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Six ÉCONOMISTES ET Pascal Canfin

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Top départ. C’est demain que se tient la première réunion de travail de la «Plateforme progressiste», lancée par l’eurodéputé Renew Pascal Canfin au cœur de l’été pour l’organisation, d’ici la fin du mois de septembre, d’une première «conférence de consensus».

Celle-ci doit mettre en débat plusieurs scénarios budgétaires et sera pilotée par l’économiste Éric Hazan. Elle sera alimentée par l’expertise d’économistes comme Jean Pisani-Ferry – papa du programme éco d’Emmanuel Macron en 2017 et qui a, depuis, largement pris ses distances avec le Président. Il y aura également Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, Antonin Bergeaud, Anne Épaulard et Pascal Saint-Amans. «L’idée n’est pas de se perdre dans toutes les lignes budgétaires mais d’en identifier une vingtaine, précise Canfin à Chez Pol. Les participants seront ensuite amenés à évaluer les différentes mesures proposées de 1 à 10.» Avec un objectif assumé : aboutir à la trajectoire budgétaire la plus «consensuelle». Tout se passera en virtuel entre les économistes suscités et les 250 participants sélectionnés parmi les 2700 inscrits de la «Plateforme progressiste». Les inscriptions sont encore ouvertes jusqu’à dimanche.

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Sy. C. 

Pascal Canfin

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Pascal Canfin, eurodéputé : «Il ne reste qu’une solution à Sébastien Lecornu, négocier avec la gauche de gouvernement»

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L’eurodéputé Renew plaide pour que Sébastien Lecornu trouve un terrain d’entente avec le Parti socialiste.

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Pascal Canfin au Parlement européen à Bruxelles, le 5 février.
Pascal Canfin au Parlement européen à Bruxelles, le 5 février
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 Lilian Alemagna et Valérie HACOT
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Président (Renew) de la commission environnement du Parlement européen et initiateur d’une «plateforme progressiste», Pascal Canfin appelle son camp à lâcher du lest sur la taxation des hauts revenus pour trouver un accord de non-censure avec les socialistes.

Le nouveau Premier ministre est donc Sébastien Lecornu. Comment expliquer le choix du président de la République d’un homme censé travailler avec les socialistes, mais critiqué ces derniers mois pour avoir dîné avec Marine Le Pen ?

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C’est tout le paradoxe. Sébastien Lecornu a un profil politique qui pourrait accroître le coût politique et le coût budgétaire d’une alliance. Pour les socialistes, il est sans doute plus difficile de faire des compromis avec un Premier ministre venu de la droite. Et comme c’est politiquement plus difficile, cela peut être budgétairement plus coûteux. Le contraire, a priori, de l’équation qu’on recherche.

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Fallait-il cette fois faire confiance à la gauche pour gouverner ?

La proposition que j’ai formulée, il y a déjà un an, après la dissolution, et celle aujourd’hui de Gabriel Attal, était de ne pas donner tout de suite une couleur politique au Premier ministre. De nommer un négociateur neutre qui trouve les voies d’un compromis, comme cela se fait dans de nombreux pays européens. Je me félicite cependant du changement de méthode annoncé par le président de la République. Sébastien Lecornu ne va pas nommer un gouvernement, puis négocier un budget, mais d’abord essayer de négocier. Au fond, c’est une forme de Premier ministre négociateur, qui va d’abord tenter de créer un contrat de non-censure.

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A-t-il le bon profil pour cela ?

L’avenir le dira. Mais quelle est l’alternative ? Un accord avec le RN ? Non seulement ce serait déshonorant pour le centre, mais ce serait aussi ne pas tenir compte de la stratégie de Marine Le Pen, qui veut la dissolution. Une telle entente, en plus d’être politiquement suicidaire, n’aurait donc aucune efficacité. Quant à la dissolution, elle ne réglerait aucun des problèmes et enfoncerait un peu plus le pays dans le chaos. Il ne reste donc qu’une solution : négocier avec la gauche de gouvernement.

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Ce moment n’aurait-il pas dû être celui de la gauche de gouvernement ?

Nous devons contribuer à un rapprochement entre la gauche de gouvernement et le centre. C’est un élément clé de toute stabilisation démocratique contre le RN. On ne peut pas dire, le lundi, «il faut que le Parti socialiste redevienne un parti de gouvernement» et, le mardi, ne pas leur tendre la main lorsqu’ils sont prêts à prendre le risque électoral de se déconnecter de LFI. Le meilleur scénario aurait été, je pense, de désigner un négociateur avec un profil politique neutre pour justement ne pas agiter de chiffon rouge. Emmanuel Macron a pris un risque : en choisissant quelqu’un de très proche directement, il se met en première ligne.

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Concrètement, qu’êtes-vous prêts à abandonner pour que les socialistes, voire les Ecologistes, acceptent ce budget ou ne censurent pas ?

Prenons l’exemple de la taxe Zucman qui est sans doute un des éléments clés autour duquel un accord peut se nouer ou ne pas se nouer. Si on en croit les estimations budgétaires des uns et des autres, c’est entre 15 et 20 milliards. C’est-à-dire trois fois l’ISF. Peut-on réellement penser faire au moins trois fois l’ISF, sans qu’il n’y ait de conséquences ? Cela n’a d’ailleurs jamais été fait par un gouvernement de gauche. Ou est-ce que le sujet n’est pas plutôt de faire contribuer davantage les plus hauts patrimoines ?

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A défaut de taxe Zucman, que mettez-vous sur la table pour que les hauts patrimoines contribuent davantage ?

Est-ce une taxe Zucman avec un taux plus bas ? Avec une assiette plus étroite ? Quelque chose de progressif ? Un autre dispositif permettant une contribution des particuliers ayant les plus hauts patrimoines mais qui n’est pas, techniquement, la proposition de Gabriel Zucman ?

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Votre camp n’est pas très chaud là-dessus non plus…

A l’intérieur du bloc central, un certain nombre de voix disent qu’il faudra bouger. De l’autre côté, j’ai entendu des voix socialistes, comme François Hollande ou Carole Delga, plaider pour une contribution plus importante des hauts patrimoines sans être forcément attachés à la taxe Zucman en tant que telle. Il est important d’arriver dans cette négociation sans totem ni tabous mais avec la volonté constructive de trouver un point d’équilibre.

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Le contre-budget du Parti socialiste est-il une base de discussion possible ?

C’est très bien que les socialistes aient fait ce travail, parce qu’on est quand même très très loin du programme du Nouveau Front populaire. On ne peut pas dire aux socialistes d’un côté «retrouvez une culture de gouvernement, émancipez-vous de LFI» et quand ils le font, leur dire «ce que vous proposez n’a pas de valeur». C’est leur point de départ, et comme dans toute négociation, cela ne peut pas être le point d’arrivée.

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Vous validez leur proposition de reporter à 2032 le retour du déficit sous la barre des 3 % ?

Cela consisterait à revenir sur certains de nos engagements européens. Mais, en même temps, ce qu’attendent les acheteurs de notre dette et nos partenaires européens, c’est plus de la stabilité qu’un chiffre magique. Il faut avant tout que notre trajectoire soit crédible. Encore une fois : ni totems, ni tabou.

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Et les 44 milliards d’efforts budgétaires, ce n’est pas non plus un totem ou un tabou ?

Même [le ministre de l’Economie], Eric Lombard, lorsqu’il défendait le budget de François Bayrou, avait dit qu’il y avait des ouvertures possibles.

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Vous comptez sur des «conférences de consensus» pour aider à ce rapprochement avec les socialistes ?

Cette «plateforme progressiste» lancée en juillet que nous avons créée est un espace de dialogue pour créer des passerelles et contribuer à créer des compromis. Pour y arriver, il ne faut pas être cinq autour d’une table mais assurer une participation citoyenne. Nous allons donc faire contribuer 250 à 300 personnes représentatives de la diversité de l’arc progressiste et mettre en débat différents scénarios budgétaires. Cette conférence de consensus pilotée par l’économiste Eric Hazan sera alimentée par l’expertise de personnalités reconnues comme Jean Pisani Ferry, Olivier Blanchard ou encore Pascal Saint-Amans. Bien sûr, il ne s’agit pas de se substituer aux négociations politiques mais cela peut contribuer à créer des convergences.

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Vous parlez des socialistes mais pas des écologistes. Comptez-vous encore sur votre ancienne famille politique ?

C’est aux écologistes de faire ce choix. L’introduction de la proportionnelle par exemple sur le modèle allemand pourrait peut-être les y aider en les rendant moins dépendants de LFI.

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 Lilian Alemagna et Valérie HACOT à suivre sur Libé

10 sept 2025

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