En Géorgie, les visages masqués de la résistance
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Nous sommes au «jour 226 de la résistance», si l’on en croit les opposants géorgiens qui, quotidiennement, égrènent sur les réseaux sociaux le calendrier du mouvement. Il a été lancé au lendemain des élections législatives d’octobre 2024, remportées par le parti au pouvoir, Rêve géorgien, mais jugées frauduleuses par l’opposition. Il s’agissait alors de «montrer que la population restait déterminée à défendre son avenir européen et surtout son vote», expliquait à Libération la présidente du pays, la Franco-Géorgienne Salomé Zourabichvili, en rupture de ban avec le Rêve géorgien.
Les manifestations se sont ensuite multipliées en novembre, lorsque le pouvoir géorgien a suspendu le processus d’adhésion du pays à l’Union européenne, alors que la population est largement favorable, selon tous les sondages, au rapprochement avec l’UE. Mais cette résistance est aujourd’hui affaiblie par les coups de boutoir du Premier ministre, Irakli Kobakhidze : à l’automne, ils étaient des dizaines de milliers dans les rues de Tbilissi, la capitale, pour dénoncer les dérives autoritaires d’un régime de plus en plus tourné vers Moscou ; désormais, les rassemblements ne réunissent que quelques milliers, voire quelques centaines de personnes, car les gens ont peur.
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Après les premiers rassemblements de l’opposition en novembre, plutôt pacifiques, le pouvoir géorgien a choisi de passer en force : gaz lacrymogène et balles de caoutchouc contre les manifestants, hommes de main du régime infiltrés parmi la foule, arrestations et détentions plus ou moins longues de leaders de l’opposition… Le Parlement géorgien, boycotté par l’opposition, a également mis en place un arsenal législatif de plus en plus menaçant à l’encontre de la société civile.
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«C’est une opération spéciale de la Russie»
Depuis avril, une loi exige des donateurs étrangers qu’ils se déclarent aux autorités avant de financer des ONG ; le 31 mai, entrait en vigueur une «loi sur les agents de l’étranger» qui menace de cinq ans de prison toute personne recevant de l’argent de l’étranger et participant à des activités politiques sans s’inscrire auparavant sur un registre d’Etat. Une autre loi limite le droit à manifester, interdisant de se couvrir le visage ou la présence de mineurs, et mettant en place un système de «détention préventive» ouvrant la porte aux arrestations arbitraires.
Car les entraves aux libertés fondamentales ne concernent pas que les ONG, les partis politiques d’opposition et les associations, mais également les simples manifestants, qui sont traqués par des caméras de surveillance et un système de reconnaissance faciale. Ils sont désormais menacés d’amendes pouvant aller jusqu’à 1 500 euros, dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 500 euros.
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«Ceci n’est pas une élection, c’est une opération spéciale de la Russie», clamait l’affiche d’une manifestante au lendemain de l’élection d’octobre contestée par l’opposition, qui y voyait la main de Moscou. Neuf mois plus tard, le régime géorgien semble décidément de plus en plus inspiré par les méthodes de répression du pouvoir russe.
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