Epicéa, chêne, sapin : ces arbres de nos forêts vont perdre du terrain… jusqu’à disparaître ?
.
Avec les données du site ClimEssence, cogéré entre autres par l’ONF, nous nous sommes intéressés à la survie de six espèces d’arbres emblématiques de nos régions. À partir de trois scénarios climatiques, nous avons calculé dans chaque département la part du territoire compatible avec leur pousse. Certains paysages vont être chamboulés dans les prochaines décennies.
.
Les châtaigners d’Ardèche et les sapins des Alpes vont-ils continuer de composer nos paysages ? Sur le site ClimEssence, cogéré entre autres par l’ONF, nous avons consulté des cartes préoccupantes. Pour plusieurs dizaines d’espèces d’arbres, ces infographies dessinent les zones du territoire où la survie demeurera possible, à l’aide de nuances de couleurs. Pour chaque essence, il y a d’abord la carte de notre époque. Puis trois autres qui anticipent chacune un scénario de changement climatique. D’abord +2,5 °C à l’horizon 2050, puis +4 °C et +6,50 °C en 2100.
Des chiffres qui ne prévoient pas tout
Mélèze, sapin, châtaignier, épicéa, pin, chêne : nous avons sélectionné six espèces emblématiques de nos régions. Puis, pour chaque département, nous avons calculé le pourcentage de la surface du territoire qui restera compatible avec leur pousse et leur survie.
Attention, ces pourcentages peuvent être trompeurs pour plusieurs raisons. Dans les deux Savoie avec l’épicéa commun ou le mélèze, la part de territoire compatible semble par exemple relativement peu évoluer, voire s’améliorer. Mais ce manque de variation cache en fait de grands bouleversements : des arbres qui pourraient au fil du temps migrer d’un bout à l’autre du département, qui devraient dépérir dans les plaines et les vallées pour migrer en altitude.En complément, nous vous présentons donc des cartes animées montrant l’évolution des aires de « compatibilité » des territoires avec la pousse de ces arbres.
Comment lire les données et les couleurs ci-dessous
Pour chacun des six arbres emblématiques de nos départements dont nous avons consulté les données, vous trouverez ci-dessous :
- une carte animée permettant de visualiser ce territoire selon chaque scénario. En vert, les aires où les conditions climatiques permettront théoriquement à l’arbre de pousser. En jaune, celles où la pousse sera très rare. En rouge, celles où elle sera pratiquement impossible.
- un grand tableau résumant pour chaque département et chaque scénario climatique le pourcentage de territoire qui restera compatible avec la pousse de l’espèce
Les quatre scénarios de modélisation climatique auxquels nous faisons référence sont les suivants :
- Le climat actuel tout d’abord
- + 2,5 °C en 2050
- + 4°C en 2100
- + 6,5 °C en 2100 (scénario pessimiste)
- .
L’épicéa commun
Cette espèce devrait pratiquement disparaître des départements du Sud et migrer en altitude dans ceux du Nord.
.

.Pourcentage de la surface de chaque département sur lequel l’épicéa commun pourra pousser. Infographie DL
.
Le sapin pectiné
Tendance similaire pour le sapin pectiné. On note sa très probable disparition dans la dernière zone vauclusienne où sa pousse est possible, ici un petit point vert autour du mont Ventoux.
.

.
Pourcentage de la surface de chaque département sur lequel le sapin pectiné pourra pousser. Infographie DL
.
Le mélèze d’Europe
Pour le mélèze d’Europe, les scénarios de l’épicéa et du sapin pectiné devraient se répéter. Une disparition dans le Vaucluse, un éloignement de la vallée du Rhône en Drôme et en Ardèche, une désertion progressive des vallées et une migration en altitude dans les départements alpins.
.

.Pourcentage de la surface chaque département sur lequel le mélèze d’Europe pourra pousser. Infographie DL
.
Le châtaignier commun
Moins affecté que les conifères précédemment cités, le châtaignier commun pourrait même conquérir du territoire à moyen terme selon ces modèles théoriques (malheureusement un peu simplistes, car ne prenant pas tous les problèmes potentiels en compte). Mais si le scénario de changement climatique le plus pessimiste se confirme, à +6,5 °C à l’horizon 2100, une partie substantielle des châtaigneraies d’Ardèche seraient impactées.
.

.Pourcentage de la surface chaque département sur lequel le châtaignier pourra pousser. Infographie DL
.
Le chêne pédonculé
Peu d’impact visible sur nos cartes avec le scénario de changement climatique le plus modéré (+2,5 °C). Mais les choses se corsent à +4 et +6,5 °C. Le Vaucluse serait alors pratiquement déserté par cette essence, tout comme la vallée du Rhône. D’autres espèces de chênes, plus résistantes, prendraient probablement le relais.
.

.
Pourcentage de la surface de chaque département sur lequel le chêne pédonculé pourra pousser. Infographie DL
.
Le pin d’Alep
Cet arbre emblématique du Sud (on l’appelle aussi « pin blanc de Provence ») sera possiblement de plus en plus visible dans nos départements, y compris à des altitudes inhabituelles. Des six espèces que nous avons sélectionné, c’est sans trop de surprise celle qui semble la mieux adaptée au changement climatique.
.

.
Pourcentage de la surface de chaque département sur lequel le pin d’Alep pourra pousser. Infographie DL
.
Point important : malgré des chiffres déjà frappants, ces données sont peut-être encore optimistes, car le modèle scientifique qui les a généré ne tient compte que des températures et de la sécheresse. Rien sur d’autres menaces pourtant importantes comme la qualité des sols, les catastrophes naturelles ou les maladies.
Heureusement, les gestionnaires des forêts pensent à des parades. Les essences d’arbres les plus menacées pourront ainsi être remplacées par des espèces plus adaptées au nouveau climat. Plusieurs tests sont en cours.
.
A la place des épicéas : des pins corses
Par exemple, les épicéas, grandement menacés par les scolytes qui prolifèrent à cause du réchauffement du climat, commencent à être en partie remplacés dans les forêts de la Chartreuse. Si les pins Laricio de Corse et les cèdres d’Atlas qui y sont plantés sont encore tout petits pour l’instant, les promeneurs du futur verront probablement des paysages très différents des nôtres par endroits.
.





