Si l’écologie ne s’accompagne pas de mesures punitives, elle échouera à lutter contre le réchauffement climatique
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Laurent Sagalovitsch
18 août 2025
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Au train où vont les choses, sans l’adoption de réformes politiques coercitives, nous ne parviendrons jamais à endiguer le dérèglement climatique.
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Lors d’une manifestation pour le climat, organisée dans le cadre du mouvement de grève étudiante «Fridays for Future», à Paris, le 10 mars 2023
Bientôt, l’été s’achèvera. Malmenés par les températures caniculaires, nous retournerons à nos travaux un brin fatigués, mais tout aussi résolus à ne rien changer de nos habitudes. La nature humaine a la mémoire courte. Aussitôt l’épreuve surmontée, elle oublie à quel point elle a été éprouvée, préférant renouer avec les joies de la vie au quotidien que de tirer les conséquences des calamités endurées.
Pourtant, la vérité est cruelle. L’été prochain aura toutes les chances d’être encore plus chaud que le dernier, sinon celui-ci en particulier, du moins la somme de ceux à venir. Le réchauffement climatique est implacable dans son fonctionnement. Sans un changement radical de nos modes de vie, il transformera nos vies en un calvaire brûlant. Les feux de forêts iront en se multipliant, ainsi des épisodes caniculaires et une augmentation telle des températures qu’elle constituera une menace mortelle pour nos organismes.
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Ce n’est pas une probabilité, mais une certitude. Il n’y aura pas de bonnes nouvelles, de renversement de tendance qui serait le fruit du hasard ou de la chance. La science ne ment pas, elle dit la vérité qui nous attend, d’une vérité née de données réelles. Nous pouvons la réfuter, la tourner en ridicule, émettre des doutes ou des réserves, la contrecarrer par des discours optimistes, tous ces efforts ne changeront rien à ses constats. Au rythme où nous allons, aussi sûr que la Terre continuera de tourner autour du Soleil, la planète se réchauffera de plusieurs degrés d’ici à la fin du siècle.
Pour éviter ce cataclysme, cette image d’un pays invivable où nous passerons le plus clair de nos étés à demeurer calfeutrés dans nos appartements dopés à l’air conditionné, il nous reste une seule option, changer en profondeur nos comportements de telle manière à adoucir la montée des températures. Ce bouleversement complet de nos habitudes ne pourra s’opérer que si nous adoptons des mesures à la hauteur du défi proposé, c’est-à-dire des mesures radicales, fortes, amples et oui –pourquoi le nier– d’un caractère punitif et liberticide.
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Ce qui manque avant tout, c’est une prise en main du politique qui, loin des calculs électoraux et autres visions à court terme, impose sa force née de sa légitimité démocratique.
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Nous n’arriverons à rien si nous restons comme aujourd’hui, certes apparemment bien intentionnés, certes vaguement conscients des dangers à venir, certes concernés par les enjeux climatiques, mais si frileux à l’idée de modifier la manière dont nous conduisons nos vies, qu’au final, rien ne bouge ou alors, seulement à la marge. Nous aimerions que notre avenir s’éclaircisse, sans pour autant renoncer à notre confort, attitude qui ne nous laisse aucun espoir sinon de nous préparer au pire.
Ce qui manque avant tout, c’est une prise en main du politique qui, loin des calculs électoraux et autres visions à court terme, impose sa force née de sa légitimité démocratique. D’une force qui ne tremble pas et ne recule pas à la moindre contestation ou manifestation de mécontentement. D’une force qui exerce son magistère tout à la fois par la pédagogie et la contrainte, d’un ensemble de mesures coercitives, les seules à même de changer la donne.
Puisque «nous sommes en guerre» et d’une certaine manière en guerre contre nous-mêmes, c’est d’une mobilisation générale dont nous avons besoin, d’une obligation faite à chacun de participer à un mouvement qui, dépassant les intérêts individuels, permettra à la nation tout entière de participer à son propre sauvetage. Il faut que la politique parle d’une voix claire et franche, qu’elle dise non seulement ce qu’il convient de faire, mais qu’elle le fasse en se donnant les moyens d’agir, à recourir si nécessaire à la contrainte voire à la force pour changer la course de notre trajectoire.
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Limiter drastiquement les déplacements en avion, la vitesse sur autoroute, restreindre au maximum la consommation de viande, d’eau, de tout ce qui pollue et abîme nos sols, changer la nature même de notre économie pour accompagner un mouvement vers une sorte de sobriété, d’éthique où chaque action entreprise devra se doter d’une efficacité écologique, d’une nouvelle ère basée sur un souci constant de prendre en compte les impératifs nés du dérèglement climatique.
À un patient atteint d’une maladie qui met en péril sa santé et risque d’écourter sa vie, on administre un traitement à la hauteur du danger encouru. On ne lui demande même pas son avis, on agit sans perdre de temps. Ainsi de notre situation actuelle. Nous sommes gravement malades. Sans un traitement de fond, notre condition empirera et menacera même les conditions de notre survie.
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Nous avons besoin d’un électrochoc. Sauf à envisager une tragédie d’une ampleur inédite, il revient au politique, c’est-à-dire à nous-mêmes, de prendre nos responsabilités.
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Reste à savoir si, collectivement, nous sommes prêts à ces efforts au goût de sacrifice, la difficulté étant que la force tantôt évoquée se doit de s’exercer dans un cadre démocratique qui demande l’adhésion du plus grand nombre. Or, en la matière, et c’est vrai depuis toujours, le changement fait peur. Quitte à en mourir, nous préférons entretenir nos vieilles habitudes que d’en changer le cours. Nous ne sommes pas programmés pour adopter un train de mesures dont l’efficacité se mesurera parfois au-delà notre mort. Nous devons aller contre nos penchants naturels, par le recours à une contrainte qui ne peut être autoritaire, mais le fruit d’un large consensus.
C’est dire si le défi est immense, presque impossible à tenir. Encore plus si on songe que nos efforts doivent se coordonner avec ceux entrepris par nos voisins proches comme lointains. Mais c’est la grandeur de l’être humain de toujours repousser ses limites. Il l’a déjà prouvé par le passé: quand le danger est là, imminent, il est capable de prouesses extraordinaires, d’une générosité et d’une solidarité dont on ne le pensait pas jusque-là capable
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Encore faut-il qu’il soit conscient de la menace. Si cette dernière n’est pas clairement affirmée, si elle se perd dans les circonvolutions de discours qui cherchent à ménager la chèvre et le chou, si elle n’est pas exprimée dans une langue opiniâtre où l’on ose nommer les choses par leur nom, si elle ne s’accompagne pas d’un train de mesures forcément impopulaires dont la portée aidera à faire comprendre son étendue et son caractère gravissime, alors, il ne se passera rien, strictement rien.
Nous avons besoin d’un électrochoc. Sauf à envisager une tragédie d’une ampleur inédite, qui verrait un département entier brûler ou provoquerait des morts par milliers, il revient au politique, c’est-à-dire à nous-mêmes, de prendre nos responsabilités. Pas dans dix ans, mais ici et maintenant. Tout de suite.
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Laurent Sagalovitsch
18 août 2025