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Plutôt que la dette, le péril climatique est le vrai risque existentiel sur lequel Bayrou devrait mobiliser

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 Jonathan Bouchet-Petersen

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Si le Premier ministre a évoqué lundi 25 août, lors de sa conférence de presse, l’urgence environnementale, il n’en a qu’une vision comptable et productiviste.

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Francois Bayrou, autiste ?

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Jonathan Bouchet-Petersen
 28 août 2025 
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Au sortir d’un été marqué une nouvelle fois par des records de chaleur et des manifestations extrêmes du dérèglement climatique, il y a quelque chose de navrant et même d’angoissant à constater que rien n’a changé au sommet de l’Etat. Certes, dans la conférence de presse qu’il a donnée il y a quelques jours, François Bayrou a vaguement justifié la nécessité de retrouver des marges de manœuvre financières en évoquant l’enjeu climatique. Mais force est de constater que cela reste largement un impensé dans son esprit comme dans celui de ses congénères, plus obsédés par la dette financière – qui est un sujet sur lequel la dramatisation est toujours de rigueur – que par l’habitabilité d’un nombre croissant de territoires. Dépenser moins et produire plus, voilà leur boussole.

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Le feu au pays

«Mon quinquennat sera écologique ou ne sera pas.» La proclamation électoraliste d’Emmanuel Macron pour inciter la gauche à voter pour lui au deuxième tour de la dernière campagne présidentielle ne s’est pas traduite dans les faits. Bien au contraire. Chaque mois de son deuxième mandat l’a démontré avec nombre de reculs et cela fut patent dans le dernier budget, adopté via le recours à l’article 49.3, comme dans l’effort de 44 milliards d’euros porté par François Bayrou pour le cru 2026. Il est de bon ton de faire de la transition écologique un obstacle en ciblant encore et encore sa dimension «punitive», alors qu’elle est avant tout une solution face à un péril majeur et possiblement le noyau d’une nouvelle croissance, soutenable à long terme.

Quand le Premier ministre sur la sellette en appelle à la responsabilité des adultes d’aujourd’hui à l’égard des enfants qui seront les adultes de demain, il n’en a qu’une vision comptable et productiviste. Le défi écologique tout comme la lutte contre l’explosion des inégalités seraient pourtant des horizons autrement plus enthousiasmants et mobilisateurs pour justifier un effort collectif, si tant est que celui-ci soit équitablement réparti en mettant notablement à contribution ceux qui en ont les moyens – et qui sont d’ailleurs les pollueurs les plus importants. Mais cela nécessite un changement de logiciel dont la plupart des forces politiques, à commencer par la droite et l’extrême droite, sont incapables.

Encore une fois, cela ne veut pas dire que la maîtrise de notre dette n’est pas une question importante. Mais d’une part il n’y a pas qu’une seule façon d’équilibrer les comptes publics, et d’autre part, si on convoque un risque existentiel comme l’a fait François Bayrou, sa vision apparaît bien trop pauvre pour mobiliser le pays. Alors que son sort semble scellé et qu’Emmanuel Macron va bientôt devoir nommer un nouveau Premier ministre, on aimerait sans trop y croire que ce soit l’occasion d’une bascule à la hauteur du moment. Obsédé comme ses prédécesseurs par la trace qu’il laissera sans l’histoire, le chef de l’Etat aurait au fond tout à gagner à être enfin au rendez-vous de son ambition de campagne. S’il s’entête dans les reculs sociaux et environnementaux, le tout sans placer la justice au cœur de l’action publique, voilà qui ne peut que mettre le feu au pays. Dans tous les sens du terme.

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Jonathan Bouchet-Petersen
 28 août 2025 

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