«Faire en sorte que l’histoire ne se répète pas» : un an après la dissolution, des citoyennes engagées contre le RN témoignent
.
Trois militantes de la société civile à Montpellier, Calais et en Haute-Loire retracent leur engagement contre la montée de l’extrême droite pendant la campagne des législatives anticipées, en juin 2024.
:quality(70):focal(507x1065:517x1075)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/IKEOMEE2GNDKFO35C5LS5JVMAQ.jpg)
Il y a un an, la campagne des législatives anticipées était dominée par le risque d’une victoire du RN, et de l’accession de Jordan Bardella à Matignon. Trois militantes de la société civile racontent comment elles ont traversé ce moment, et leurs façons de s’engager aujourd’hui contre l’extrême droite.
.
A Montpellier, Lucie, 28 ans
.
«Le meilleur laboratoire de la lutte contre l’extrême droite»
«Le secteur dans lequel je travaille – la transition écologique et sociale – est menacé par l’extrême droite.» C’est pour ce premier motif que Lucie s’est engagée, au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, contre un RN qui «ne fait pas de l’écologie une priorité et veut démanteler les énergies renouvelables, couper dans les subventions…» Mais la Montpelliéraine de 28 ans s’est aussi sentie visée personnellement lorsque Jordan Bardella a annoncé vouloir interdire certains postes de la fonction publique aux binationaux. «Je suis franco-portugaise, précise-t-elle. Ma grand-mère a fui le fascisme et la misère, du temps où le Portugal était aux mains de Salazar.»
.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/FAL3753THRC3LNPIR35GALOOKA.jpg)
Convaincue que «notre génération a le devoir de faire en sorte que l’histoire ne se répète pas», très frappée de voir que «les jeunes votent de plus en plus pour le RN», elle ne s’est pas contentée de tracter pour le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024 et, par la suite, de participer à des manifs écolos, féministes, ou pour Gaza. Après avoir contribué à la création d’un mouvement citoyen, Cause commune, elle vient de s’engager auprès des Ecologistes.
«C’est le meilleur laboratoire de la lutte contre l’extrême droite», estime Lucie. Il rassemble «des gens de tous les quartiers, tous les âges», avec la volonté de s’ancrer dans les milieux populaires et la jeunesse, «permettant à ces personnes non représentées de l’être». Et il compte, selon elle, «renouveler les pratiques, en instaurant des processus clairs, transparents, sur les attributions de logements sociaux, de crèches, la rénovation des écoles…» pour mettre fin à l’opacité et au sentiment d’inéquité qui nourrissent «la colère contre le système», terreau du vote RN.
.
A Calais, Jade, 25 ans
.
«Cette ville m’a construite politiquement»
«Je me suis engagée parce que, de base, je suis engagée.» Au soleil de ce dimanche, à Calais, keffieh en foulard, Jade, 25 ans, sourit de la question facile. Elle appartient au collectif Transformer la ville, qui prolonge la mobilisation née au moment des législatives de l’année dernière. Sans surprise, le candidat RN Marc de Fleurian était devenu député. «On avait perdu, mais je me suis dit qu’il fallait continuer à défendre cette zone de solidarité et d’humanité», explique-t-elle.
.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/PT65R6JECJA3PICVASAGGKMOTY.jpg)
Le collectif organise des réunions à thème, entre éducation populaire avec experts et retours d’expérience, et de la réflexion programmatique. Pas de volonté de présenter une liste électorale aux prochaines municipales, mais de nourrir le débat. Avec le coup de main donné au Nouveau Front populaire durant la campagne législative, «on s’est auto-formé à la politique institutionnelle», sourit-elle. Elle précise : «Je n’étais pas en mode : “Ouh la, le RN est aux portes du pouvoir.” Ici, on vit déjà quotidiennement avec des idées d’extrême droite et des politiques inhospitalières.»
Jade, originaire de Mantes-la-Jolie (Yvelines), est arrivée à Calais, comme d’autres, pour aider les exilés. «Je pensais distribuer du thé, je me suis retrouvée face à des gens qui risquaient leur vie à bord des bateaux ou des camions. Cette ville m’a construite politiquement.» Elle est ensuite devenue éducatrice de rue dans le quartier populaire de Beau-Marais. A la rentrée, elle reprendra ses études, sur le droit des collectivités territoriales. Pour elle, «chacun doit faire sa part, pour améliorer le quotidien des autres».
.
En Haute-Loire, Mathilde, 41 ans
.
«Une fois l’extrême droite au pouvoir, ça va aller très vite»
Ebéniste de profession, Mathilde, 41 ans, est engagée dans la lutte antifasciste depuis ses 18 ans. Originaire de Brioude, commune de l’ouest de la Haute-Loire, elle fait partie depuis plusieurs mois du réseau antifasciste du département, Rafahl, engagé, entre autres, contre la montée de l’extrême droite. «Mais en réalité cela fait plusieurs années que je milite» sur le sujet, se souvient-elle entre deux ondées orageuses, au milieu des collines entourant Vieille-Brioude. Cet engagement résonne avec son premier vote, en 2002, «pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen». Son credo ? «Lutter contre le racisme systémique et les discriminations faites à l’ensemble des minorités, qu’elles soient raciales, ethniques, de genre…»
.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/EIZCJVHG2RCRXOGNI3DCLRT3TM.jpg)
D’autant que depuis un an et la victoire de l’extrême droite aux européennes, elle a noté un changement. «Ici, il y a toujours eu du racisme, mais c’est devenu flagrant et décomplexé», affirme-t-elle. En réponse, Mathilde multiplie les actions : «Je vais tracter au marché, payer des coups dans des bars où je sais que les gens peuvent être attirés par l’extrême droite pour en discuter, je fais des collages, j’organise des réunions, j’écris, je manifeste.» En vue des municipales de l’an prochain, elle et d’autres militants ont déjà repéré où concentrer leurs efforts : dans les communes où se présentent des candidats affichant leur sympathie pour l’extrême droite.
Pour Mathilde, le plus important c’est «l’éducation. Pour déconstruire les idées reçues.» Ce qui s’avère souvent compliqué en milieu rural : «Il y a beaucoup de frustration parce qu’on se sent seul parfois, incompris. Et contrairement à des milieux urbains où l’on peut disparaître dans la foule, ici je suis très rapidement identifiée comme la “militante”, “la gauchiste”.» Mais il faut se mobiliser «plus que jamais», affirme-t-elle : «Une fois l’extrême droite au pouvoir, ce sera trop tard, ça va aller très vite. Il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe aux Etats-Unis pour s’en rendre compte.»
.