De retour avec « Cyberpunk », Asma Mhalla, une politologue
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Asma Mhalla, à Paris, le 4 septembre 2024..
Un pouvoir de conviction
Révélée en 2024 avec son premier livre, Technopolitique. Comment la technologie fait de nous des soldats (Seuil), Asma Mhalla, 41 ans, est de retour avec Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire. Paru le 19 septembre, cet essai de 208 pages saucissonnées en une vingtaine de chapitres analyse la manière dont ces nouvelles technologies changent la nature même de la chose politique. Il bénéficie d’un plan média efficace : invitée à la télévision dans « Quotidien » (TMC) et « C à vous » (France 5), à la radio sur France Inter et France Culture, au micro de l’influenceur Hugo Travers, alias HugoDécrypte, aux Rendez-vous de l’histoire de Blois, au festival Citéphilo à Lille, début novembre, ou lors de rencontres dans les librairies de France, Asma Mhalla déplie son scénario avec un singulier pouvoir de conviction.
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Une jeune théoricienne
Charismatique et fine débatteuse, Asma Mhalla raconte, comme si c’était nouveau, ce que l’on sait déjà : partant des travaux du spécialiste de Michel Foucault et professeur de droit Bernard Harcourt (La Société d’exposition. Désir et désobéissance à l’ère numérique, Seuil, 2020), ou de ceux de la philosophe Shoshana Zuboff, qui explicitait, dans L’Age du capitalisme de surveillance (Zulma, 2020), la manière dont les intérêts des géants de la tech se substituent à la souveraineté du peuple, Asma Mhalla explique, à grand renfort de posts Instagram, que nos smartphones nous contrôlent. A la clef : un « techno-fascisme possible », résultat de l’alliance entre dirigeants autoritaires et oligarchies techno-réactionnaires.
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Une plume lucide
Tiré à 20 000 exemplaires, réimprimé plusieurs fois, Cyberpunk figure dans le top 5 des meilleures ventes dans la catégorie essais (derrière Populicide, de Philippe de Villiers, chez Fayard, et Logocratie, de Clément Viktorovitch, au Seuil) ; deux semaines après sa sortie, il s’était déjà écoulé à 10 000 exemplaires. Une belle performance pour un livre à l’écriture expéditive mais dont le style démontre l’indéniable éloquence de son autrice. Dans la droite ligne de son titre, qui intrigue, Asma Mhalla déploie un vocabulaire hybride, tout en néologismes et anglicismes : « technoïde », « fluxcratie », « hypermoderne », « hypervitesse », « hyper-stabilisation [du] corps social », « post-law politics »…
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Une bifurqueuse de la finance
Née en Tunisie, fille d’un père haut fonctionnaire devenu entrepreneur, petite-fille d’un homme politique proche du président indépendantiste Habib Bourguiba, Asma Mhalla étudie au lycée français de Tunis avant de partir, seule, pour Paris. Elle y intègre l’Ecole supérieure de commerce de Paris, qui la prépare à une carrière dans la finance qu’elle entame avec succès dans le conseil en stratégie chez BNP Paribas. Mais, en 2016, elle tombe malade et reste immobilisée durant trois mois. Une expérience qui lui inspire un changement de cap : une fois rétablie, elle obtient un doctorat en études politiques à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et se réinvente en théoricienne du chaos contemporain. Une voix qui semble trouver de l’écho dans nos temps troublés.
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