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Nucléaire: la sûreté du stockage des déchets mise en doute

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Centrale nucléaire
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La sûreté du stockage des déchets nucléaires est remise en question

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Un rapport de Greenpeace critique la solution d’un dépôt en couches géologiques profondes. La Nagra réplique que cette option est sûre.

Caroline Zuercher
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Chercheur dans un couloir du laboratoire du Mont-Terri, travaillant sur un ordinateur portable pour la recherche sur les déchets nucléaires.
Des recherches sur la gestion des déchets nucléaires sont notamment menées dans le laboratoire du Mont Terri.
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  • Greenpeace conteste la sécurité du stockage géologique profond prévu par la Nagra.
  • L’organisation évoque des risques de fissures et de fuites radioactives à long terme.
  • Elle réclame l’examen d’alternatives comme le stockage en surface ou les forages profonds.
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Alors que le débat sur la construction d’une centrale nucléaire renaît en Suisse, Greenpeace rappelle son opposition à l’énergie atomique. Et publie un rapport soutenant que le problème des déchets n’est pas résolu. La Coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs (Nagra) défend au contraire cette solution.

Le document de Greenpeace, que nous avons pu consulter, porte sur l’analyse de nombreuses publications scientifiques sur le stockage des déchets hautement radioactifs (DHR) en couches géologiques profondes – la solution retenue en Suisse. Pour mémoire, la Nagra prévoit en effet d’enfermer les DHR dans des conteneurs en acier et de les stocker à environ 900 mètres de profondeur dans l’argile à Opalinus, avec de la bentonite comme matériau de remplissage.

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Une demande d’autorisation a été déposée pour un dépôt dans le «Nord des Lägern» (ZH). Le Conseil fédéral et le parlement doivent valider le projet, et un vote populaire est probable au final. Selon le document de Greenpeace, aucune roche ne garantit toutefois la sécurité sur des centaines de milliers d’années. Et le projet actuel comporte des incertitudes qui n’«excluent pas totalement le risque de fuites de radioactivité».

Ce que pointe Greenpeace

L’organisation évoque plusieurs incertitudes. Parmi elles: perturbation durable de la roche lors des travaux; possible fragilisation de l’argile par la chaleur des déchets et création de fissures; rôle mal connu des microbes; durée de vie des conteneurs jugée limitée. Et même si les modèles informatiques progressent, prévoir à très long terme les réactions géochimiques resterait difficile.

«Différents éléments censés assurer la sécurité pourraient en réalité interagir et accélérer la dégradation», ajoute Nathan Solothurnmann, responsable du dossier chez Greenpeace.

Le rapport présente deux autres options – le stockage à sec en surface ou les forages extrêmement profonds. Greenpeace souhaite que ces pistes soient étudiées, sans décider dans la précipitation. Et appelle donc à ne pas se concentrer uniquement sur le stockage en couches géologiques profondes.

Mission «impossible» pour la Nagra

«On parle d’un dépôt qui devra durer un million d’années – cela dépasse l’imagination humaine», commente encore Nathan Solothurnmann. Pour lui, on peut bien prendre quelques années de plus «pour en apprendre davantage sur les implications à long terme de la solution retenue par la Suisse, et pour examiner si d’autres options seraient meilleures».

Le travail de la Nagra? Il juge sa mission «impossible». «Elle doit construire un dépôt qui offre une garantie absolue, et cela sur le long terme. À mon avis, on ne pourra jamais y parvenir. Mais il y a une pression politique pour dire que c’est faisable, et qu’on peut donc continuer de produire des déchets nucléaires.»

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La parution de ce rapport intervient alors que le Conseil fédéral veut lever l’interdiction de nouvelles centrales. Or, l’opinion évolue également: un sondage d’électriciens suisses indique que 56% de la population voudraient réexaminer la question.

Nathan Solothurnmann réplique en substance que les problèmes, à l’instar du stockage des déchets, n’ont pas disparu. Quant à l’évolution de l’opinion publique, il note que celle-ci soutient également les énergies renouvelables. «Le problème, c’est que des politiques les dénigrent depuis quelques années. Et émettent des doutes sur la capacité de la Suisse à produire suffisamment d’électricité.»

Dans ces conditions, la population commencerait elle aussi à avoir des craintes. Et se dirait qu’il vaut peut-être mieux construire une centrale. «Pour moi, elle n’exprime pas un soutien au nucléaire, mais des doutes face aux renouvelables. Pourtant, plusieurs modèles scientifiques prouvent qu’une production d’électricité 100% renouvelable est possible en Suisse.»

Ce que répond la Nagra

La Nagra, qui n’a pas encore vu le rapport de Greenpeace, se dit «convaincue de pouvoir construire un dépôt en profondeur sûr à long terme en Suisse». Et cela, en ne s’appuyant pas uniquement sur des simulations informatiques, mais principalement «sur des décennies de recherche dans des laboratoires souterrains, sur les résultats de plusieurs campagnes de forage profond, sur des mesures sismiques et sur des milliers de publications scientifiques».

Son porte-parole Patrick Studer note ainsi que des travaux sont menés «depuis des décennies» sur la réaction de l’argile à la chaleur, notamment dans le laboratoire souterrain du Mont Terri (JU). Et que cet élément ne remet pas en cause le concept de stockage. Il soutient encore que les différentes barrières prévues se complètent – la plus importante étant la roche.

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«Large consensus international» sur le stockage géologique

La coopérative affirme travailler sans aucune pression. «Nous ne sommes pas politiques et n’avons qu’une seule mission: construire un dépôt en profondeur sûr à long terme», stipule son porte-parole Patrick Studer. S’il reconnaît que rien dans ce monde n’est sûr à 100%, il ajoute que les dépôts en profondeur s’en approchent et qu’il existe un «large consensus international sur le fait que c’est la solution la plus sûre».

Patrick Studer ajoute que des concepts alternatifs ont été étudiés, mais n’ont pas été retenus «pour de bonnes raisons». La recherche sur les forages profonds, notamment, est «encore à ses balbutiements» et rendrait une récupération «extrêmement difficile».

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La difficulté de prédire ce qu’il adviendra dans un million d’années? La Nagra réplique que ce qui est une très longue période pour l’esprit humain ne l’est pas à l’échelle géologique. Car, sous terre, «le temps s’est pour ainsi dire arrêté» et l’argile à Opalinus a plus de cent septante millions d’années.

Quant au fait de prendre plus de temps, le porte-parole note que les recherches de la Nagra ont débuté en 1972 et que l’ouverture du dépôt est prévue pour 2060. Mais s’il n’y a pas lieu de se précipiter, Patrick Studer juge qu’il n’y a pas non plus de raison d’attendre. «Traîner maintenant reviendrait à laisser à nos descendants le soin de résoudre le problème», conclut-il.

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Der Bohrplatz der Nagra (Nationale Genossenschaft fuer die Lagerung radioaktiver Abfaelle) am Standortortgebiet Bohrplatz Rheinau (RHE 1), aufgenommen am Freitag, 13. August 2021 in Rheinau, Kanton Zuerich. Am Standort finden Sondierbohrungen statt, mittels deren eine Standortwahl eines Tiefenlagers fuer radioaktive Abfaelle bestimmt werden soll. (KEYSTONE/Christian Beutler)

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Caroline Zuercher
Caroline Zuercher
Caroline Zuercher est journaliste à la rubrique Suisse-Monde-Eco depuis 2005. Elle couvre en particulier les sujets liés à la santé et à la politique de santé. Auparavant, elle a travaillé pour Swissinfo et Le Matin.

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