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La joie, carburant de toutes les femmes

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Dans un ouvrage collectif, dirigé par la poétesse Kiyémis, neuf voix féministes et antiracistes explorent ce sentiment comme outil de «résistance poétique et politique».

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Marlène Thomas Decreusefond
 06/11/2025
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Pour la joie est un ouvrage où l’on peut picorer, sauter d’un texte à l’autre et pourquoi pas trouver une forme de «résistance poétique et politique». Sous la direction de l’autrice et poétesse Kiyémis, huit autres voix féministes, antiracistes se relaient pour «redonner toute sa place à la joie comme moteur de lutte et d’émancipation» à travers des poèmes, chapitrant chaque texte, tirant un fil entre les manifestes, témoignages engagés, réflexions universitaires et fictions. Dans ce livre sorti le 15 octobre aux éditions Les Liens qui libèrent (1), l’écrivaine afroféministe Laura Nsafou nous transporte dans la cité de Nemerúoni où le bonheur naît de la confiance et habite le vide, tandis que la poétesse Rim Battal nous dépeint un Louvre devenant théâtre d’une révolution, un lieu d’accueil pour les réfugiés à laquelle même des «rich kids» apportent leur soutien.

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Les autres textes d’artistes, activistes, écrivaines, universitaires s’ancrent dans le réel, puisant dans la joie de l’enfance (Coline Pierré), dans l’émerveillement (Douce Dibondo), ou encore dans la colère et ces petits riens du quotidien formant une joie, même minime ; celle prenant racine dans le fait de ne «jamais avoir fait de compromis à propos de [ses] libertés», de ses identités multiples (Claude-Emmanuelle Gajan-Maull). Elle émerge aussi d’un bureau de vote fictif monté à Beni en 2018 en RDC (Nadia Yala Kisukidi) et s’accepte comme pas toujours radicale (Fania Noël),

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«Nous nageons dans les rêves réalisés des autres»

Aucune «naïveté» ou «excès d’optimisme» dans cet ouvrage comme l’introduit Kiyémis, les violences, l’oppression, la souffrance ne sont pas occultées. Elles sont au centre de ces textes rédigés en écriture inclusive, comme dans celui de Mélissa Laveaux, où l’autrice-compositrice-interprète tente de «danser autour du chaos» de la sclérose en plaques. Là où la colère «nous arrache au silence, nous redresse», la joie «nous permet de rester debout après ce sursaut», ajoute-t-elle. Kiyémis le rappelle, c’est bien cette joie aussi qui fait barrage à l’impuissance dans les mouvements engagés, des fêtes queers aux manifestations festives, en passant par les soirées militantes.

Elle rappelle également que «nous sommes les enfants de militant·e·s, de rêveureuses, de bâtissereuses d’utopies inachevées» et que «nous nageons dans les rêves réalisés des autres, dans les espoirs semés par des mains que nous n’avons jamais connues». Et égrène : grèves ouvrières, marches pour les droits civiques, luttes pour les congés payés, pour la dépénalisation de l’homosexualité ou l’avortement libre… Cet ouvrage collectif redonne du souffle au moment où la dystopie engloutit, contamine le réel.

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Marlène Thomas Decreusefond
 06/11/2025
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(1) Pour la joie, collectif dirigé par Kiyémis, avec Rim Battal, Douce Dibondo, Claude-Emmanuelle Gaja, Nadia Yala Kisukidi, Mélissa Laveaux, Fania Noël, Laura Nsafou et Coline Pierré.

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