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Dix livres de la rentrée à lire absolument

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Maria Pourchet, romancière française, posant à Paris, vêtue d’une chemise blanche, mains sur les hanches, le 14 septembre 2021.
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En bref:

  • La rentrée littéraire bat son plein. On vous propose dix titres qui nous ont enthousiasmés.
  • Parmi ceux-ci, Violaine Bérot observe le microcosme de l’hôpital, en interrogeant le sens de la vie à tout prix.
  • L’écrivaine mauricienne Nathacha Appanah explore son passé marqué par la violence conjugale. Avec un sujet apparenté, mais avec une écriture totalement différente, Chloé Delaume dissèque sans gants la mécanique des relations toxiques.
  • Joseph Incardona raconte la vengeance terrible que prépare une sirène professionnelle après avoir tout perdu dans un accident.
  • Après «Western», Maria Pourchet confronte une femme à la peur diffuse qui lui colle à la peau.
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Roman social: Le sel de la vie à l’hôpital

Dans cette rentrée littéraire où prédomine le thème de la mère, Violaine Bérot, autrice notamment de «Comme des bêtes», revient avec un sujet très différent. Son roman s’intéresse à la fois à la vie d’un microcosme, l’hôpital, et au questionnement intime de son protagoniste, qui interroge la poursuite de la vie à tout prix. Greg est hospitalisé dans un établissement de province, après une chimio dans un centre de pointe qui a failli le tuer. On le presse d’y retourner, mais il est bien déterminé à refuser tout traitement, quitte à connaître une fin prématurée.

Violaine Bérot ne s’attarde pas sur le dilemme moral ou les épreuves du corps, elle montre que la vie pulse aussi à l’hôpital, chez le vieil Alphonse avec qui Greg sympathise immédiatement, chez la femme de ménage, la médecin argentine, mais aussi une jeune fille étrange. Sans compter les proches, qui refusent d’entendre la décision de Greg. Un texte sobre et lumineux, qui montre que ce qui fait le sel d’une vie ne réside pas dans sa longueur, mais se mesure différemment pour chacun. Et peut naître d’un éclat aussi imprévu que fugace. Car «faire pouffer de rire une jeune fille malade» suffit à redonner du sens à l’existence. (CRI)

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Couverture du livre ’Du côté des vivants’ de Violaine Bérot avec une illustration abstraite en rouge et blanc de figures humaines.

«Du côté des vivants», Violaine Bérot, Éd. Buchet-Chastel

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Cavale: Le jeu compulsif au féminin

Victor Jestin, Femina des lycéens en 2019 pour «La chaleur», raconte dans un court troisième roman la cavale d’une femme dont la vie tranquille bascule lorsqu’elle provoque un accident de voiture. Le choc fait ressurgir un vieux démon: le jeu compulsif. Dans une fuite aux allures de quête existentielle, l’auteur peint une lutte désespérée contre une addiction, tout en rendant hommage aux jeux d’enfance. Avec en filigrane cette interrogation: doit-on rester fidèle à nos passions de jeunesse? (CRI)

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Couverture du livre ’La mauvaise joueuse’ de Victor Jestin montrant un manège éclairé en arrière-plan avec des personnes autour.

«La mauvaise joueuse», Victor Jestin, Éd. Flammarion

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Récit: Plongée dans la violence conjugale

Trois femmes. Trois destins liés à la violence conjugale. Deux en sont mortes. La troisième, c’est elle, Nathacha Appanah. Rescapée d’une relation sous emprise, à la vingtaine, sur son île natale, l’écrivaine mauricienne rend hommage à ces disparues, dont les vies abrégées l’ont conduite à explorer son propre passé avec un homme brutal et possessif. Un lien qui aurait pu lui coûter la vie, à elle aussi. Un texte littéraire inclassable, qui scrute sans pathos ce moment où la nuit prend le pas sur l’amour. (CRI)

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Couverture du livre ’La Nuit au Coeur’ par Nathacha Appanah, avec une illustration colorée de jungle et une femme allongée.

«La nuit au cœur», Nathacha Appanah, Éd. Gallimard

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Joseph Incardona: L’envers du décor pailleté

Joseph Incardona, qu’on connaît pour ses romans noirs, revient avec l’histoire d’une sirène professionnelle. Côté pile, Eve satisfait le rêve de nantis, qui payent pour la voir évoluer dans leur piscine. Côté face, cette victime d’un accident de voiture qui lui a ôté tout ce qui comptait dans sa vie mûrit lentement, mais sûrement, sa vengeance. Elle sera terrible et grandiose. Un magnifique portrait de femme, qui évite l’écueil de la résilience à tout prix et offre, en prime, une peinture corrosive du monde côté paillettes. (CRI)

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Couverture du livre ’Le monde est fatigué’ de Joseph Incardona avec illustration de sirène sur fond bleu.
 «Le monde est fatigué», Joseph Incardona, Éd. Finitude

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Brûlot burlesque: Les humeurs tyranniques d’Hélène Frappat

Dans le mot qui accompagne l’envoi de son petit roman explosif, Hélène Frappat vend la mèche de son brûlot burlesque. «Nerona» s’inspire de Giorgia Meloni et, tout comme la responsable politique italienne a exigé de se faire nommer «le président du Conseil» en grande pompe masculine, Nerona demande – exige! – le titre de Monsieur le Prince. Très dialogué, qualifié par son autrice de «sitcom fasciste», ce texte aussi nerveux que furieux conjugue la dictature au féminin en une mixologie littéraire accouchant d’un monstre entre Néron, Meloni et Trump.

Hélène Frappat ne recule ici devant aucune outrance, alors même qu’elle inverse les valeurs classiques associant tyrannie et manipulation au patriarcat. Les jeux de téléréalité se délectent d’épreuves où des migrants perdent la vie, Egon Must nie toute relation sentimentale avec l’autocrate féminine et la société sombre dans l’irresponsabilité d’un gouvernement qui se réduit à sa «gouvernante». C’est drôlement brossé… Comme le dit l’autrice: «Rions ensemble pendant qu’il est trop tard.» (BSE)

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Couverture du livre ’Nerona’ de Hélène Frappat avec illustration d’un visage féminin en noir et blanc et fond rose.

«Nerona», Hélène Frappat, Éd. Actes Sud

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Fable: Un loup pour la femme

Dans ce roman au style acéré, Sophie Pointurier explore les arcanes de la lycanthropie et la mythologie du loup. Son récit combine l’engagement féministe, l’épaisseur d’un secret familial et la peur du grand prédateur. Ce dernier, haï par les hommes, se fait l’allié des femmes. Cette histoire de louves peut aussi être une sorte de roman d’apprentissage qui éclaire les rapports générationnels et matriarcaux. (PVI)

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Couverture du livre ’Notre part féroce’ par Sophie Pointurier, illustrée d’une image rouge d’un loup.

«Notre part féroce», Sophie Pointurier, Éd. Phébus

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Spirale: Au bord du burn-out

Jade frôle l’implosion. Son couple bat de l’aile et son travail pour un groupe hôtelier dirigé par un supérieur envahissant ne lui laisse aucun répit. Malgré cela, elle accepte de coordonner la création d’un hôtel de luxe dans l’archipel indien d’Andaman. Ce projet met en lumière le parallèle entre notre mode de vie moderne, qui envahit les espaces vierges pour y imposer sa vision dans le but de s’enrichir, et le monde professionnel, qui nous aliène. Une spirale qui risque de nous mener à notre perte. (BLA)

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Couverture du livre ’Surchauffe’ de Nathan Devers, édité par Albin Michel, avec des cercles concentriques colorés.

«Surchauffe», Nathan Devers, Éd. Albin Michel

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Roman: Peurs d’enfant

C’est l’histoire d’une femme qui a peur. Sans vraiment savoir pourquoi, et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle tressaille. Est-ce parce que son couple bat de l’aile? Est-ce parce qu’elle sent que son rôle d’épouse écrase son essence de femme? Michelle ne le sait pas. Cependant, du jour au lendemain, elle décide de tout plaquer. Alors elle a peur, encore. Que va-t-elle devenir? Sans son mari, loin de leur fille. Elle a peur de regretter, peur de revenir, peur de décevoir. Jusqu’au jour où elle doit se confronter à la source de ses angoisses, dans son Vercors natal. Un roman qui explore une peur de femme profondément ancrée qui remonte à l’enfance. Brillant. (FRO)

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Couverture du livre ’Tressailir’ par Maria Pourchet, montrant l’auteure sur un fond vert.

«Tressaillir», Maria Pourchet, Éd. Stock

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Autofiction: Phallus et bouche cousue

Au début de ce millénaire, Clothilde a vu son identité s’effacer petit à petit pour devenir la compagne idéale d’un «Monsieur». D’écrivaine rebelle, elle devient bourgeoise accro aux benzos, jusqu’à ne plus réussir à distinguer son propre visage. Vingt ans plus tard, en week-end entre copines dans la ville où elle a vécu sous emprise, elle réussit à couper la ficelle qui suturait sa bouche comme un rôti et à se confier sur son trauma, malgré la honte. L’écriture tranchante de Chloé Delaume dissèque sans gants la mécanique des relations toxiques. (VF)

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Couverture du livre ’Ils appellent ça l’amour’ par Chloé Delaume avec une cage dorée sur fond jaune.

«Ils appellent ça l’amour», Chloé Delaume, Éd. Seuil

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Saga: Les larmes en héritage

Elisabeth Witz a trois filles, une maison, un mari, mais n’arrive plus à trouver du goût à sa vie. Une vie qui a fait son travail de sape: elle est devenue transparente comme sa mère, sa belle-mère ou ses tantes avant elle, habituées à souffrir en silence, à pleurer en préparant la soupe, à chercher dans la nourriture un moyen d’exprimer leurs sentiments. On remonte ce triste arbre généalogique avec la narratrice, aînée des trois sœurs, qui a grandi entre deux branches, la famille d’Alsace et celle de Lorraine, deux cultures si différentes et dramatiquement banales à la fois. Un récit qui a vraiment une saveur amère. (VFO)

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Couverture du livre ’Rêve d’une pomme acide’ de Justine Arnal, avec des chaises bleues et une table sur fond vert sous un arbre.

«Rêve d’une pomme acide», Justine Arnal, Éd. Quidam

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«La Tribune des livres»

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