Voici huit BD à offrir
Matilde Meslin
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D’Alix Garin à Riad Sattouf, il y a le choix

Si vous êtes en retard pour vos cadeaux de Noël, cette sélection de BD devrait vous aider.
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«Impénétrable», la sexualité autrement
Commençons par le coup de cœur de cette année 2024: Impénétrable, d’Alix Garin. Dans cette épaisse BD autobiographique, la jeune autrice dévoile ses difficultés avec la sexualité et l’errance médicale qu’elle a vécue pour qu’enfin on pose un diagnostic sur son mal: le vaginisme.
Mais ne vous fiez pas aux apparences, Impénétrable n’est pas le récit impudique d’une jeune millennial obsédée par le sexe. C’est une réflexion intime autour des injonctions à la sexualité, et le voyage initiatique d’une jeune femme pour faire la paix avec son propre corps. Raconté avec virtuosité, à la fois dans le trait et dans la construction narrative, Impénétrable figure parmi la sélection officielle du festival d’Angoulême 2025. Aucun doute: Alix Garin est l’un des futurs grands noms de la bande dessinée.
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«Grand petit homme», un conte moderne sur la masculinité
Du haut de son mètre cinquante-sept (et demi), Stanislas, un vendeur de chaussures aux tendances fétichistes, est intimidé par les femmes. Il subit leur indifférence ou leurs moqueries, jusqu’au jour où il fait un vœu au-dessus de sa paire de chaussures préférées: devenir un grand homme. Les bottines magiques vont exaucer son souhait, mais pas tout à fait de la façon qu’il espère…
Rétréci jusqu’à faire 11 centimètres, Stanislas va devoir changer de regard sur le monde et sur les femmes pour devenir un grand homme, un vrai. Une fois de plus, Zanzim (déjà auteur du magnifique Peau d’homme, Fauve des lycéens en 2021) réinvente la forme du conte pour interroger l’identité d’un personnage plus attachant qu’il n’y paraît. Un récit initiatique à la fois poétique, politique et sensuel, à offrir à tous les adultes (et seulement aux adultes, certaines scènes de voyeurisme étant pour le moins équivoques).
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«Le prix à payer», l’amour pas ouf
Prenez un essai, certes passionnant, mais pas franchement sexy sur les dynamiques de genre à l’œuvre dans la gestion financière des couples hétéros. Adaptez-le avec le style graphique pop de Tiffany Cooper et une couverture rose Barbie. Ajoutez enfin une sacrée dose de punchlines bien senties et des personnages auxquels tout le monde peut s’identifier. Vous obtiendrez Le prix à payer version BD, géniale adaptation de l’essai éponyme de Lucile Quillet.
Divisée en trois chapitres (avant, pendant et après le couple), la bande dessinée de Lucile Quillet et Tiffany Cooper dissèque avec beaucoup d’humour les inégalités cachées du couple hétéro. Véritable manuel d’éducation financière qui ne dit pas son nom, ce bouquin est à glisser entre toutes les mains, de votre cousine de 20 ans qui s’installe avec son copain à votre grand-oncle marié depuis cinquante ans.
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«Champs de bataille», la nouvelle enquête d’Inès Léraud
Si vous avez aimé Algues vertes, l’histoire interdite, bande dessinée best-seller adaptée au cinéma en 2023, vous aimerez forcément Champs de bataille, la nouvelle BD signée Inès Léraud. La journaliste spécialiste des enquêtes sur le milieu agricole se penche cette fois sur le remembrement des parcelles agricoles au détriment des agriculteurs, avec comme point de départ sa Bretagne d’adoption.
Débutée sous le régime de Vichy et accélérée après-guerre pour moderniser l’agriculture française, la destruction des bocages pour former de grandes parcelles adaptées aux tracteurs a littéralement façonné le paysage du pays, laissant sur le carreau bon nombre d’agriculteurs (et des millions de chevaux menés à l’abattoir). «Le nombre de paysans et de salariés agricoles passe de 7 millions en 1946 à 3,8 millions en 1962. C’est le plus grand plan social qu’a connu la France», apprend-on dans cette BD illustrée par Pierre Van Hove.
Enrichie d’une quarantaine de pages d’archives, cette enquête ultra documentée révèle un pan de notre histoire récente –et pourtant méconnue–, dont les conséquences humaines et écologiques sont encore vivaces aujourd’hui.
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«Moi, Fadi, le frère volé», l’autre «Arabe du futur»
Après six tomes de L’Arabe du futur, Riad Sattouf se lance dans un spin-off consacré à la vie du plus jeune de ses frères. Dans cette «autobiographie d’autrui» –qui devrait compter au moins trois tomes–, on découvre donc l’un des angles morts de la série originelle: le destin du benjamin de la fratrie, Fadi, élevé loin du reste de la famille.
Enlevé par son père à l’âge de 4 ou 5 ans, le petit garçon se retrouve en Syrie, où il doit apprendre à parler la langue, mais aussi à maîtriser les coutumes, encouragé par un père de plus en plus toxique. Avec la grande sensibilité qui caractérise son travail, Riad Sattouf livre une fois de plus une BD à auteur d’enfant, qui se dévore en quelques heures.
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«Jamais renoncer – Le Vendée Globe qui déjoua tous les pronostics», thriller en haute mer
Si vous avez un proche qui se passionne pour le Vendée Globe en cours, n’hésitez pas une seconde: offrez-lui Jamais renoncer – Le Vendée Globe qui déjoua tous les pronostics d’Alexandre Chenet et Renaud Garreta. Écrit à partir des échanges radio de l’édition 2020-2021, que l’on peut qualifier de très mouvementée à cause du naufrage du bateau de Kevin Escoffier, cette courte BD séduit par sa construction narrative.
Presque heure par heure, on découvre les coulisses de cette course en solitaire mythique, en suivant les stratégies de différents skippers. Signe de cette réussite narrative, on est happés par la lecture de ce thriller en haute mer, même lorsqu’on en connaît l’issue. En épilogue, on découvre un chapitre consacré à l’histoire du Vendée Globe, un autre qui introduit les participants et participantes de l’édition 2024, ainsi que l’histoire de leurs bateaux respectifs. Pas inutile pour suivre la course en cours.
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«La révolte sans précédent», les animaux en opération commando
Lassés d’être chassés, tués ou abandonnés par les humains, des animaux décident de former la M.E.U.T.E., le Comité d’Action Radicale pour la Libération Animale (Jean-Louis le renard s’est loupé sur l’acronyme). Faire des vidéos sur les réseaux sociaux, asperger une œuvre d’art d’encre, s’infiltrer dans une centrale nucléaire pour couper l’électricité… La M.E.U.T.E. utilise les moyens d’action des militants écologistes, avec plus ou moins de succès (souvent moins que plus).
Découpée en saynètes, la BD de Guillaume Meurice et Sandrine Deloffre tourne en dérision les angoisses des réactionnaires de tous poils, à grand coup de punchlines hilarantes et de références à l’actualité.
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«Dernière réunion avant l’apocalypse», le monde du travail au vitriol
Le président Macron l’a annoncé à la télé: l’apocalypse est pour demain, 19h. Il reste donc une journée pour faire honneur à la valeur travail, pilier de notre société. Direction le bureau, donc, dans Dernière réunion avant l’apocalypse, grinçante bande-dessinée signée Karibou.
Entre l’employé qui réalise son rêve de se garer sur une place pour handicapés, le suicidaire qui repousse son projet pour ne pas retarder le métro (et donc, les travailleurs) et le salarié qui demande à avancer la réunion de 17h pour pouvoir être à l’heure à l’immolation par le feu prévue avec sa famille à 18h30, les personnages croqués par Thierry Chavant sont tous plus médiocres les uns que les autres. Impossible de ne pas deviner, dans cette BD acide et désopilante, une critique du monde capitaliste qui ne se remet pas en question face à la crise climatique. Le cadeau parfait pour un Secret Santa au bureau ou pour un féru d’humour noir.