Nucléaire : le centre d’enfouissement des déchets Cigéo pourrait coûter entre 26 milliards et 37 milliards d’euros
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L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs a mis à jour l’évaluation du coût de l’installation qu’elle prévoit désormais de ne mettre en service qu’en 2050 à Bure.
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Installation de capteurs de mesure avant de recouvrir la surface de la galerie, à 490 mètres de profondeur, dans le laboratoire souterrain de recherche du site d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, à Bure (Meuse), le 8 août 2024.
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Construire des galeries à 500 mètres sous terre, y stocker les déchets les plus dangereux produits par le parc nucléaire français et exploiter l’installation jusqu’à sa fermeture, au bout de cent cinquante ans, pourrait coûter entre 26,1 milliards et 37,5 milliards d’euros. Lundi 12 mai, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) doit remettre au ministère chargé de l’industrie et de l’énergie l’évaluation actualisée du coût total du projet Cigéo, un centre industriel de stockage géologique, pour la période 2016 (date d’une précédente évaluation)-2170. Ce chiffrage ne prend pas en compte le coût associé aux déchets qui seraient produits par six, voire quatorze nouveaux réacteurs pressurisés européens (EPR), dont la construction a été annoncée par l’exécutif.
Dans le centre d’enfouissement Cigéo, situé à cheval sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, doivent être entreposés, dans une couche d’argile épaisse de 150 mètres, les déchets nucléaires dits « de haute activité et de moyenne activité à vie longue », dont certains resteront radioactifs jusqu’à des centaines de milliers d’années.
L’Andra a déposé, en janvier 2023, une demande d’autorisation de création du site, sur laquelle l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) devrait rendre un avis global, d’ici au début de 2026. Des consultations puis une enquête publique sont prévues pour 2026 avant un éventuel décret ministériel permettant de lancer le chantier de ce projet contesté, attendu d’ici au début de 2028 – seul un laboratoire souterrain a, pour l’instant, été construit à Bure (Meuse).
« Ce dossier de chiffrage s’intègre dans le processus de demande d’autorisation de création. Le montant global du projet reste maîtrisé : nous sommes toujours dans la même échelle de coût qu’il y a dix ans », souligne Gaëlle Saquet, secrétaire générale et directrice générale par intérim de l’Andra – une nouvelle directrice générale, Lydie Evrard, est en cours de nomination.
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Durée de construction revue à la hausse
Un arrêté ministériel de 2016, pris à la suite d’une précédente évaluation, avait fixé la facture globale de Cigéo à 25 milliards d’euros. Comme il y a une dizaine d’années, les producteurs de déchets nucléaires – EDF, qui exploite les centrales, le groupe Orano, qui valorise les matières nucléaires et gère les déchets, et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) – doivent, eux aussi, livrer leurs estimations révisées, puisque ce sont eux qui financeront le centre d’enfouissement. Après avoir recueilli l’avis de l’ASNR, et en fonction de ces différentes évaluations, le ministère signera un nouvel arrêté fixant le coût total de Cigéo au plus tard en 2026. En 2016, l’Andra avait suggéré de porter le chiffrage à environ 34 milliards d’euros, tandis que le trio EDF-CEA-Orano l’estimait à 20 milliards d’euros.
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Pour parvenir à sa nouvelle évaluation, l’Andra a pu s’appuyer sur des études plus détaillées que celles d’il y a dix ans et sur les retours d’expériences d’autres grands ouvrages souterrains. A la différence d’autres projets, l’établissement public à caractère industriel et commercial doit évaluer un coût portant sur une période de cent cinquante ans. La phase de construction initiale, d’une durée de vingt ans, doit permettre de bâtir notamment les installations de surface, la zone où seront réceptionnés et descendus les colis de déchets et les premières zones de stockage – les 250 kilomètres de galeries et d’alvéoles seront ensuite creusés au fur et à mesure. Puis, la phase d’exploitation devrait durer environ un siècle, de 2050 à 2145, la phase de démantèlement et de fermeture du site, qui sera entièrement scellé, devrait s’achever aux alentours de 2170.
Alors que la mise en service était jusqu’ici prévue pour 2035-2040, ce nouveau chiffrage est l’occasion d’annoncer un report de la date estimée d’arrivée des premiers colis à l’horizon de 2050. La durée nécessaire pour effectuer les travaux de construction a notamment été revue à la hausse.
Comment expliquer que la fourchette de coûts varie de 26,1 milliards à 37,5 milliards d’euros – en euros de 2012, ce qui facilite la comparaison avec les précédentes estimations ? « Cela s’explique à deux tiers par la fiscalité et à un tiers par l’optimisation des gains », explique Gaëlle Saquet. Alors qu’il devra verser une taxe aux collectivités locales, refacturée aux producteurs de déchets, l’établissement a étudié différentes hypothèses de fiscalité, le coefficient de la taxe n’étant pas encore fixé pour la période d’exploitation.
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Densifier le stockage
La facture globale variera aussi en fonction de la capacité de l’Andra à optimiser et à densifier le stockage pour faire rentrer plus de déchets dans une surface moins grande, ce qui permettrait de creuser moins de galeries, ou à utiliser moins de matériaux ou des matériaux moins chers.
Pour l’heure, Cigéo anticipe l’enfouissement de 83 000 mètres cubes de déchets, soit les déchets les plus radioactifs des 57 réacteurs nucléaires d’EDF existants − on part de l’hypothèse que ces réacteurs, dont l’EPR de Flamanville (Manche), fonctionneront durant cinquante ans. Or, en l’état, le projet gouvernemental de nouvelle feuille de route énergétique (la programmation pluriannuelle de l’énergie, PPE) prévoit la prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de soixante ans mais aussi la relance de la filière de l’atome, avec la construction d’EPR et de petits réacteurs modulaires.
« Le nombre de réacteurs supplémentaires mais aussi les changements de politiques énergétiques, concernant, par exemple, le retraitement des combustibles usés, auront des conséquences sur le volume de déchets à stocker, la nécessité de réaliser des travaux de jouvence, le fait de devoir laisser l’installation ouverte plus longtemps… Il faut poser les bons jalons en termes d’études à réaliser, mais nous avons encore le temps », assure Gaëlle Saquet.
Perrine Mouterde et Adrien Pécout à suivre sur le Monde