Pestiriv : une étude d’ampleur confirme l’exposition plus élevée des populations riveraines de cultures
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Les riverains de parcelles viticoles sont plus exposés aux phytosanitaires que la population générale, et encore plus en période de traitement, conclut l’étude nationale Pestiriv, visant à évaluer l’exposition des citoyens « en vie réelle ».
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C’est une information qui était présupposée, intuitivement admise : les riverains de parcelles agricoles sont logiquement plus exposés aux traitements phytosanitaires que la population vivant à distance de zones agricoles. L’étude Pestiriv, inédite par son ampleur nationale et les données collectées, fournit désormais des données d’exposition « en vie réelle » à l’échelle nationale pour les riverains de vignes.
Résultat : les riverains de zones viticoles sont plus exposés aux pesticides que ceux vivant à l’écart de toute culture. Et cette exposition augmente en période de traitement des vignes, de mars à août (jusqu’à +60 % dans les urines et +700 % dans les poussières).
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Au-delà de cette information générale, l’étude permet « de documenter les facteurs influençant les niveaux de contamination environnementale et d’imprégnation biologique et ainsi d’identifier les leviers d’action pour réduire les expositions », soulignent ses auteurs. La première recommandation qui en découle est la mise en œuvre « ambitieuse » du plan Ecophyto 2030 et une limitation « au strict nécessaire » de l’usage des phytosanitaires. La prévention passe aussi par une information des riverains avant les traitements et une action prioritaire auprès de ces personnes. L’étude souligne enfin la nécessité de disposer d’un accès aux données réelles d’utilisation des pesticides pour préciser encore plus les liens entre applications réelles et expositions. Elle plaide pour la mise en place d’une base de données nationale et centralisée. « Cette étude ouvre des pistes, mais n’est pas une fin en soi. Elle améliore significativement nos connaissances sur l’imprégnation des populations, mais ne répond pas à toutes les questions. D’autres enquêtes viendront compléter ces résultats », indique Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France.
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Des contaminations jusqu’à 1 000 % plus élevées
Réalisée en 2021-2022 par l’Anses et Santé publique France, auprès d’environ 2 000 adultes et 750 enfants de trois à dix-sept ans vivant dans six régions viticoles (1) (265 sites), cette étude a permis, au travers de nombreux prélèvements (cheveux, urines, poussières, air…), de quantifier l’exposition aux produits phytosanitaires et de comparer les résultats, une partie du panel vivant à moins de 500 mètres de vignes et l’autre à plus d’un kilomètre de toute culture.
Cinquante-six substances ont été recherchées : des substances spécifiques à la viticulture (folpel, métirame) et d’autres plus communément utilisées en agriculture (glyphosate, fosétyl-aluminium, spiroxamine). En parallèle, des questionnaires précis ont été soumis aux participants pour prendre en compte les autres facteurs d’exposition (alimentation, activité professionnelle, utilisation domestique de phytosanitaires…).
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Des données transposables aux autres cultures
Pestiriv s’est focalisée sur la viticulture pour plusieurs raisons : 4 % de la population vit à moins de 200 mètres de vignes, cette culture fait partie des plus gourmande en pesticides en termes de fréquence et quantité, son implantation varie peu d’une année sur l’autre, conduisant donc à une exposition répétée. Par ailleurs, la nature des pulvérisateurs utilisés et leur hauteur sont susceptibles de conduire à des expositions plus élevées. Cependant, ces résultats sont « extrapolables à d’autres cultures », soulignent les auteurs, puisqu’elles incluent des substances non exclusives à la viticulture et sont cohérentes avec les résultats d’études similaires réalisées à l’étranger.
L’étude révèle que l’exposition des riverains de vignes est plus importante pour la majorité des substances mesurées. Dans l’air ambiant, 33 substances ont été détectées dans au moins un échantillon, sur 39 recherchées, avec des niveaux plus élevés pour le cuivre, le soufre, le fosétyl-aluminium et le folpel. Dans les poussières, 47 des 48 substances recherchées ont été détectées, avec des niveaux plus élevés pour le cuivre, le cuivre acido-soluble, le glyphosate, le fosétyl-aluminium et le cyperméthrine. Dans l’air intérieur, 30 des 40 substances recherchées ont été retrouvées dans au moins un échantillon, avec des niveaux plus élevés pour le folpel.
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Les niveaux de contamination sont plus élevés en zones viticoles dans les urines (15 à 45 %), les poussières (plus de 1 000 %) et l’air ambiant (jusqu’à 12 fois plus). Dans les cheveux et l’air intérieur, les substances sont plus fréquemment présentes dans les échantillons.
Des différences importantes donc, et qui pourraient l’être encore plus à d’autres moments. L’Anses et Santé publique France précisent en effet que la faible pluviométrie et les températures élevées du printemps et de l’été 2022, date des prélèvements, ont pu réduire les besoins de traitements. « Les niveaux d’exposition en zones viticoles pourraient donc être plus élevés en cas de temps pluvieux. »
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De l’importance d’informer les riverains
En croisant les données, l’étude souligne que l’exposition dépend de plusieurs facteurs : les pratiques agricoles (quantités et fréquence de pesticides utilisés), la distance entre le logement et la parcelle traitée et les contacts avec l’environnement (durée d’aération du logement, temps passé à l’extérieur). Certains gestes du quotidien permettraient également de réduire l’exposition : le fait de se déchausser en entrant dans le logement, de nettoyer l’intérieur une fois par semaine, de sécher le linge en intérieur, de disposer d’une VMC, d’éplucher les fruits du jardin ou encore de limiter la consommation d’œufs de poulaillers domestiques. Les enfants de trois à six ans seraient particulièrement imprégnés, du fait de leur plus grand contact avec le sol, des pratiques main-bouche…
L’étude souligne donc l’importance d’informer les riverains, tout en soulignant que la prévention ne doit « pas reposer uniquement sur des mesures individuelles ». La mise en place de chartes de protection des riverains était censée améliorer cette information, mais leur mise en œuvre patine encore.
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Par ailleurs, Pestiriv ne permet pas de faire le lien entre les niveaux de contamination et d’imprégnation observés et d’éventuels risques sanitaires. Des travaux supplémentaires doivent être menés, en croisant notamment les données obtenues avec les études fournies dans les dossiers de demandes d’autorisation des substances et les seuils de vigilance. Les situations de coexposition et de cumul avec d’autres facteurs de risques doivent également être évalués. Afin d’être plus largement utilisées, les données de Pestiriv seront mises à disposition des scientifiques, via notamment le Green Data for Health (GD4H).
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Sophie Fabrégat, journaliste, Cheffe de rubrique énergie / agroécologie. Reproduction établissant un lien préformaté [46775] / utilisation du flux d’actualité.