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Une enquête sur le grand rapprochement entre patrons et extrême droite, et 3 autres conseils de lecture

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06 Septembre 2025
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En tête de notre sélection cette semaine, le livre du journaliste Laurent Mauduit, qui dévoile comment et pourquoi, des grandes entreprises aux PME, les milieux d’affaires se préparent à collaborer avec le RN.

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Alternatives Economiques

Cette semaine, nous vous conseillons : Collaborations. Enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires par Laurent Mauduit ; Big Bad Pharma, ça suffit ! Changer l’économie du médicament pour mieux soigner par Gaëlle Krikorian et Médecins du monde ; Les capitalismes contemporains par Dominique Plihon ; Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ? par Cédric Durand.

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1/ « Collaborations. Enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires » par Laurent Mauduit

Comme beaucoup, le journaliste et cofondateur de Mediapart, Laurent Mauduit, a été frappé par le discours patronal qui a suivi la dissolution de l’été 2024. Face à une éventuelle victoire de la gauche, les milieux d’affaires apparaissent alors prêts à s’accommoder d’un gouvernement d’extrême droite. Avec la gauche, aucun compromis possible ; avec l’extrême droite, la collaboration, c’est-à-dire l’acceptation, l’accoutumance, le soutien, voire la convergence idéologique.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le patronat rouvre-t-il la cicatrice historique de son large appui à Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale ? Le livre démêle les fils multiples et croisés de ce positionnement. C’est passionnant et terrifiant.

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Il y a les faits, d’abord. Ils montrent de manière indéniable le rapprochement entre les élites patronales et celles du Rassemblement national (RN), et cela démarre avant 2024. Dès les élections présidentielles de 2017 et 2022, à rebours de ses pratiques antérieures, le Medef trouve normal d’inviter les candidats d’extrême droite à venir présenter leur programme.

Côté grands patrons, l’ex-PDG d’EDF, Henri Proglio, s’affiche publiquement avec Marine Le Pen. Une brebis galeuse ? « Tous les PDG les plus connus, je dis bien tous, ont eu, comme moi, des contacts avec Marine Le Pen, mais sans le dire. Dans ce domaine, il n’y a que de l’hypocrisie », répond l’intéressé.

Patrick Martin, président du Medef, l’avoue sans détour, il a rencontré la dirigeante avant 2024. De toute façon, à peu près toutes les instances patronales ont ouvert la porte, du Cercle de l’union interalliée à l’Afep (Association française des entreprises privées), dont plusieurs dirigeants (Ambroise Roux, monarchiste, Claude Bébéar, proche de l’Opus Dei, Laurent Burelle, financeur de l’extrême droite) ne voient aucune difficulté à ce genre de lien.

Quant aux petits patrons, depuis Poujade, ils ont souvent été sensibles à cette partie de la classe politique, comme l’a souligné aux législatives de 2024 le nombre de candidats RN-Ciotti issus de leurs rangs.

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Une dynamique inquiétante
Comment tout cela s’explique-t-il ? Les causes s’entremêlent. Quand le RN reçoit 30 % des suffrages, c’est que 30 % de nos clients et de nos salariés y sont, avancent les patrons, on ne peut pas faire comme si ce parti n’existait pas.

Il y a les convaincus, chez les dirigeants (Vincent Bolloré, Pierre-Edouard Stérin et d’autres), chez les communicants (Anne Méaux et d’autres). Il y a la haine de la gauche et des mesures sociales, fiscales et de régulation qui justifie aux yeux de beaucoup toutes les compromissions. Il y a le poids croissant de la tech et des cryptos, des mondes liés à l’extrême droite.

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Et puis, il y a la tentation libertarienne à la Musk, à la Peter Thiel, à la Trump ; le président américain fascine une partie de notre élite économique, citons à ce propos un autre livre de la rentrée, Patrons, la tentation Trump, de Denis Lafay (L’Aube). C’est l’idéal d’une économie sans Etat, sans protection sociale, sans règle, empreinte de conservatisme social. Il y faut un pouvoir fort, qui fait passer la démocratie derrière la liberté d’entreprendre. Une liberté que les dirigeants du RN mettent de leur côté en avant pour séduire les patrons.

Plusieurs d’entre eux ont résisté dans les années 1930 et sous Vichy. Comme aujourd’hui Ross McInnes, le président du conseil d’administration de Safran, qui fait exception chez ses pairs. Qui, eux, ont ouvert la porte. En grand.  Christian Chavagneux

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Collaborations. Enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affairespar Laurent Mauduit, La Découverte, 2025, 310 p., 22 €.

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2/ « Big Bad Pharma, ça suffit ! » par Gaëlle Krikorian et Médecins du monde

Pénuries de médicaments indispensables, envolée des prix des nouvelles molécules, inégal accès aux moyens de se soigner au Nord et au Sud, de nombreux signes nous alertent sur les dysfonctionnements profonds du marché pharmaceutique. Face à cela, Gaëlle Krikorian nous propose un livre de combat fondé sur de nombreux exemples et données économiques.

On y retrouve des thèmes qu’elle a souvent abordés dans ses chroniques pour Alternatives Economiques, mais aussi d’autres dont on découvre l’importance. Ainsi le système des brevets est dévoyé, les investissements publics sont sous-estimés, les fonds privés privilégient désormais le marketing à la recherche et développement…

Pour savoir comment on en est arrivé là, elle analyse le fonctionnement des firmes et décrit leur financiarisation. S’il est un domaine où le libre jeu du marché a montré ses limites, c’est celui du médicament, dont elle propose une autre régulation.  Naïri Nahapétian

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Big Bad Pharma, ça suffit ! Changer l’économie du médicament pour mieux soigner, par Gaëlle Krikorian et Médecins du monde, Eyrolles, 2025, 128 p., 13,90 €.

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3/ « Les capitalismes contemporains » par Dominique Plihon

Comment caractériser le capitalisme contemporain ? Si vous cherchez une réponse à cette question à partir d’une introduction très pédagogique, c’est le livre qu’il vous faut.

Dominique Plihon détaille l’arrivée du poids croissant de la finance (capitalisme actionnarial, rôle des fonds d’investissement, etc.), l’importance des innovations (IA notamment) et l’avènement des monopoles numériques (les différentes sortes de capitalisme de plate-forme, le rôle de l’immatériel, le renforcement des droits de propriété intellectuelle…). Il montre comment ces différentes caractéristiques sont liées, sans oublier de présenter régulièrement le cas français.

Le résultat de tout cela ? Une montée des inégalités et un capitalisme en crises multiples : panne de croissance, instabilité financière, crise écologique et recul démocratique. Avec une Europe à la traîne face aux Etats-Unis et à la Chine qui écrivent le futur sans nous.  Ch. Ch.

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Les capitalismes contemporains, par Dominique Plihon, coll. Repères, La Découverte, 2025, 126 p., 11 €.

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4/ « Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ? » par Cédric Durand

Face aux désastres écologiques et sociaux entraînés par le déploiement du numérique, il est tentant de vouloir se détourner d’Internet et de ses enjeux. C’est cependant là que se joue le sort de nos sociétés, comme le rappelle l’économiste Cédric Durand dans ce petit ouvrage rassemblant trois conférences données à l’Institut La Boétie, proche de La France insoumise.

L’auteur y décrit ce qu’il qualifie de « techno-féodalisme », un système dans lequel les Big Tech luttent pour conquérir des pans de glèbe numérique et construire un monopole intellectuel par l’extraction et le traitement des données que l’on sème. Non seulement des voies de résistance existent face à ce processus en marche, mais, utilisés à bon escient, les algorithmes ouvrent aussi la voie à un « éco-cyber-socialisme » en nous permettant de connaître nos besoins, nos limites et la direction vers laquelle nous voulons aller. Bref, de reprendre notre destin collectif en main.

Igor Martinache

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Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ?, par Cédric Durand, coll. Les livres de l’Institut La Boétie, Editions Amsterdam, 2025, 164 p., 12 €.

 

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