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Les violences existent aussi dans les couples d’ados, mais « personne n’en saisit la gravité »

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Chez les ados, les violences conjugales restent largement invisibles, tues par la honte qu’éprouvent les jeunes victimes. Un angle mort que tente d’éclairer l’association En avant toute(s).

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Charlotte Arce
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« Personne ne prend la mesure de l’étendue ou de la gravité des violences qui existent dans les couples adolescents », estime Louise Delavier, de l’association En avant toute(s). (image d’illustration)
« Personne ne prend la mesure de l’étendue ou de la gravité des violences qui existent dans les couples adolescents », estime Louise Delavier, de l’association En avant toute(s). 
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• Les violences sexuelles dans les couples adolescents sont souvent invisibles et tues par honte, mais l’association En avant toute(s) sensibilise sur ce sujet crucial.
• Les jeunes victimes vulnérables peinent à reconnaître et exprimer ces violences verbales, psychologiques et/ou sexuelles.
• Accueillir la parole des jeunes victimes avec bienveillance et sans jugement est crucial pour les aider.

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VIOLENCES CONJUGALES – Premiers mots d’amour, premier baiser, parfois premier rapport… Quand on pense aux amours adolescentes, on les imagine volontiers légères, spontanées, éphémères. Une vision rassurante, mais parfois bien éloignée de la réalité de certains jeunes couples.

Alors qu’en 2024, les services de sécurité ont enregistré 272 400 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire, les violences commises dans les couples adolescents y sont rarement comptabilisées, les victimes peinant à mettre des mots sur ce qu’elles vivent.

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Pourtant, dès le plus jeune âge, ce sont les mêmes mécanismes de contrôle qui s’y opèrent. La violence, sous couvert d’intensité romantique, s’immisce parfois dès les premiers émois. Comment repérer ces situations quand on est un proche d’une jeune victime ? Et comment l’aider à y mettre un terme ? Louise Delavier, directrice des programmes de l’association En avant toute(s), qui sensibilise les jeunes aux violences sexistes et conjugales, a répondu à nos questions.

 A-t-on une idée de l’ampleur des violences dans les couples adolescents ?

Louise Delavier. Il n’existe à ce jour pas d’étude d’ampleur récente sur le sujet car hélas, ces violences passent encore souvent sous les radars. Les derniers chiffres sont issus d’une grande enquête de victimation qui remonte aux années 2000. Elle montrait déjà une surreprésentation des jeunes femmes parmi les victimes de violences. Dans la population générale, on estime qu’1 femme sur 10 vit des violences conjugales. Chez les moins de 25 ans, c’est 1 sur 7.

Chez En avant toutes(s), on a constaté que les violences auxquelles les adolescents sont les plus exposés sont surtout verbales, psychologiques et sexuelles, mais que personne ne prend la mesure de leur étendue ou de leur gravité. Parfois, les jeunes filles elles-mêmes n’ont pas conscience des violences qu’elles subissent.

Existe-t-il des spécificités de ces violences propres au jeune âge des victimes ?

Les violences entre jeunes sont similaires à celles qui s’exercent sur les adultes : il y a toujours une volonté de contrôle, d’emprise. La différence se situe dans le niveau de vulnérabilité des victimes comme des auteurs, qui sont parfois très jeunes, 12 ou 13 ans. Cela peut aller du harcèlement sexiste et sexuel au chantage aux nudes (photos nues, NDLR), aux agressions sexuelles et viols, comme les fellations forcées.

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Les auteurs maintiennent leur emprise en s’appuyant sur la honte et le secret – Louise Delavier, En avant toute(s)

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Or, quand on a 13 ans et que notre copain nous traite de « pute » ou nous oblige à envoyer des nudes, c’est beaucoup plus difficile de trouver quelqu’un à qui en parler. Les auteurs maintiennent leur emprise en s’appuyant sur la honte et le secret.

Quel rôle jouent les réseaux sociaux et les outils numériques dans ces violences ?

Ces dernières années, on a pu assister à l’émergence de contenus masculinistes ciblant les ados et centrés sur la question des relations amoureuses. Ils incitent les jeunes garçons à adopter des comportements « virils », et qui sont en fait très violents voire illégaux, pour faire en sorte que les filles cèdent et qu’eux puissent jouir du prestige de domination.

Mais il y a aussi, heureusement, des contenus qui font réfléchir à des relations saines. C’est donc très important de voir internet comme un outil qui peut aider à stopper les violences. C’est d’ailleurs le pari que l’on fait avec En avant toute(s), grâce au tchat Comment on s’aime.fr. On y accueille ces jeunes filles ou garçons qui n’auraient jamais appelé un numéro national car ils ne savent pas si ce qu’ils vivent est normal ou non. Ils peuvent s’y confier anonymement, par écrit, et sortir du dispositif à tout moment si cela devient trop difficile. Notre approche est de les faire parler de leur relation, pour qu’ils puissent poser le mot « violence » quand c’est le bon moment.

Quand on est ado, on idéalise le couple, on voit la jalousie comme une preuve d’amour. En quoi ces fausses croyances contribuent-elles à banaliser et minimiser les violences ?

À cet âge, on découvre l’amour, tout est très intense, et on est très perméable aux représentations autour de nous. Or, c’est vrai que dans la pop culture, les séries, les réseaux sociaux, la téléréalité, les couples représentés sont rarement sains, et les rôles de chacun très genrés : les hommes doivent être en maîtrise de la relation, les femmes dans la soumission, l’écoute, l’empathie. Cela crée des déséquilibres très forts et les jeunes attendent entre eux de s’y conformer.

Ce qui est primordial, c’est d’accueillir la parole avec bienveillance et ouverture, et de l’accompagner sans juger – Louise Delavier, En avant toute(s)

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De plus, ces violences ne sont pas toujours bien comprises, ni même tolérées dans les familles. Sur le tchat, beaucoup de jeunes filles rapportent ainsi qu’elles ne peuvent pas du tout parler de ce qu’elles subissent à leurs parents car ils sont opposés à ce qu’elles soient en couple.

Beaucoup d’adultes, y compris dans l’entourage scolaire, sont aussi empreints de représentations sexistes et de préjugés. Il y a parfois des paroles qui sont bien intentionnées mais très maladroites. Écouter une victime et l’orienter, cela demande une formation.

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Quels sont les signaux faibles auxquels prêter attention pour repérer une relation adolescente potentiellement violente ?

Ces violences, mêmes invisibles, laissent des traces. Si l’ado se renferme, dort mal, se met à manger moins ou davantage, que ses résultats scolaires chutent, cela doit interpeller. Il y a aussi souvent un rapport différent au téléphone : si une adolescente sursaute à chaque nouveau message, si elle est stressée ou à du mal à lâcher son téléphone, il faut le prendre en compte.

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Que peut faire la famille pour soutenir une jeune victime ?

Ce qui est primordial, c’est d’accueillir sa parole avec bienveillance et ouverture, et de l’accompagner sans juger car ça risque de brider sa parole. Il ne faut pas, par exemple, la disputer pour avoir envoyé des photos d’elle dénudée. Et parfois, il faut aussi pouvoir passer le relais à des professionnels, comme un psychologue, qui est formé pour écouter les jeunes et accompagner les parents parfois démunis.

On peut avoir conscience des violences, mais ne pas les voir lorsqu’elles sont proches de nous. C’est la même chose lorsque l’on dit que les jeunes sont sensibles à la notion de consentement. Mais c’est une chose de connaître le terme, c’en est une autre de savoir, quand on est dans une situation de relation sexuelle avec quelqu’un, si on a envie de dire « oui » ou « non ».

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Certes, il y a aujourd’hui une prise de conscience autour des violences qu’on ne peut que saluer. Mais il faut encore que dans l’intime, la possibilité du changement existe. Cela demande que les adultes travaillent sur eux pour identifier leurs biais et préjugés pour aider au mieux les jeunes victimes de violences. Cela demande du temps et aujourd’hui, hélas, notre société ne nous le laisse pas toujours.

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Si vous êtes victime de violences, vous pouvez vous connecter au tchat Comment on s’aime, gratuit et anonyme, accessible du lundi au jeudi de 10 heures à minuit et le vendredi et samedi de 10 heures à 21 heures, ou appeler Violences femmes infos au 3919.
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Charlotte Arce à suivre sur : https://www.huffingtonpost.fr/politique/

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