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Cyril Dion : « Les COP ne vont pas miraculeusement définir un nouvel agenda compatible avec les limites planétaires »

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Alors que la menace climatique s’aggrave, il faut admettre que si les grands rendez-vous diplomatiques sont nécessaires, ils ne suffiront pas à pousser les gouvernements à agir, estime, dans une tribune, le cinéaste et militant Cyril Dion. A ses yeux, seule la démocratie délibérative permettra de sortir de l’impasse.

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 10 novembre 2025

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Alors que la COP30 s’ouvre au Brésil, une question me taraude : avons-nous définitivement perdu la bataille pour le climat ? Sommes-nous condamnés à voir nos conditions de vie sur cette planète se dégrader au point de la rendre partiellement inhabitable ? La question est délibérément provocante mais il me semble urgent de nous la poser. Car ce qui est en train de se produire sous les radars médiatiques est proprement vertigineux.

Depuis de nombreuses années, des scientifiques cherchent à mesurer jusqu’où nos pressions sur les écosystèmes de la planète resteront supportables. En 2009, les chercheurs du Stockholm Resilience Centre ont identifié neuf limites planétaires à partir desquelles le système Terre ne pourra plus absorber les pressions exercées par les activités humaines sans compromettre les conditions de vie de notre espèce. En 2015, nous en avions dépassé trois. Le 24 septembre 2025, nous avons dépassé la septième : l’acidification des océans.

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En 2022, une autre équipe a dénombré 16 points de bascule. Des seuils de réchauffement au-delà desquels des pans du système climatique changent de façon souvent irréversible. Le 13 octobre 2025, un rapport publié par 160 scientifiques de 23 pays annonçait que le premier de ces 16 points avait été franchi : celui des récifs coralliens d’eau chaude, qui subissent un « dépérissement généralisé ». Et nous nous approchons dangereusement des autres…

En bref, l’humanité vient de franchir deux caps qui la précipitent dans l’inconnu. Elle accélère la dévastation de son habitat. Dans un silence assourdissant.

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Age du combat

Depuis quelques mois, des amis chercheurs partagent leur désarroi avec moi. Quoi que nous fassions désormais, il est trop tard pour revenir en arrière. Si vous avez 40 ans ou plus, le monde ne sera plus jamais tel que vous l’avez connu lorsque vous étiez enfant. Nous devons déjà nous adapter à une nouvelle réalité faite de chaleurs extrêmes, de pluies diluviennes, d’incendies géants et de bouleversements à grande échelle que nous peinons encore à imaginer. D’ici à quelques décennies, il existe une probabilité non négligeable pour que la majorité des glaciers aient fondu ou qu’une partie de la forêt amazonienne se soit transformée en savane. Pourtant, l’attention de certains des plus grands médias, particulièrement télévisés et hebdomadaires, est braquée sur les points de croissance du PIB [produit intérieur brut], la dette, l’immigration… Comprenons-nous bien que si ces scénarios se concrétisent, il n’y aura plus d’économie à sauver, les conflits se multiplieront, nos vies deviendront infiniment plus misérables ? Le 31 mars, une étude dans la revue Environmental Research Letters chiffrait à − 40 % par personne et par an l’effondrement du PIB dans un monde à + 4° C.

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Faut-il pour autant continuer à égrener cette litanie de menaces ? Cela sert-il encore à quelque chose ? Car, en réalité, il ne s’agit plus de prouver que la situation est catastrophique. Tout être doté d’un minimum de sens commun devrait le savoir depuis longtemps. Le problème n’est pas argumentatif, ni rationnel (il serait plus facile qu’il le soit), il est idéologique. Donald Trump, Javier Milei ou Vladimir Poutine n’apportent pas de démenti étayé aux études que je viens de citer. Ils les balaient d’un revers de la main, entraînant avec eux une nouvelle vague de climatosceptiques.

Nous avons quitté l’âge de la sensibilisation pour entrer dans l’âge du combat. Celui d’une humanité en danger de mort, face à une poignée de personnes qui n’ont aucune intention de laisser des politiques écologiques amoindrir leur pouvoir, leurs intérêts, leurs bénéfices. Et si l’humanité veut avoir une chance de remporter cette lutte, il convient certainement de changer de perspective et de stratégie.

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Récits positifs et désirables

D’abord, arrêtons de nous raconter des histoires. Non, nos petites actions seules ne suffiront pas à faire la différence. La réponse à un problème systémique n’est pas individuelle, elle doit être structurelle. Et, dans l’état actuel des choses, ce ne sont pas non plus les COP [Conférence des parties] qui vont miraculeusement définir un nouvel agenda politique et économique compatible avec les limites planétaires. Les COP sont des rendez-vous diplomatiques nécessaires, mais qui n’ont aucune chance d’aboutir si les gouvernements ne sont pas prêts à agir avec détermination, sous la pression maximale de leurs populations. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Les opinions publiques sont plus divisées que jamais et la question écologique est instrumentalisée par les droites extrêmes pour mobiliser contre l’écologie un électorat désespéré. Il y a donc une révolution politique à opérer. Sur le plan de la forme aussi bien que sur le fond.

Sur le fond car, pour réellement changer la donne économique et écologique (tout en préservant les libertés), je ne connais qu’un outil efficace, capable de faire dialoguer et converger des intérêts contradictoires : la démocratie délibérative. Faire travailler des citoyennes et de citoyens tirés au sort, éclairés par des experts, et leur permettre d’élaborer des propositions acceptables par le plus grand nombre, soumises ensuite à référendum. Ou les faire coconstruire des solutions avec leurs élus. Des centaines d’exemples à travers le monde l’ont prouvé. Mais pour mettre en place cette démocratie 3.0, il faut élire des candidats prêts à modifier nos institutions, ce qui demande une révolution dans la forme.

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Car pour faire élire des candidats prêts à engager le bras de fer avec une oligarchie de plus en plus assumée, il va falloir convaincre la population que c’est dans son intérêt de se détourner des populismes et des fausses promesses. Pour y parvenir, il est urgent de proposer des récits positifs et désirables de l’avenir. Mais aussi de repartir des besoins quotidiens. L’écologie n’est pas l’affaire des écolos, elle concerne tout le monde. Permettre aux Françaises et aux Français de vivre en sécurité, par exemple, ce n’est pas se focaliser sur l’immigration, c’est avant tout garantir à chacun que l’eau qu’il boit ne le rendra pas malade parce qu’elle est gorgée de polluants éternels ou de pesticides, que l’air qu’il respire ne lui donnera pas des maladies cardio-vasculaires. Pour mémoire, le terrorisme islamiste a tué 275 personnes entre 2012 et 2023 en France. La pollution de l’air, entre 500 000 et 1 million dans le monde. Si nous continuons sur ce rythme, c’est 1 milliard de personnes qui pourraient mourir, d’ici à la fin du siècle, à cause du réchauffement climatique. C’est de cela dont nous devrions parler. En priorité.

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Cyril Dion est réalisateur, écrivain, ancien garant de la convention citoyenne pour le climat. Il vient de publier « La Lutte enchantée. Comment garder espoir (et lutter !) dans un monde qui bascule » (Actes Sud, 224 pages, 18 euros).

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