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Dans la Drôme, où sept permanences de centres de santé sexuelle vont devoir fermer, on craint pour « les femmes qui se retrouveront sans solutions »

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La majorité départementale drômoise a voté la fermeture de sept centres de santé sexuelle et la baisse de 20 % des budgets alloués à 11 autres. Professionnels et élus s’inquiètent d’un recul sur la prévention et l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales.

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Camille Bordenet (Drôme, envoyée spéciale)

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Un rassemblement contre la fermeture des centres de santé sexuelle, à Valence, le 9 mai 2025.

Un rassemblement contre la fermeture des centres de santé sexuelle, à Valence, le 9 mai 2025.

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Ce matin de mai, elles sont six – Nike aux pieds, survêtement Tacchini, gloss, cheveux laqués. Six jeunes filles suivies par une association agréée par l’aide sociale à l’enfance, assises autour de Suzanne (toutes les personnes ont été anonymisées à leur demande), conseillère conjugale et familiale. Cette dernière tient sa permanence de deux jours au centre de santé sexuelle (CSS) d’un bourg rural de la Drôme.

Les filles gloussent en voyant les préservatifs et le spéculum – « Ce sont des sachets de thé ? C’est un spéculoos ? » Suzanne a l’habitude. Le silence se fait lorsqu’elle sort un tricot représentant un sexe féminin. « On a l’habitude de voir des pénis, moins des vulves et des clitoris. Or, comme les pénis, toutes les vulves sont différentes. Les lèvres internes et externes ont différentes tailles et couleurs. »

Identité sexuelle, méthodes de contraception et d’interruption volontaire de grossesse (IVG), dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), endométriose, violences sexuelles… En une heure, bien des questions d’éducation à la vie sexuelle et relationnelle sont abordées. Avec les filles d’abord, puis avec les garçons. « Ici, vous pouvez revenir seules, sans l’accord des “éducs” ni des parents. On est là pour vous accompagner, c’est gratuit et confidentiel », invite la professionnelle.

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Mobilisation locale importante

A ceci près que la permanence de ce CSS prendra fin le 30 juin prochain. Le couperet est tombé le 14 avril : la majorité du conseil départemental, présidé par Marie-Pierre Mouton (Les Républicains), a voté la fermeture des permanences de sept centres de santé sexuelle, gérés directement par le département, dans un territoire qui en compte 18 au total. Elle a également entériné la baisse de 20 % des budgets alloués aux 11 autres centres, gérés, eux, indirectement, soit par un hôpital, soit par le Planning familial.

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Suzanne et ses autres collègues, dont les contrats s’arrêtent, ne sont pas les seules à accuser le coup. En témoignent les pin’s « J’aime mon CSS » épinglés sur les blouses ainsi que les affiches placardées dans les rues, dans un territoire qui n’en est pas à sa première bataille pour ses services publics – maternité, ligne de train, classes…

Manifestations, pétitions, courriers adressés par les professionnels de santé (ordre des médecins, hospitaliers, biologistes, pharmaciens, infirmières scolaires, sages-femmes…) ainsi que par de nombreux élus du territoire : quoique importante, la mobilisation locale, plusieurs mois durant – jusque devant l’hôpital de Valence, le 9 mai, à l’occasion de la venue du ministre de la santé, Yannick Neuder –, n’y aura rien fait.

L’exécutif drômois justifie ce choix par le contexte d’effort budgétaire demandé par le gouvernement aux collectivités et les « nouvelles charges imposées sans concertation ni compensation ». « Cela nous impose de requestionner l’ensemble de nos politiques », écrit au Monde le cabinet de Mme Mouton par mail, évoquant notamment la revalorisation du revenu de solidarité active (RSA).

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Economie « injustifiée »

L’effort demandé aux collectivités a pourtant été revu à la baisse, notamment pour celles dont le revenu par habitant est faible, et la Drôme échappe finalement à cette ponction conjoncturelle. « La Drôme est dans une situation financière plutôt confortable par rapport à d’autres et a les moyens d’absorber l’austérité imposée par l’Etat », considère Muriel Paret, conseillère départementale (divers gauche). Les deux groupes d’opposition (gauche et majorité présidentielle) ont déploré le manque de concertation sur ces fermetures en même temps qu’une économie, selon eux, « injustifiée » – laquelle doit permettre de récupérer 240 000 euros sur un budget de 914 millions d’euros pour 2025, « soit 0,026 % du budget ».

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L’exécutif drômois se prévaut aussi d’une faible activité des sept CSS départementaux. « Des chiffres tronqués, qui mélangent des facteurs incomparables », répond-on côté opposition, fournissant le relevé des actions en 2023 et en 2024 : 1 265 consultations sages-femmes et médecins ; 779 rendez-vous avec une conseillère conjugale et familiale ; 2 363 participants sur les actions collectives. « Des chiffres à ramener aux temps très partiels et au manque de médecins et de conseillères. »

En dépit de ces fermetures, la majorité départementale soutient qu’elle garantira un nombre de demi-journées de consultations en santé sexuelle supérieur aux exigences légales prévues par le code de santé publique – il est, dans la Drôme, de 33 demi-journées pour 207 000 habitants âgés de 15 à 50 ans. « Nous irons au-delà », écrit le département, visant « 50 demi-journées ».

L’opposition n’en craint pas moins une inégale couverture dans les zones rurales du département où les CSS auront fermé, « alors même que celles-ci cumulent violences conjugales et intrafamiliales et freins à la mobilité », rappelle Mme Paret.

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« Des acteurs de premier recours »

« L’action des CSS ne devrait pas être évaluée à travers des chiffres, mais par la qualité de l’accompagnement », estime Suzanne, inquiète quant à l’arrêt de certaines interventions, autant que pour « les femmes et les mineures qui se retrouveront sans solutions ». La stratégie nationale de santé sexuelle (SNSS) 2017-2030 lancée par le gouvernement érige pourtant la « proximité » comme principe d’action.

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« Toutes les personnes fragilisées que je reçois ici n’auront pas ou peu les moyens de se rendre dans un CSS à 30, 40, 50 kilomètres », sait d’avance Suzanne. Tout comme elle sait que ses collègues assistantes sociales et infirmières scolaires, elles-mêmes surchargées, ne pourront pas tout absorber. « Actuellement, collégiens et lycéens peuvent venir me voir en toute confidentialité entre les cours. Mais s’ils doivent faire deux heures de bus ? » Elle évoque le cas d’une jeune fille, victime d’inceste enfant, ayant récemment subi un viol, et à qui le père refusait l’accès à un psy, au motif qu’il lui fallait « s’endurcir ». « Ici, elle pouvait venir sans autorisation, contrairement au centre médico-psychologique. »

« Les CSS sont des acteurs de premier recours qui, outre leurs compétences indispensables, assurent aussi une coordination entre les partenaires. Tout le monde a intérêt à ce qu’ils fonctionnent. Sinon nous sommes encore plus débordés », abonde Maya, médecin généraliste. Investie au sein de la communauté professionnelle territoriale de santé, cette dernière estime que « leur fermeture va à l’encontre des efforts colossaux déployés pour optimiser le temps de travail des médecins dans un contexte de désert médical. C’est tout un maillage territorial qui s’en retrouve fragilisé ». Et de citer le temps de consultation que requiert une grossesse non désirée ou le traitement d’une IST chez une mineure.

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Agenda noir de rendez-vous

« Pour les dépistages, le département renvoie vers les labos et les pharmacies, mais c’est un subterfuge ! », déplore aussi Emmanuelle, biologiste, citant notamment le cas des mineurs, qu’elle ne peut recevoir sans ordonnance. Une ordonnance que pouvait délivrer le médecin du CSS en toute discrétion, avec en sus un accompagnement de la conseillère pour comprendre les conduites à risques ayant conduit à une possible infection. Quid, enfin, de la journée de dépistage trimestrielle organisée par le CSS (gratuite, sans carte Vitale), qui permettait de toucher des publics qui, sinon, ne feraient pas forcément la démarche ? Aujourd’hui encore, 13 % des personnes porteuses du VIH l’ignorent, selon la stratégie nationale de santé sexuelle.

Suzanne feuillette son agenda : noir de rendez-vous. Des couples en rupture de communication, parfois orientés par la caisse d’allocations familiales, une trentenaire qui a fait une ligature des trompes, un entretien pré-IVG avec une mineure, un collégien qui se pose la question d’une transition de genre, une mineure positive à l’hépatite B, des actions de prévention avec des jeunes suivis par le centre social, l’institut médico-éducatif, la mission locale… Il y a aussi les « sorties d’urgences » de l’hôpital : des femmes victimes de violences ayant laissé leur numéro, que Suzanne appelle systématiquement.

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Tina est l’une d’elles. La trentaine, musicienne aux ressources précaires, terrifiée à l’idée de recroiser son ex, contre lequel elle a porté plainte. Elle pourrait difficilement se payer un psy, non plus que l’essence pour s’y rendre. Encore faudrait-il en trouver un disponible. Une gageure, témoigne Marie, une autre trentenaire, elle aussi suivie au CSS durant quatre mois, pour des faits d’inceste. « Trois mois d’attente pour les psys, les CMP [centres médico-psychologiques] débordés », témoigne cette universitaire. La permanence du CSS, elle, était « juste là », dans une rue discrète, invitant à pousser la porte. Aurait-elle pu faire 40 kilomètres jusqu’au prochain CSS ? « Je n’ai pas de voiture. Comptez une demi-journée en bus. La mer à boire quand t’arrives à peine à sortir de ton lit. » Elle secoue la tête : « Sans ce lieu, je ne sais pas comment j’aurais fait. »

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Camille Bordenet (Drôme, envoyée spéciale) à suivre sur Le Monde

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