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Guerre contre l’ Ukraine

Le voile se lève sur la fin tragique de la journaliste Victoria Rochtchyna

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Arrêtée en 2023 et décédée l’année suivante à 27 ans, la journaliste ukrainienne a été torturée dans l’enfer carcéral russe, révèle le réseau Forbidden Stories. Une enquête est en cours.

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Christo Buschek,
Dajana Kollig,
Frederik Obermaier,
Bastian Obermayer,
Oliver Zihlmann

29.04.2025

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Un collègue de la journaliste ukrainienne Victoria Roshchyna tient une photo d’elle lors d’un événement en sa mémoire sur une place commémorative pour les soldats ukrainiens tombés au combat, à la Place de l’Indépendance à Kyiv, le 11 octobre 2024, durant l’invasion russe en Ukraine.
Cérémonie commémorative en hommage à Victoria Rochtchyna le 11 octobre 2024, à Kiev.
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En juillet 20 23, Viktoria Rochtchyna part pour son dernier reportage dans les territoires ukrainiens contrôlés par la Russie.

Elle est la seule journaliste ukrainienne, après l’invasion du 24 février 2022, à effectuer des reportages dans les régions occupées.

Son objectif : documenter les lieux où croupissent des centaines de civils ukrainiens, détenus en toute illégalité par les autorités russes…

Jusqu’à disparaître, elle aussi, dans l’une de ces prisons.

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Le réseau de journalistes Forbidden Stories et douze médias partenaires, a suivi les traces de son dernier reportage.

29 avril 2025

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Viktoria Rochtchyna, Journaliste jusqu’à la mort

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Rémy Ourdan et Poline Tchoubar

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Sevgil Musaieva n’a pas d’autre explication que d’avoir été confrontée au spécimen le plus extrême du « loup solitaire », une expression qui revient sans cesse quand quiconque, à Kiev, évoque la journaliste Viktoria Rochtchyna. Et ce qui aurait pu être une heure de gloire du journalisme en temps de guerre s’est terminé en tragédie.

Il n’y a guère pire, dans la vie d’un rédacteur en chef, que de perdre l’un de ses reporters à la guerre. Mais, le plus souvent, un journaliste meurt soit par le hasard d’un bombardement, soit dans le feu des combats en accompagnant des soldats, soit assassiné par un gouvernement ou une organisation armée. Sauf à s’interdire de couvrir le conflit, nul n’y peut rien. Là, c’est une histoire différente…

« Viktoria était une louve solitaire typique, talentueuse, courageuse », raconte Sevgil Musaieva, une journaliste criméenne devenue rédactrice en chef du site d’information Ukrayinska Pravda.

Comme possédée par la mission journalistique qu’elle s’était fixée, têtue et incontrôlable, la reporter « n’écoutait personne. Elle avait son plan. Elle ne demandait pas la permission de partir en voyage. Elle était déjà en chemin ou arrivée quelque part, lorsqu’elle appelait pour proposer un article ».

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Sous le feu d’armes automatiques

La passion de Viktoria « Vika » Rochtchyna (son nom est parfois orthographié « Roshchyna » par d’autres médias) l’a ainsi amenée à franchir les limites de l’infranchissable : se rendre, en tant que citoyenne ukrainienne, sous sa véritable identité, avec son passeport, en territoire ennemi, contrôlé par l’armée russe, sans même tenter d’entrer clandestinement. Ce qu’un journaliste international peut parfois réaliser, aucun citoyen d’un pays en guerre ne s’y risque généralement. Nul n’a pu empêcher la reporter ukrainienne d’aller de l’autre côté de la ligne de front, d’être capturée, de disparaître dans l’enfer carcéral russe et d’y trouver la mort à l’âge de 27 ans.

Viktoria Rochtchyna a été identifiée par des médecins légistes parmi un tas de cadavres anonymes rapatriés, le 14 février, lors d’un échange de corps entre Kiev et Moscou. Le bureau du procureur ukrainien, après autopsie et analyse ADN, confirme avoir émis, le 8 avril, un certificat officiel confirmant que « le corps d’une femme non identifiée est le corps de Viktoria Rochtchyna ».

Réuni par l’association Forbidden Stories, qui se consacre aux enquêtes sur les journalistes tués au cours de leurs missions, un groupe de médias internationaux, dont Le Monde, a enquêté à la fois sur la disparition de Viktoria Rochtchyna et sur le système carcéral russe pour les prisonniers civils ukrainiens.

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Née en 1996, à Zaporijia, Viktoria Rochtchyna se considérait, ainsi qu’elle l’a écrit dans sa notice biographique d’Ukrayinska Pravda, comme « journaliste depuis l’âge de 16 ans », lorsqu’elle hantait les prétoires à la recherche d’histoires à raconter. Après ses études à Kiev, elle officie comme chroniqueuse judiciaire pour le média Hromadske. Après l’invasion russe de l’Ukraine, elle effectue son premier voyage en territoire occupé en mars 2022, toujours pour Hromadske, et y connaît ses premières mésaventures. Sa voiture est d’abord prise sous le feu d’armes automatiques, alors qu’elle croise une colonne de chars russes. Elle s’en sort indemne.

Puis, après avoir envoyé un article depuis Enerhodar, où se trouve, près du front, une centrale nucléaire stratégique, elle tente de se rendre dans la ville alors assiégée de Marioupol avec un convoi humanitaire. Elle est arrêtée à un check-point de l’armée russe et détenue à Berdiansk. Hromadske annonce sa disparition, puis sa capture. Après des interrogatoires par des hommes des services secrets russes, elle est forcée d’enregistrer une vidéo dans laquelle elle remercie Moscou de lui avoir « sauvé la vie », et est finalement libérée après une semaine de détention.

De retour à Kiev, loin d’être découragée, Viktoria Rochtchyna annonce qu’elle prépare de nouveaux voyages en territoire occupé. Face aux dangers encourus, Hromadske se sépare d’elle. Très vite, la journaliste envoie de premiers articles de la zone occupée à Ukrayinska Pravda. Elle s’introduit notamment dans Marioupol assiégée et couvre, seule journaliste parmi les sympathisants prorusses et les badauds, les célébrations du 9 mai de « libération » de la ville, alors que les combats font encore rage autour de l’usine d’Azovstal, où les derniers défenseurs ukrainiens se sont retranchés.

Après avoir couvert la guerre dans le Donbass, du côté ukrainien cette fois, durant l’été 2022 pour le média Novosti, revoici Viktoria Rochtchyna en territoire occupé, en septembre, à Marioupol, Melitopol, Berdiansk, Enerhodar. En octobre 2022, elle apparaît en Crimée, occupée et annexée par la Russie depuis 2014, où elle retournera en mars 2023. Entretemps, la journaliste travaille de nouveau durant quelques mois du côté ukrainien de la ligne de front, couvrant les bombardements des populations civiles et enquêtant toujours, par l’intermédiaire de ses contacts, sur la vie en territoire occupé.

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Une mission presque impossible

C’est en juin 2023 que Viktoria Rochtchyna décide de retourner du côté russe. Elle en informe par message la rédactrice en chef d’Ukrayinska Pravda, Sevgil Musaieva. Son plan est d’établir une carte des prisons russes, d’identifier les endroits où les civils ukrainiens sont déportés et d’enquêter sur les camps de travail forcé en territoire occupé. Une mission presque impossible. Elle pense aussi avoir identifié des agents du FSB, le renseignement intérieur russe, opérant dans certains lieux de détention.

Cette fois, il n’est plus question de traverser le no man’s land entre Zaporijia et Marioupol, comme il était encore possible de le faire avec des convois humanitaires au cours de l’année précédente. Il faut faire le tour via des pays étrangers.

Fin juillet 2023, la journaliste quitte l’Ukraine pour la Pologne.

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Elle change les réglages de son téléphone, afin que chaque message, quelle que soit l’application, soit effacé instantanément.

L’enquête confirme qu’elle est ensuite entrée en Russie par la Lettonie.

Ce document, complété à la frontière le 26 juillet 2023, dit qu’elle se rend à Melitopol.

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Quelques jours plus tard, elle atteint les territoires ukrainiens occupés et prévient sa famille, qui vit à Kryvy Rih, de son arrivée en territoire ennemi.

Viktoria Rochtchyna cesse tout contact avec ses rédacteurs en chef le 3 août 2023, et est officiellement considérée comme « disparue » par le gouvernement de Kiev.

A-t-elle été capturée, ce jour-là ? A-t-elle ensuite tenté de travailler discrètement ou bien s’est-elle cachée ? Un chauffeur de la région affirme l’avoir croisée et avoir refusé de l’aider à franchir des check-points de l’armée russe, mais son témoignage est confus quant aux dates.

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Viktoria Rochtchyna disparaît dans l’enfer carcéral russe.

La journaliste est d’abord détenue en territoire ukrainien occupé, à la station de police d’Enerhodar.

Elle est ensuite transférée dans un « centre de filtration » de Melitopol connu parmi les prisonniers sous l’appellation « les garages ».

En décembre 2023, elle est transférée en Russie, dans le « centre de détention provisoire numéro 2 » de Taganrog, dans la région de Rostov-sur-le-Don.

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La prison de Taganrog, où Moscou enferme à la fois des prisonniers de guerre reconnus comme tels, combattants capturés sur le champ de bataille, et des civils détenus illégalement et sans procédure judiciaire, est, selon les témoignages d’ex-prisonniers échangés et revenus en Ukraine, l’une des pires geôles de l’armée russe.

Coups, tortures, privation de nourriture et de soins médicaux, interrogatoires et obtention sous la contrainte de fausses confessions, Taganrog est un lieu où, selon des témoignages de survivants, des détenus sont également morts, disparus à jamais.

L’enquête a permis, grâce aux témoignages d’anciens codétenus libérés lors d’échanges de prisonniers, d’obtenir des bribes d’informations sur la captivité de Viktoria Rochtchyna à Taganrog. Certains ont livré des détails au père de la journaliste et à l’avocate de la famille, ainsi qu’aux enquêteurs ukrainiens des services secrets et du bureau du procureur. Les sources contactées par les médias réunis par Forbidden Stories n’ont accepté de s’exprimer que sous le sceau de la confidentialité, parce que l’affaire Rochtchyna n’est pas définitivement résolue ou pour ne pas nuire aux détenus ukrainiens encore aux mains de la Russie.

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« Elle est arrivée et elle est devenue folle », témoigne un ex-prisonnier. Il apparaît que Viktoria Rochtchyna a été vue avec des cicatrices révélatrices de torture, notamment deux coupures suggérant des coups de couteau, ainsi que des traces pouvant avoir été causées par des chocs électriques – une pratique presque systématique envers les prisonniers ukrainiens. Elle a été maintes fois entendue en train de crier sur les gardiens. Elle a aussi réclamé des livres, et en a miraculeusement obtenu.

Le problème principal de Viktoria Rochtchyna, outre que tous les prisonniers sont sous-alimentés et perdent généralement des dizaines de kilos en captivité, est qu’elle a, à diverses périodes, refusé de se nourrir. Ses codétenues ont prévenu les gardes, mais il ne s’est d’abord rien passé. Jusqu’à ce que la journaliste sombre, perdant connaissance au moins une fois. « Elle était dans un tel état qu’elle ne pouvait même plus lever sa tête de l’oreiller », a témoigné une ex-détenue. Un docteur est venu, l’a examinée et l’a hospitalisée durant des semaines. Puis elle est revenue en prison, « avec un “papillon” [une aiguille de sécurité pour une perfusion] dans le bras », précise un témoignage. Elle est alors placée à l’isolement. « A la fin, elle était épuisée », raconte un ex-prisonnier.

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Un officier des services de renseignement ukrainiens, qui connaissait la reporter avant sa disparition et la décrit, lui aussi, comme un « loup solitaire », estime « évident » qu’elle risquait de ne pas revenir en vie de sa détention en Russie, d’une part à cause de son attitude rebelle et vindicative, alors que « la soumission est le seul moyen de survivre », d’autre part parce que sa maigreur risquait de lui interdire de résister physiquement aux tortures et aux privations.

Dans le cadre d’une autre enquête, menée par trois médias ukrainiens – le site d’investigation Slidstvo, le groupe audiovisuel public Suspilne et le média spécialisé dans les affaires judiciaires Graty – avec l’association internationale Reporters sans frontières (RSF), et publiée, le 3 mars, dans le documentaire Vika’s Last Assignment (« la dernière mission de Vika »), d’autres témoins, eux aussi ex-prisonniers libérés, confirment à la fois que la journaliste a été vue portant des traces de torture et qu’elle a été hospitalisée à la suite d’une grève de la faim.

De rares informations factuelles ont été reçues par la famille de Viktoria Rochtchyna, ce qui est inhabituel pour un civil ukrainien détenu en Russie hors de toute procédure judiciaire et sans accès à un avocat. Elles se résument à deux courriers et à un appel, mais c’est déjà beaucoup dans un pays où des milliers de personnes disparaissent sans laisser de trace.

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Outre que la journaliste est devenue, au fil de ses reportages, et depuis sa disparition, une personnalité connue en Ukraine, son père, Volodymyr Rochtchyn, a adressé diverses requêtes à l’administration russe. La première notification qu’il reçoit date d’avril 2024.

Elle est suivie d’un courrier officiel du ministère de la défense de Russie.

La lettre ne donne aucune information sur le lieu de détention ni sur une éventuelle procédure judiciaire à son encontre.

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Un appel téléphonique d’environ cinq minutes est ensuite passé par la captive à ses parents, le 30 août 2024. « On m’a promis que je serais de retour à la maison en septembre », leur dit-elle, incitant sa famille à espérer qu’elle soit déjà sur la liste d’un futur échange de prisonniers. On ignore pourquoi le FSB et les autorités pénitentiaires ont autorisé un tel appel, mais il semblerait qu’il ait été le résultat, selon l’avocate de la famille, Yevgenia Kapalkina, de « négociations de haut niveau entre les deux pays ». Volodymyr Rochtchyn affirme qu’un officier russe était également en ligne. Lui dit avoir tenté de « persuader Vika de manger, afin qu’elle ne meure pas de faim ».

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Le second courrier envoyé à la famille date d’octobre 2024.

Il affirme que Viktoria Rochtchyna est morte le 19 septembre et que son corps va être rapatrié dans son pays.

Entre l’appel téléphonique et ce courrier, il y a eu, en septembre, deux échanges de prisonniers entre l’Ukraine et la Russie et, chaque fois, l’espoir de voir revenir la journaliste a été déçu. Le commissaire aux droits humains de Kiev, Dmytro Lubinets, l’un des rares officiels ukrainiens autorisés à discuter avec Moscou en dehors des échanges entre les services de renseignement militaires, confirme de son côté, le 10 octobre, la mort de la reporter.

Notre enquête n’a pas permis de déterminer le lieu ni les causes de son décès. Une hypothèse est qu’elle soit morte d’épuisement, à la suite des mauvais traitements ou d’une seconde grève de la faim, même si sa voix enjouée au téléphone semble infirmer cette théorie. Une autre hypothèse est qu’il y ait eu un incident lors de son transfert vers le lieu d’un échange de prisonniers, à Taganrog, sur la route ou à la prison de Lefortovo, à Moscou, qui sert généralement de lieu de transit pour les détenus en voie d’être libérés.

La troisième hypothèse est qu’elle a été assassinée. Un ancien détenu prétend, sous le couvert de l’anonymat, que la journaliste a été extraite de sa cellule le 8 septembre 2024, pour ne pas y revenir. Pour un énième interrogatoire ou pour préparer la libération annoncée ? Le mystère demeure.

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Une seconde autopsie par des experts internationaux

Contrairement à ce qu’affirmait le courrier du ministère de la défense russe, le corps de la reporter n’est pas restitué à l’Ukraine lors de deux rapatriements de cadavres organisés entre les deux pays au mois de novembre 2024. La journaliste est finalement retrouvée parmi 757 corps rapatriés le 14 février 2025, mais son cadavre est anonyme et le sac mortuaire porte une marque indiquant « homme non identifié », soit par erreur, soit pour détourner l’attention. Une enquête judiciaire est ouverte, comme l’exige la loi ukrainienne, pour « détention illégale », « mauvais traitements » et « tortures » à l’encontre d’un civil.

Le corps de Viktoria Rochtchyna est en très mauvais état. Une autopsie a déjà eu lieu en Russie, certains de ses organes ont été prélevés et ses cheveux ont été rasés. La journaliste est finalement identifiée par les enquêteurs ukrainiens le 28 février, et un certificat officiel du bureau du procureur ukrainien est signé le 8 avril. Pour la famille, le coup est rude. Refusant encore, contre toute évidence, de croire à la mort de sa fille, Volodymyr Rochtchyn réclame qu’une seconde autopsie soit effectuée par des experts internationaux. Les résultats sont attendus prochainement.

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Le chef des enquêtes pour crimes de guerre du bureau du procureur général, Yuriy Bielousov, a pour la première fois admis, d’abord dans une lettre adressée à Forbidden Stories, puis publiquement le 24 avril, que « les experts ont conclu qu’il y a une probabilité de plus de 99 % que le corps soit celui de Viktoria ». Il a, par ailleurs, confirmé « de nombreux signes de torture et de mauvais traitements, dont des bleus et des éraflures sur diverses parties du corps, une côte cassée et des traces possibles de chocs électriques ». Le chef des enquêtes a également expliqué que « les parents ont demandé un examen additionnel du corps » et que le bureau du procureur travaille avec « des experts français » afin d’« établir les causes de la mort et la nature des blessures corporelles ».

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Viktoria Rochtchyna est la première journaliste ukrainienne à mourir en détention en Russie.

Depuis l’origine du conflit en 2014, « 112 journalistes ont été capturés et détenus illégalement » par les forces russes ou prorusses du Donbass, et « 30 journalistes sont actuellement prisonniers », selon Oksana Romaniuk, la directrice de l’Institute of Mass Information (IMI), une association ukrainienne de soutien aux médias. Depuis l’invasion de 2022, « 45 journalistes ont été capturés et 23 ont été libérés ».

Ceux qui croupissent en prison appartiennent essentiellement à ce que l’on surnomme en Ukraine le « groupe de Crimée », région annexée en 2014, et le « groupe de Melitopol », ville occupée depuis 2022, et sont davantage considérés comme des « journalistes citoyens » ayant documenté l’occupation russe que comme des professionnels. Une dizaine sont, à l’instar de Rochtchyna, des cas individuels variés.

Outre ces prisonniers, l’IMI a dénombré trois reporters tués entre 2014 et 2022, et 12 autres depuis l’invasion russe, dans l’exercice de leur métier. Des dizaines d’autres journalistes ont trouvé la mort en tant que civils, frappés au hasard d’un bombardement, ou comme combattants, après s’être engagés dans l’armée. RSF dénombre, pour sa part, « 13 journalistes ukrainiens et étrangers tués et 47 blessés » depuis 2022.

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« Viktoria était si jeune, si peu préparée à cette guerre, et elle a été détenue dans des conditions si terribles, s’émeut Oksana Romaniuk, les yeux embués de larmes. Elle voulait être la voix des gens vivant en territoires occupés. Certains collègues la trouvaient folle, mais elle était passionnée et très courageuse. » La directrice du Public Interest Journalism Lab, Nataliya Gumenyuk, une ex-collègue de Rochtchyna à Hromadske, pense que « ce n’était pas du courage pour la beauté du courage. Viktoria a pris des risques parce qu’elle croyait que c’était son devoir ».

A Ukrayinska Pravda, Sevgil Musaieva garde le souvenir d’une journaliste difficile à canaliser, qui « envoyait des messages à n’importe quelle heure de la nuit », une reporter « solitaire », « sans ami », et « 100 % consacrée à son travail ». « Elle était parfois en colère, puis elle revenait avec des friandises », sourit-elle. Avant son ultime départ vers les territoires occupés, elle avait offert à sa rédactrice en chef une boîte de chocolats Raffaello. « Lorsque Viktoria a disparu, j’ai trouvé cette boîte sur le siège arrière de ma voiture. Je l’ai gardée là au moins un an, jusqu’à ce que mon mec s’en débarrasse. »

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Un devoir d’informer

Sevgil Musaieva, elle aussi, est émue quand elle évoque la reporter disparue. « Lorsqu’elle a commencé à travailler pour nous, j’avais promis à une amie commune de prendre soin de Viktoria », raconte la rédactrice en chef. Elle ne peut révéler les détails de toutes les initiatives entreprises pour sauver la prisonnière, que ce soit avec les services secrets ukrainiens ou avec l’aide d’activistes et d’avocats russes, mais croit avoir fait de son mieux. « Nous avons fait tout notre possible pour qu’elle soit échangée. Je pense que nous étions très proches d’une libération. J’avais vraiment l’espoir de la ramener,raconte-t-elle. Ce fut vraiment très triste d’apprendre sa mort en captivité. Très difficile. »

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Sevgil Musaieva pense que l’intrépide reporter a « eu de l’impact ». Elle-même a passé des heures avec la journaliste à éditer son enquête sur la déportation d’enfants ukrainiens par la Russie. Elle est convaincue que Viktoria Rochtchyna fut un « pont » entre l’Ukraine et les territoires occupés, ce trou noir de l’information.

La première année de la guerre, à l’occasion de la remise d’une distinction pour ses reportages, le prix Courage en journalisme de l’International Women’s Media Foundation, Viktoria Rochtchyna avait rendu hommage à « tant de journalistes morts dans le combat pour la vérité ». Elle se considérait elle-même comme une « warrior », une « guerrière de l’information ». L’occupation par l’armée russe de régions ukrainiennes, puis le système carcéral de Russie ont brisé sa destinée.

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Rémy Ourdan et Poline Tchoubar et Le réseau de journalistes Forbidden Stories et douze médias partenaires, a suivi les traces de son dernier reportage.

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