Comment vont les 500 plus riches familles de France ?
.
Comment vont les 500 plus riches familles de France ?
.

13% de la population française est en situation de privation matérielle et sociale. Le double par rapport à 2015. Pendant ce temps, la fortune des 500 familles les plus riches de France est passée de 500 à 1500 milliards d’euros.
Problème numéro un rencontré par le magazine Challenges [qui s’est intéressé à la question sans faire de peine aux riches] : il s’agit en grande partie d’héritiers directs. Et ce que le magazine montre bien, c’est que les 10 plus riches sont tous des héritiers, de plusieurs générations, à l’exception de Xavier Niel (Free, 7ème du classement) : la famille Hermès, Bernard Arnault (LVMH), les Wertheimer (Chanel), Bettencourt (l’Oréal), Dassault (aviation, armes), Saadé (CMA-CGM), Mulliez (Auchan), Pinault (Kering), Besnier (Lactalis) sont des héritiers, ils n’ont pas eux-mêmes bâti le groupe qui les rend riches.
.
.
On peut constater que ce qui rend le plus riche, dans notre pays, c’est le luxe, les armes et l’alimentation. Mais cela n’a pas toujours été le cas : Challenges note que les grandes fortunes de 1996, quand le classement a été publié pour la première fois, étaient davantage constituées de patrons de la grande distribution. Seule la famille Mulliez, qui possède Auchan mais aussi de très nombreuses autres enseignes, est restée au sommet de la pyramide des riches, tandis que les propriétaires de Carrefour, Cora ou Casino ont vu leur fortune professionnelle stagner avec le temps. Les vrais champions de notre époque, se réjouit Challenges, ce sont les héritiers des grands groupes de luxe : ils profitent de l’émergence d’une classe bourgeoise à l’échelle planétaire, qui a besoin de se distinguer de la plèbe de tous les pays par une consommation ostentatoire.
.
On apprend que nos riches sont les plus riches d’Europe ; leur fortune est 2,5 fois plus élevée que celles de leurs homologues britanniques ou allemands. Comment expliquer cela ? Challenges n’a pas peur de donner des explications qui fâchent. Il y a d’abord la mondialisation des échanges et la disparition progressive des barrières douanières qui ont permis aux groupes français, notamment de luxe, de se déverser dans le monde entier. Il y a, de façon beaucoup plus marginale, les “ nouvelles technologies ” qui ont “ créé de nouveaux marchés ”. Free en est un bon exemple, et Challenges se garde bien de préciser que ses “ innovations ” se sont faites au prix de conditions de travail dégradées, de répression syndicale, en France comme au Maroc, et de multiples contentieux avec les associations de consommateurs.
.
Mais Challenges parle toutefois d’un mécanisme d’enrichissement trop peu évoqué : « l’adjuvant magique qui a surtout permis à nombre d’ultra riches de s’enrichir a été administré par les banques centrales. À chaque crise, de la Nouvelle économie en 2022, financière en 2008, sanitaire en 2020, elles ont déversé toujours plus de liquidités pour ranimer la croissance ». Merci Challenges de le dire, puisque des blaireaux de plateau TV n’ont cessé de nous répéter que les milliards déversés par les États dans ces années-là étaient des mesures “ de gauche ” ou “ socialistes ”. Alors qu’il s’agissait bien de subventions directes à la bourgeoisie qui a bénéficié d’argent bon marché pour investir encore davantage et faire gonfler la valorisation de ses entreprises.
La fortune des 500 familles les plus riches de France repose sur quatre grands leviers. L’héritage, pour commencer. L’exploitation du travail des autres, ensuite. Puis une fiscalité dérogatoire et avantageuse. Et enfin des aides publiques directes ou indirectes, qui font de la France non seulement un paradis fiscal pour riches mais également un État providence pour les entreprises et leurs actionnaires.
.
Challenges concède un autre déterminant à l’explosion de la fortune des riches français : « la France est un paradis fiscal », nous dit Xavier Niel, cité par le magazine, qui abonde dans son sens : « Une étude de 2023 de l’Institut des politiques publiques a révélé que, en France, si l’ensemble des citoyens paient environ 50% de leurs revenus en prélèvements tout compris, ce chiffre tombe à 27% pour les milliardaires ». Forcément, ça aide.
Challenges omet de parler des immenses subventions directes ou indirectes dont ont bénéficié certains grands groupes au moment de leur création. On rappellera que la fortune des Saadé s’est faite avec le rachat par leur première entreprise, CMA, de l’entreprise publique CGM, qui venait d’être renflouée par le contribuable à hauteur de 5 milliards de francs. Ou encore que Bernard Arnault a pu se lancer dans le luxe, dans les années 1980, grâce au rachat du groupe Boussac (qui possédait, entre autres, Dior), alors en difficulté et renfloué par les deniers publics à hauteur d’un milliard de francs, et qu’il n’a pas honoré la promesse de maintien de l’emploi après un rachat très avantageux pour lui. Challenges omet également de parler des 210 milliards d’argent public versé à l’ensemble de ces groupes chaque année, depuis le début de l’ère Macron, sans effet sur l’emploi, mais avec des effets réels sur les marges et les profits.
.
Dans son édito, Challenges dénonce « la chasse aux riches » … après avoir démontré par les faits décrits tout au long de ses colonnes que ce sont eux qui nous pillent. Une chose est sûre : quand 500 personnes détiennent l’équivalent de 42% de notre PIB, toute population un tant soit peu sensée ne devrait penser qu’à une chose, tout leur reprendre.
.
Nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales
Depuis 2020, les 1% les plus riches ont capté 63% des richesses produites, près de deux fois plus que le reste de la population mondiale. C’est le constat révélé par le nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales, publié en marge du Forum économique mondial de Davos.
.
La loi du plus riche : les chiffres-clés du rapport
- Depuis 2020, deux tiers des richesses mondiales produites ont été captées par les 1% les plus riches.
- Les milliardaires ont gagné 2,7 milliards de dollars par jour depuis 2020 grâce à l’intervention publique face au coronavirus.
- Depuis 2020, les 10 premiers milliardaires ont gagné 189 milliards d’euros, l’équivalent de deux ans de factures de gaz, d’électricité et de carburant des Français·es.
- Taxer la fortune des milliardaires français à hauteur d’à peine 2% permettrait de financer le déficit attendu des retraites.
- Avec une fortune de 179 milliards d’euros, Bernard Arnault est désormais l’homme le plus riche de la planète. Sa fortune correspond à l’équivalent de celle de près de 20 millions de Français·es.
- .
Les milliardaires continuent de surfer sur les crises
Alors que nous traversons une période sans précédent marquée par des crises multiples, les ultra-riches se sont considérablement enrichis depuis 2020 et les bénéfices des grandes entreprises ont atteint des records sans précédent. Les milliardaires à travers le monde ont gagné plus de 2,7 milliards de dollars par jour depuis le début de la crise tandis que les entreprises des secteurs de l’alimentation et de l’énergie ont plus que doublé leurs bénéfices en 2022.
Mais les crises n’ont pas fait que des gagnants. Partout, l’explosion des prix de l’énergie et des biens de première nécessité frappe en particulier les plus précaires. Plus de 820 millions de personnes souffrent aujourd’hui de la faim. 60% d’entre elles sont des filles et des femmes.
.
En France aussi, les milliardaires tirent leur épingle du jeu
La France, comme le reste du monde, fait face à une succession de crises de forte intensité. Mais les milliardaires français font eux aussi partie des grands gagnants : depuis 2020, leur fortune a augmenté de plus de 200 milliards d’euros, soit une hausse de 58%. Parmi eux, un homme s’en sort particulièrement bien : Bernard Arnault, qui est désormais l’homme le plus riche au monde, avec une fortune équivalente à celle cumulée de près de 20 millions de Français et Françaises.
Dans le même temps, les plus précaires sont devenus encore plus pauvres et les inégalités ont explosé avec, en première ligne de ces inégalités, les femmes. Si le gouvernement a dépensé des dizaines de milliards d’euros pour combattre la crise de la vie chère, ce sont les riches qui ont davantage bénéficié des mesures gouvernementales. Selon l’Insee, entre janvier 2022 et juillet 2022, les Français ont perdu 760 euros malgré l’intervention du gouvernement.
La réforme des retraites à venir, visant à repousser l’âge de départ à la retraite à 64 ans, risque d’aggraver encore davantage les inégalités. Une nouvelle fois, les plus précaires porteront le poids de cette réforme. Oxfam France a calculé que seulement 2% de la fortune des milliardaires français suffirait à financer le déficit attendu des retraites.
.
.
Les recommandations d’Oxfam
Oxfam appelle à une augmentation des impôts sur les ultra-riches, à une véritable taxe sur les superprofits mais aussi à des mesures de lutte contre l’évasion fiscale afin de faire contribuer ceux qui ont profité de la crise.
Oxfam appelle également le gouvernement à mettre en place des aides plus importantes ciblant celles et ceux qui subissent le plus la crise de la vie chère.
Des investissements structurels sont également nécessaires pour renforcer notre résilience face à des prochaines crises. Ces investissements, dans le logement, les transports en commun, les services publics, l’eau, etc. permettraient un double bénéfice : réduire notre dépendance aux énergies fossiles tout en réduisant les factures.
.
> Note méthodologique focus France
.
Oxfam France : un mouvement citoyen au service de la lutte contre les inégalités et la pauvreté
La pauvreté et les inégalités ne sont pas des fatalités : telle est la conviction profonde de notre mouvement citoyen. Un monde durable et juste est à notre portée, et ensemble nous avons le pouvoir de le construire. Pas seulement pour quelques personnes privilégiées, mais comme un droit pour chacun·e.
Depuis 1988, l’association Oxfam France (anciennement Agir ici) mobilise le pouvoir citoyen pour lutter contre les inégalités et abolir la pauvreté. Nous apportons une aide vitale aux populations les plus vulnérables du monde entier, car celles et ceux qui subissent la violence de la pauvreté n’ont pas le temps d’attendre que nos sociétés et nos économies changent. Sur la période avril 2022 à avril 2023, la confédération Oxfam a soutenu plus de 15 millions de personnes à travers le monde en assurant l’accès à l’eau, à de la nourriture, à des systèmes et des produits d’hygiène et en distribuant des fonds.
.
Notre but est de corriger les causes profondes derrière les drames humanitaires dont nous sommes chaque jour les témoins. Pour changer les règles, nous pouvons compter sur notre nombre et notre détermination. Nous donnons accès à l’information, pour que chacun·e construise son opinion et comprenne le monde dans lequel nous vivons. Nous développons des solutions concrètes pour construire un monde où les inégalités ne sont plus la norme. Nous nous mobilisons ensemble pour les transformer en lois et leur donner vie.
Nous savons qu’un autre monde est possible. Plus que possible, il est même vital pour des millions, des milliards de personnes. Ensemble, nous combattons les inégalités à 100 %.
Nous sommes le pouvoir citoyen contre la pauvreté.