Vous tirez la sonnette d’alarme sur la santé mentale des enfants et des adolescents d’aujourd’hui. Pourquoi cette inquiétude ? DIANE DRORY. Je suis inquiète parce que j’ai quand même quelques années de bouteille et je constate que les enfants vont moins bien aujourd’hui qu’il y a quarante ans. On avait des symptômes névrotiques. On est désormais beaucoup plus dans ce qu’on appelle des symptômes borderline, des addictions, des enfants qui n’ont plus de désirs, plus d’envies. Des enfants qui « manquent de manque»….Vous dites recevoir en consultation des enfants de plus en plus jeunes, avec des parents à bout…

Auparavant, je recevais surtout des enfants scolarisés en primaire, puis en maternelle. Désormais, on m’amène des tout-petits qui sont à la crèche. Ils ont 2 ou 3 ans mais déjà, ils « dirigent la boutique » à la maison. Leurs parents sont en burn-out. Une maman me racontait récemment qu’après avoir déposé son enfant de 2 ans à la crèche, et pendant qu’elle discutait avec la puéricultrice, le petit avait pris les clés de sa voiture pour jouer et ne voulait pas les lui rendre. Il a piqué une crise, pleuré, tapé des mains et des pieds. De guerre lasse, la mère a cédé et elle est partie à son travail… à pied. Cela signifie qu’à son âge, cet enfant était maître de la voiture de sa mère. Pour son bien-être, cette dernière était prête à tout. C’est le cas de nombreux parents. J’ai entendu pour la première fois l’expression «burn-out parental» en 2023. Je ne comprenais pas ce qu’était ce bazar…

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Qu’est-ce qui a changé dans les méthodes éducatives pour que nous passions, comme vous le dites, de l’enfant-roi à l’enfant-tyran, puis à l’enfant-dieu ?

En cinquante ans, tout a changé. Après Mai 68, le mot d’ordre pour les parents a été « autoriser l’opposition». Ce fut une grande avancée. Jusque-là, les jeunes devaient simplement correspondre au projet parental. Puis, un fils de médecin a eu le droit de dire : « Je veux être menuisier », et son projet était bien accueilli. C’est très positif ! Le problème est que, petit à petit, l’idée « d’autoriser l’opposition » a fait perdre aux parents leurs repères. Car évidemment, se mettre à l’écoute de l’enfant est beaucoup plus compliqué. Les parents se sont ainsi mis à hésiter…

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