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Les femmes toujours écartées du pouvoir municipal

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Une étude de la Caisse des dépôts montre que, si les femmes sont plus nombreuses dans les conseils municipaux, très peu d’entre elles deviennent maires.
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Benoît Floc’h

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Congrès des maires de France, à Paris, le 21 novembre 2024.

Congrès des maires de France, à Paris, le 21 novembre 2024.
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La parité progresse à tout petits pas dans les mairies. Vingt-cinq ans après l’adoption de la loi du 6 mai 2000 tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux, une étude de la Caisse des dépôts montre que les premières sont encore largement tenues à l’écart des fonctions municipales qui détiennent le pouvoir. Les maires restent des hommes dans l’écrasante majorité des cas (82,5 %).

Certes, la part des femmes progresse dans les conseils municipaux. Après le dernier scrutin, celui de 2020, elles étaient 41,5 %, soit 2,3 points de plus qu’avant (39,2 %). Et l’augmentation est à peu près la même pour la fonction de maire : 17,5 % après l’élection, contre 15,4 % avant.

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Mais leur présence demeure largement cantonnée aux fonctions laissant peu de capacité d’agir. Seule une minorité d’entre elles sont donc maires. Elles représentent en revanche 36,4 % des adjoints, 40,9 % des conseillers municipaux indemnisés et 45,8 % des conseillers qui ne le sont pas. Car, en effet, si les fonctions de maire et d’adjoint ouvrent automatiquement droit à une rétribution, modulée selon la fonction et la taille de la commune, ce n’est en général le cas des conseillers municipaux que s’ils reçoivent une délégation.

La loi du 21 mai 2025 permettra peut-être d’accélérer le mouvement. Jusqu’à présent, en effet, seules les villes de plus de 1 000 habitants étaient soumises à l’obligation de parité. Dorénavant, elles le sont toutes : partout dans le pays, les listes devront comprendre autant d’hommes que de femmes lors du scrutin des 15 et 22 mars 2026. Une nouvelle règle qui n’est d’ailleurs pas sans inquiéter certains candidats qui craignent de rencontrer des difficultés pour constituer leur liste, notamment dans les villages peu peuplés.

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Plus jeunes que les hommes

Les statistiques présentées par la Caisse des dépôts montrent que ce changement n’est pas anodin. Dans les communes de moins de 1 000 habitants (très nombreuses en France, puisqu’elles comptent pour presque 72 % du total), la part des femmes est plus faible, puisqu’elle atteint 37,6 % de l’ensemble des élus municipaux.

Dans les villes de plus de 1 000 habitants (où les règles de parité sont donc obligatoires), elle est bien supérieure : 48,4 % des élus. Même si, là encore, les femmes sont écartées du pouvoir : seules 18,9 % d’entre elles sont maires. Elles représentent 48,3 % des adjoints au maire et 50,4 % des conseillers municipaux.

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L’application, ou pas, de la parité ne suffit donc pas à expliquer totalement leurs difficultés à accéder aux plus hautes fonctions municipales. L’étude permet de dégager quelques pistes d’explication. C’est le cas de l’analyse du parcours qui conduit à devenir maire. Ceux qui le sont devenus en 2020 « ont dans la majorité des cas déjà occupé par le passé des fonctions d’élu indemnisé », note la Caisse des dépôts. Or, poursuit-elle, « les femmes disposent d’une moindre expérience que les hommes » sur ces fonctions, « ce qui peut diminuer leurs chances de devenir maires ».

Les femmes élues sont plus jeunes que les hommes, notamment parce que ceux-ci profitent de leur départ à la retraite pour s’engager davantage dans la vie municipale, ce que les premières ne font pas. L’écart d’âge chez les « sortants », soit qu’ils ne se représentent pas ou qu’ils se représentent mais ne parviennent pas à se faire réélire, est important (3,4 ans). Ce peut être le signe, souligne l’étude, que « les femmes tendent à enchaîner un moins grand nombre de mandats municipaux que leurs homologues masculins ». Les données montrent, il est vrai, qu’elles sont moins souvent reconduites dans leur mandat : la probabilité est de seulement 0,65 fois celle d’un homme.

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Pour autant, leur nombre global augmente, car elles sont beaucoup plus nombreuses parmi les nouveaux élus que parmi ceux qui ne sont pas reconduits. Et c’est l’arrivée de ces femmes des générations plus jeunes (nées après 1965) qui explique cette féminisation, lente et inaboutie, mais confirmée.

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Rappel :

Isère : Fanny Lacroix, la maire de Châtel-en-Trièves, ravive la flamme entre deux villages menacés

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Réélue au premier tour des élections municipales, Fanny Lacroix reste à la tête de la commune nouvelle de Châtel-en-Trièves, issue de la fusion de deux villages isérois. Et elle compte bien raviver la flamme dans ce secteur menacé de désertification.

Fanny Lacroix voit grand pour Châtel-en-Trièves. Maire de cette commune nouvelle du Sud de l’Isère, elle en a porté la création jusqu’à en devenir la toute première élue. Pourtant, rien n’était gagné pour fusionner les villages de Saint-Sébastien et Cordéac.

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Menacées de désertification, les deux bourgades cultivaient une vieille rivalité, après une scission entre protestants et catholiques il y a 150 ans. Avant la fusion, « tout se faisait autour des familles, des clans, c’était mortifère », confie Jean-Pierre Agresti, ancien maire de Saint-Sébastien et actuel premier adjoint de la commune nouvelle.

En janvier 2017, le mariage est voté à l’unanimité par les élus, mais sans référendum, de crainte d’un blocage des habitants. « Alors on s’est demandé, est-ce qu’il va y avoir une sanction » lors des élections municipales, raconte Fanny Lacroix, 35 ans. Son élection au premier tour la rassure dans son « entière légitimité ».

Une même urgence semble avoir rapproché les villageois : lutter contre la désertification. A Saint-Sébastien, le centre dépérissait. A Cordéac, l’école primaire allait fermer, faute d’écoliers. L’arrivée de Fanny Lacroix, en 2014, va changer le cours de leur histoire.

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La maire de Châtel-en-Trièves, Fanny Lacroix, accompagnée de l'ancien maire Jean-Pierre Agresti et du conseiller municipal Christian Jacquet.
La maire de Châtel-en-Trièves, Fanny Lacroix, accompagnée de l’ancien maire Jean-Pierre Agresti et du conseiller municipal Christian Jacquet
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L’école sauvée

« C’était dingue. Je n’aurais jamais cru que quelqu’un avec une bonne formation accepterait de venir s’installer dans ce trou », se souvient Jean-Pierre Agresti. L’ancien maire a recruté Fanny Lacroix comme secrétaire de mairie, puis l’a poussée à se présenter pour devenir maire. « Y’avait que des vieux ici, elle a créé une dynamique en arrivant avec des idées plein les bagages », ajoute le septuagénaire solaire.

Le coup de coeur est réciproque. C’est ici, à l’ombre du sommet du Châtel et du pic de l’Obiou, et loin des grandes métropoles, que Fanny Lacroix sent sa « flamme rallumée » et ses compétences « enfin reconnues ». « En arrivant dans cette petite commune, j’ai pris conscience qu’on pouvait changer le monde au niveau local », assure cette urbaniste de formation, qui a grandi à Annemasse avant d’étudier et travailler à Lyon, Paris et Grenoble.

Soutenue par les élus, la secrétaire de mairie devient la « cheville ouvrière » de la fusion. L’objectif premier : sauver l’école de Cordéac en y inscrivant des enfants de Saint-Sébastien. Pari gagné avec 20 écoliers en 2020. La fusion permet aussi de mutualiser les moyens. « Avant, quand une secrétaire était malade, tout nous tombait dessus », se rappelle Hervé Labadie, élu depuis les années 80 et actuel maire délégué de Saint-Sébastien.

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« Territoire du possible »

Pour réinventer le centre de Saint-Sébastien, envahi par les friches d’une ancienne colonie de vacances, Fanny Lacroix a organisé des ateliers de réflexion avec les habitants. Trois associations ont émergé et à l’été 2019, c’est la métamorphose : un café-épicerie, des jardins partagés et une carrière équestre voient le jour à côté de la mairie rénovée, le tout financé à 50% par des subventions obtenues tous azimuts.

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Les jardins partagés de Châtel-en-Trièves.
Les jardins partagés de Châtel-en-Trièves. 
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« Je me suis toujours vue vivre ici, mais c’est vrai que ça conforte mon choix, c’est devenu plus spontané de croiser du monde, la vie s’intensifie », se réjouit Mathilde Labadie, agricultrice de 24 ans. La bonne ambiance résonne jusqu’aux villages alentour. Ophélie Cornet, 32 ans et habitante de La Mure, amène une fois par semaine son fils jouer dans les jardins partagés. « On a déjà notre jardin, mais on vient pour partager des moments avec ceux qui sont là. C’est génial, s’exclame-t-elle. Avant j’avais nulle part où aller. »

Derrière les jardins, un espace encore vierge. Pourquoi pas y construire un théâtre de verdure ? « Châtel-en-Trièves, c’est un peu le territoire du possible », s’enthousiasme Christian Jacquet, retraité d’une multinationale et président de l’association équestre. Désormais membre de l’équipe municipale, il souhaite développer des activités de tourisme pour cavaliers.

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« Créer de la vie sur Cordéac »

En fin d’après-midi, l’animation sur la place, ponctuée par les « On est bien, là ! » des clients du café-épicerie, contraste avec le silence verdoyant de Cordéac, où seuls l’église, l’école et le dépôt de pain font office de lieux d’échanges.

Pourtant, l’envie est là. A l’image de ce groupe de chant, composé d’une trentaine d’habitants de Saint-Sébastien et de Cordéac. « Des réticences sont tombées, mais pas toutes. Les plus anciens restent en retrait avec l’idée que Saint-Sébastien a tout pris » dans la fusion, regrette Paul Gonsolin, 71 ans, cameraman attitré du groupe et résident de Cordéac.

Mais Fanny Lacroix l’assure : son mandat sera consacré à « créer de la vie sur Cordéac ». Elle soutient notamment un projet de restauration qui approvisionnerait l’école et des personnes âgées à domicile.

M.D.  sur FR3

19/06/2020

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