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Après Bayrou, un chaos d’où pourrait surgir le RN

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02 Septembre 2025
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Hervé Nathan   Journaliste
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Le 8 septembre, lorsqu’il montera à la tribune de l’Assemblée nationale pour demander la confiance avec 0,01 % de chance de l’obtenir, il faudra déclencher le logiciel d’analyse de textes avec la recherche du mot « chaos ».

Car le « chaos » – ou le « désordre » ou, mieux, les deux en même temps – est devenu le péril principal dans le discours du Premier ministre, remisant la dette (3 300 milliards…) au rang des accessoires dans l’armoire aux idées du leader centriste.

L’enjeu du jour ne consisterait pas à s’entendre avec lui autour d’un « constat » sur l’endettement du pays, et donc autour d’un programme assez monstrueux et mal ficelé de réduction du déficit public, mais, en le maintenant à son poste, à conjurer une sorte d’apocalypse sociale qui ne manquerait pas de déferler sur le pays dès son départ de l’hôtel Matignon et sa retraite vers son bureau (refait à neuf) de la mairie de Pau.

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C’est gonflé de la part d’un homme qui a participé au chaos politique généré et entretenu par Emmanuel Macron depuis la dissolution à l’été 2024, mais lorsque les bornes de l’exagération sont dépassées, c’est bien connu, il n’y a plus de limite.

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Seul contre tous

Un spectre hante donc les jours et les nuits de l’hôte de Matignon, il se nomme « Bloquons tout ». On ne sait pas trop à quoi il ressemblera, la seule chose à peu près sûre étant qu’il apparaîtra le 10 septembre en France.

Mais si chaos il y a ce jour-là (voire les suivants), François Bayrou aura tout fait pour lui donner de la consistance : outre qu’il est rare de voir un gouvernant faire à ce point la publicité d’un mouvement qui le conteste, il aura aussi renforcé la mobilisation des mécontents en injuriant les Français en gros et en détail.

Y sont passés : les fonctionnaires, les retraités, les chômeurs « payés par de la dette », les travailleurs appelés à accepter une forme humiliante de corvée, les « boomers » qui mangent l’avenir de leurs petits-enfants, les pharmaciens aux marges trop élevées, les taxis et ambulanciers profiteurs de la Sécurité sociale, les médecins généralistes laxistes, les malades drogués aux arrêts de travail.

Et pour finir en apothéose : « tout le monde » puisque nous aurions toutes et tous profité de la dette. Difficile de dresser plus de monde contre soi en si peu de temps… Le résultat de cette campagne ne s’est pas fait attendre : les confédérations syndicales ont décidé de prendre le relais, avec des grèves et des manifestations dans tout le pays le 18 septembre.

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Un marathon budgétaire sans majorité et alors que le mouvement social se fait entendre partout, c’était l’assurance de sortir en slip de Matignon

Le mois de septembre devrait se révéler plus chaud que le climat. C’est sans doute cette perspective inéluctable qui est l’élément déclencheur du suicide politique du Premier ministre. Un marathon budgétaire sans majorité est déjà un exercice périlleux, mais l’entreprendre alors que le mouvement social se fait entendre dans les rues, les administrations, les entreprises, c’était l’assurance de sortir en slip de l’hôtel Matignon au plus tard au mois de novembre. Le Béarnais a préféré retourner à Pau plus tôt, mais encore habillé…

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Un automne très social

Ce faisant, François Bayrou offre une victoire aux futurs « septembristes » avant même leur première action. La fête est déjà convoquée place de la République à Paris le 10 au soir ! Néanmoins, la triste musique du « chaos » risque bien de lui survivre.

On peut en effet prédire que la mobilisation sociale se maintiendra. Elle pourrait même franchir un palier le 18 avec la journée de mobilisation des centrales syndicales, qui ont toutes senti un désir d’en découdre parmi leurs adhérents.

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Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, l’affirme : « Nous sommes en position de force puisque le président de la République en est à sacrifier son Premier ministre pour sauver sa politique de l’offre. » En conséquence, « nous pouvons gagner, sur les salaires, la retraite, la réindustrialisation ».

A FO, qui appelle à des « grèves reconductibles », son homologue Frédéric Souillot avertit : « Nous rappellerons à tous ceux qui veulent réfléchir au prochain budget qu’il est inutile de nous présenter à nouveau le même musée des horreurs » [que François Bayrou].

Un message qu’entendra Emmanuel Macron au moment de nommer un nouveau gouvernement avec, dans le dos, l’aiguillon des protestations. La situation est à peu près inédite dans la Ve République.

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Une coalition encore plus à droite

La rhétorique du chaos offrirait alors au président de la République un prétexte pour chercher une coalition politique non pas vers la gauche – ce qui l’obligerait à répondre aux revendications et à rompre avec sa politique de l’offre –, mais à l’inverse encore plus à droite que celles que dirigeaient Barnier et Bayrou.

Remettre l’ordre dans les rues tout en garantissant les possédants dans leurs situations acquises (en partie grâce à lui) pourrait devenir le programme commun minimum de toutes les droites pour les vingt mois qui nous séparent de l’élection présidentielle.

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Rien ne garantit qu’un gouvernement plus à droite, moyennant quelques concessions, n’obtienne pas le soutien du RN

Dans ce cas, rien ne garantit qu’un tel gouvernement, moyennant quelques concessions, n’obtienne pas le soutien du RN. Ceci avec l’Assemblée telle qu’elle existe depuis juillet 2024 comme avec une autre, une fois les cartes rebattues par une nouvelle dissolution.

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En 1968, face à la persistance des grèves malgré les accords de Matignon, le général De Gaulle avait dissous l’Assemblée. Outre que la campagne électorale avait étouffé en quelques jours la contestation sociale, une chambre élue contre « la chienlit » était sortie des urnes.

Dans l’état actuel des forces politiques à gauche, rien ne laisse entrevoir la reconstitution d’un nouveau NFP, et l’on peut douter que les électeurs de gauche (ou du centre droit pour une part) renouvellent le « vote républicain » qui avait barré le chemin à Jordan Bardella. A force d’invoquer le chaos, un monstre peut en surgir.

 

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