaux».
Parmi les trois mois passés en revue, les plus importants «pics» de désinformation particulièrement notables se situent «à proximité des grands moments politiques et géopolitiques», décrit l’étude. Ainsi, «un gros pic a été enregistré dans les jours qui ont suivi l’investiture de Donald Trump, dans une période qui s’étale du 13 au 17 janvier», souligne Charles Terroille, responsable de projets à Science Feedback. La semaine du 10 au 17 mars, marqué par le lancement de la consultation publique finale sur la programmation pluriannuelle de l’énergie et la sortie du plan national d’adaptation au changement climatique, a également été une autre «période propice» à ce type de discours, remarque le spécialiste. Sur les mois étudiés, seuls TF1, France 3 Ile-de-France, M6, France 24 et RFI n’ont enregistré aucun cas de désinformation climatique.
Cette présence «ininterrompue» de fausses affirmations dans les médias traditionnels s’avère d’autant plus problématique qu’ils «détiennent un rôle de garant de véracité de l’information», note Jean Sauvignon. Le risque est de «normaliser les narratifs niant le changement climatique et de faire disparaître la frontière entre faits et opinions», conclut-il.
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