Sélectionner une page

En Caroline du Nord, l’ultime scrutin des élections 2024 sourit (enfin) aux démocrates

.

 Élections américaines de 2024
.
Après des mois d’intense bataille politico-juridique, la victoire d’une juge progressiste à la Cour suprême dans l’Etat du sud-est des Etats-Unis a mis un point final, mercredi 7 mai, aux élections américaines de l’an dernier.
.
.
Allison Riggs, à Raleigh, en Caroline du Nord, le 14 avril 2025. 
.
 Frédéric Autran
 9 mai 2025
.

Il aura fallu six mois et deux jours d’empoignade politique, de recomptages méticuleux et de joutes judiciaires pour que s’éteigne enfin le tumulte électoral américain de 2024. Ce mercredi 7 mai, dans une déclaration empreinte de sobriété – en contraste saisissant avec l’acharnement déployé depuis novembre –, le républicain Jefferson Griffin a concédé sa défaite face à la démocrate Allison Riggs pour un siège à la Cour suprême de Caroline du Nord. Ainsi s’est refermée l’ultime course d’un cycle électoral titanesque aux Etats-Unis, fort de quelque 4 400 scrutins. Un épilogue qui, pour les démocrates, tient autant du soulagement que de la mise en garde.

.

L’élection, portant sur un siège en apparence marginal aux yeux du grand public, mais dont Libération avait néanmoins souligné les enjeux à l’automne, s’est transformée au fil des mois en bras de fer institutionnel d’envergure. Riggs, magistrate progressiste sortante, l’a emporté le 5 novembre avec une avance microscopique de 734 voix sur plus de 5,5 millions de bulletins. Mais Griffin, juge à la Cour d’appel, a refusé de reconnaître sa défaite. Brandissant l’étendard, désormais familier au sein des républicains, de la défense du vote «légal» face à une prétendue fraude, il a tenté de faire invalider des milliers de suffrages, principalement issus de comtés à majorité démocrate. L’élection, clamait-il, avait été entachée par l’admission de votes illégitimes — jusqu’à 65 000 selon ses premières estimations, que les tribunaux ont ensuite réduites à quelques milliers.

Parmi les électeurs visés par les recours républicains figuraient des militaires en mission à l’étranger, des jeunes adultes nés de parents nord-caroliniens mais résidant hors du pays, ou encore des bulletins dépourvus de certains éléments d’identification. Pour Griffin, tous ces votes dérogeaient aux exigences légales. En face, démocrates et défenseurs des droits civiques ont fermement dénoncé une entreprise de délégitimation d’un scrutin déjà scellé.

.

«Nous sommes extatiques !»

Lundi 5 mai, la justice fédérale a finalement mis un terme au contentieux. «On établit les règles avant le match. On ne les modifie pas une fois le match terminé», a écrit le juge Richard Myers dans un verdict sans appel, reprochant à Griffin sa volonté de «traiter différemment un groupe restreint d’électeurs». Nommé par Donald Trump en 2019, Myers n’en a pas moins défendu avec vigueur les principes constitutionnels d’égalité devant le vote et de protection de ce dernier.

«Je respecte le verdict du tribunal», a fini par admettre Griffin ce mercredi, tout en réitérant que son combat visait uniquement à garantir que chaque voix légitime soit comptabilisée. «Je suis heureuse que la volonté des électeurs ait enfin été entendue, six mois et deux jours après le scrutin. Cela a été un honneur de mener ce combat, même s’il n’aurait jamais dû avoir lieu», a réagi de son côté Allison Riggs dans un communiqué.

Contactée par Libération, la cheffe du Parti démocrate en Caroline du Nord, Anderson Clayton, laisse transparaître un immense soulagement : «Nous sommes extatiques ici !» La victoire décisive d’Allison Riggs préserve pour les démocrates une fragile possibilité de reconquérir en 2028 la majorité à la Cour suprême de cet Etat pivot du sud-est des Etats-Unis. Un Etat qui, l’an dernier, a voté pour Donald Trump à la présidentielle, tout en élisant des démocrates aux postes de gouverneur et de procureur général.

.

Mode opératoire

Cette ultime bataille des élections de 2024, conclue dans la douleur, soulève toutefois une inquiétude fondamentale : comment un scrutin jugé secondaire a-t-il pu cristalliser une telle intensité politique, idéologique et juridique à l’échelle nationale ? L’épisode, à l’origine de nombreuses manifestations ces derniers mois en Caroline du Nord, illustre une fois encore les failles du système électoral américain, miné par une stratégie désormais récurrente au sein du Parti républicain : celle de contester les résultats défavorables en instrumentalisant les tribunaux, comme lors de la défaite de Donald Trump en 2020.

.

Pour certains observateurs, cette affaire nord-carolinienne dessine les contours d’un mode opératoire destiné à s’exporter : cibler des catégories précises d’électeurs dans des comtés bien identifiés, mettre en doute leur légitimité et prolonger à dessein l’incertitude judiciaire jusqu’à l’épuisement démocratique. Une stratégie qui, cette fois, a échoué – laissant la volonté populaire, même microscopiquement majoritaire, triompher. Et rappelant qu’au sein d’une démocratie américaine certes fragilisée par les ambitions monarchiques de Donald Trump, c’est encore parfois la règle qui fait le roi. Et non l’inverse.

.

 Frédéric Autran
 9 mai 2025

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *