Agnès Pannier-Runacher photographiée le 16 décembre 2024 à Bruxelles

Agnès Pannier-Runacher photographiée le 16 décembre 2024 à Bruxelles
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L’une vient d’une famille chez qui on est encarté à droite depuis des décennies, l’autre s’est révélée en moine soldat du macronisme. Plutôt opposées sur le papier, la LR Annie Genevard et Agnès Pannier-Runacher, membre de Renaissance, sont forcées de se croiser de par les fonctions qu’elles occupent dans leurs ministères respectifs : l’Agriculture pour la première, la Transition écologique pour la seconde. Après des débuts difficiles, l’arrivée de la loi pour « lever les entraves » au métier d’agriculteur ce lundi 26 mai à l’Assemblée, semble marquer une nouvelle étape de la relation entre les deux ministres. Plus fluide ?

Certes Annie Genevard défend de pied ferme le projet de loi, qui transporte dans ses cartons la réautorisation de l’acétamipride, un néonicotinoïde controversé, auquel sa consœur de l’Hôtel de Roquelaure est opposée. « C’est dommage d’ouvrir cette porte à la réautorisation, parce qu’on perd tout notre élan d’investissement dans des alternatives », a ainsi regretté Agnès Pannier-Runacher, ce dimanche sur franceinfo, mais estimant toutefois que le Sénat a « verrouillé fortement cette utilisation ».

Et Agnès Pannier-Runacher, de s’arroger le point, ou au moins un demi-point, sur le travail transpartisan, grâce notamment à son engagement sur la rédaction, avec les sénateurs, de certains articles, désormais « équilibrés ». Citant notamment le stockage de l’eau. La victoire peut apparaître un peu maigre quand elle n’obtiendra pas gain de cause sur l’acétamipride ? Elle est toutefois mentionnée par Annie Genevard qui assure dans le JDD « que nombre d’articles de ce texte ont été travaillés, avec le Sénat, par le ministère de l’Agriculture et par le ministère de la Transition écologique ».

Les LR sont déterminés à sauver le texte coûte que coûte, et Annie Genevard a pu compter ce week-end sur la célérité du député LR Julien Dive qui a annoncé le dépôt d’une motion de rejet. Une tactique qui, si c’est la motion est adoptée, permettra de renvoyer directement le texte en commission mixte paritaire, sans débat. Et tant pis si l’acétamipride interrogeait d’autres macronistes. Agnès Pannier-Runacher soutient-elle la manœuvre ? Oui, la ministre préférant tacler « l’obstruction » et la « prise d’otages » des Écologistes et des insoumis, à qui elle impute l’impossibilité du débat, tout comme Annie Genevard.

« Clientélisme », « populisme », « rédaction problématique », tançait Agnès Pannier-Runacher en février…

La manifestation d’un redoux printanier entre les deux ministres après des températures glaciales de l’hiver ? « Clientélisme », « populisme », « rédaction problématique », tançait Agnès Pannier-Runacher en février auprès de Ouest-France, sur le projet de loi d’orientation agricole. Remontée contre les discours anti-normes, la ministre avait dans son viseur : la dépénalisation de certaines atteintes « non intentionnelles » à la biodiversité, mais aussi les dérogations sur l’objectif de zéro artificialisation nette des sols auxquels Annie Genevard avait ouvert la porte.

Et la macroniste de premier plan d’établir un cordon sanitaire avec ses homologues LR : « Le gouvernement auquel j’appartiens aujourd’hui est une coalition, pas une alliance. Il y a des sujets sur lesquels je ne partage rien de ce que portent mes collègues ». Elle citait notamment la régularisation des travailleurs sans papiers.

À l’époque du projet de loi d’orientation agricole, François Bayrou devait absolument arriver au Salon de l’agriculture avec une besace pleine. Surtout, le Premier ministre a pris ses fonctions après Michel Barnier dans un contexte de tensions à l’égard des agents de l’Office français de la biodiversité.

« Laurent Wauquiez lamentable »

Fustigés par la droite – Laurent Wauquiez allant jusqu’à demander la suppression pure et simple de l’office – ses agents s’étaient retrouvés également sous le feu du locataire de Matignon dans son discours de politique générale. Charge ensuite à Agnès Pannier-Runacher, relativement esseulée alors, de monter au créneau pour défendre ses troupes et temporiser la colère des syndicats. Tout en les enjoignant au « port d’arme discret », pour « calmer le jeu ».

Dans cet hiver sous tensions, la ministre de la Transition écologique ne s’était pas privée de juger « très mauvaise », la suppression de tous les crédits de l’agence bio, alors même qu’Annie Genevard la trouvait « intéressante et même tout à fait pertinente ». Quatre mois plus tard, son ministère n’a pas annoncé de suppression, la ministre ayant changé d’avis, mais il a tout de même été annoncé un rabotage de 15 millions d’euros des budgets de l’agence et du fonds Avenir bio. Entre d’autres marqueurs de temporisation sont apparus : en avril, c’est ensemble qu’Annie Genevard et Agnès Pannier-Runacher ont présenté les 10 mesures pour apaiser les relations entre l’OFB et les agriculteurs.

Très impliquée ces dernières semaines sur les ZFE, la ministre de la Transition semble aussi avoir pris un peu le large en se consacrant aussi à ses dossiers de la mer et de la pêche. Lundi Agnès Pannier-Runacher accompagnera François Bayrou à Saint-Nazaire à un comité interministériel de la mer (CIMer) avant de défendre l’océan et les populations qui en vivent lors de la 3e conférence de l’ONU à Nice du 9 au 13 juin. Loin des alizés droitières qu’elle fustigeait au début de l’année ?

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