Les 12 meilleures bandes dessinées sur l’écologie
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Fiction ou documentaire ? Mer, montagne ou campagne ? Drôle ou sérieux ? Il y en a pour tous les goûts dans la sélection d’Alternatives Economiques des bandes dessinées sur l’écologie à (s’)offrir pour les fêtes.
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L’écologie recule au sommet de l’Etat, et ses partisans subissent des attaques de plus en plus violentes. Mais les raisons de se mobiliser ou de parfaire ses connaissances sur l’écologie restent importantes, comme le montrent de nombreuses bandes dessinées sur le sujet publiées récemment.
La rédaction d’Alternatives Economiques vous présente ses douze albums favoris à l’occasion des fêtes de fin d’année. Que vous soyez intéressé par le climat, la biodiversité ou les pensées de l’écologie, que vous souhaitiez vous renseigner sur les écosystèmes ruraux, marins, forestiers ou montagnards, que vous soyez d’humeur rêveuse, militante ou scientifique, vous pourrez y trouver de quoi vous rassasier. Bonne lecture !
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La plus historique : « Champs de bataille », par Inès Léraud et Pierre Van Hove
Devenue célèbre après la publication de son enquête sur les algues vertes en Bretagne, la journaliste Inès Léraud a publié fin 2024 un ouvrage tout aussi remarquable, cette fois-ci plus historique, sur la politique de remembrement, imposée parfois au prix de renforts de CRS. Ce regroupement des terres agricoles visant à former de plus grandes parcelles a décollé sous le régime de Vichy, avant de s’amplifier sous le général de Gaulle. Ce dernier, raconte Inès Léraud, a assuré une parfaite continuité sur le plan agricole avec le régime du maréchal Pétain.
Outre l’objectif de modernisation du secteur agricole, aidé par l’importation massive de tracteurs depuis les Etats-Unis dans le cadre du plan Marshall, le remembrement devait également participer au développement industriel de la France en vidant les campagnes de leurs paysans. Mais à quel prix, s’interroge l’ouvrage ? Celui de tensions fortes dans les villages, entre pro et anti-remembrement, dont certaines perdurent encore, et de conséquences écologiques d’ampleur : destruction des bocages, rectification artificielle de cours d’eau, etc. Un ouvrage salutaire, extrêmement documenté, sur une politique encore largement méconnue.
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Aude Martin
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Champs de bataille. L’Histoire enfouie du remembrement, par Inès Léraud et Pierre Van Hove, La revue dessinée – Delcourt, 2024, 192 p., 23,75 €

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La plus drôle : « Petit traité d’écologie sauvage », par Alessandro Pignocchi
François Hollande en retard à la réunion du G20 parce qu’il remet un bousier sur ses pattes, Jean-Luc Mélenchon abandonnant la campagne présidentielle pour gérer un jardin partagé, Nicolas Hulot qui appelle à saboter les grands axes de communication… Dans le monde alternatif qu’Alessandro Pignocchi a imaginé et dessiné en aquarelles, tout est à l’envers : les dirigeants des pays développés ont adopté l’animisme des Indiens Jivaros d’Amazonie et communiquent avec les plantes ou les animaux, et la culture occidentale se retrouve menacée de disparition. Mais un anthropologue jivaro tente de sauver les dernières fermes d’élevage intensif et les ultimes bars PMU. Pendant ce temps, des mésanges et des pinsons anarchistes tirent les ficelles…
L’intégrale des trois tomes du Petit traité d’écologie sauvage – parus individuellement entre 2017 et 2020 – est désormais disponible. On n’y trouvera pas de grand discours, mais l’humour ravageur de Pignocchi, ex-chercheur en sciences cognitives et en philosophie, désormais auteur proche de l’anthropologue Philippe Descola. Car dans cette trilogie, comme en anthropologie, le but est aussi de décentrer son regard pour comprendre que d’autres mondes sont possibles. ► Matthieu Jublin
Petit traité d’écologie sauvage – Intégrale, par Alessandro Pignocchi, Steinkis, 2025, 384 p., 39 €.

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La plus onirique : « Le voyage de Shuna », par Hayao Miyazaki
A une époque reculée ou bien dans un avenir lointain, Shuna, prince d’un « petit royaume oublié de tous », part en quête de graines de céréales miraculeuses, dont la culture permettrait de nourrir son peuple affamé. En chemin, il traverse des étendues désertées par la vie, peuplées seulement de quelques vestiges de civilisations éteintes. Sa quête le pousse jusqu’à une cité décrépie, où il fait la rencontre de deux sœurs réduites à l’esclavage, et au pays des êtres divins, qui abrite une nature exubérante et des terres fertiles cultivées par de mystérieux géants.
Ce récit illustré superbement à l’aquarelle – on parle ici d’« emonogatari » plutôt que de manga – a été publié par Hayao Miyazaki pour la première fois en 1983, soit deux ans avant la création des studios Ghibli. Il aura fallu attendre quarante ans pour qu’il soit traduit en français, en 2023, par l’éditeur Sarbacane qui, à l’occasion des fêtes publie une nouvelle édition de ce beau récit.
Le futur maître de l’animation s’y inspire d’un conte tibétain, mais ajoute sa patte : son évocation d’une société régie par un troc « esclaves contre céréales » annonce ses futurs chefs-d’œuvre, comme Princesse Mononoké, et leur critique d’un capitalisme aliénateur et destructeur de la nature. ► Marc Chevallier
Le voyage de Shuna, par Hayao Miyazaki, Sarbacane, 2023,160 p., 25 €.

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La plus anticapitaliste : « Comment les riches ravagent la planète », par Hervé Kempf et Juan Mendez
Les riches n’ont pas bonne presse. Zucman veut les taxer. La Cour des comptes veut sucrer leurs niches fiscales. Et Hervé Kempf, le rédacteur en chef du site d’information Reporterre, est bien décidé à leur porter l’estocade. Qu’ont-ils fait pour mériter cet opprobre ? Ils détruisent la planète, ni plus ni moins. C’est ce que le journaliste avait démontré il y a dix-sept ans dans un essai détonnant. Et depuis, ça ne s’est pas vraiment amélioré : « Les riches n’ont rien appris, rien compris, rien changé, ils se gavent. »
Grand pédagogue, Hervé Kempf continue d’essayer de leur expliquer comment la crise écologique est intimement liée à l’explosion des inégalités. Et cette fois-ci sous la forme d’une BD. La démonstration fait mouche, documentée et très didactique. Le trait expressif de son acolyte dessinateur, Juan Mendez, valorise très bien le propos. C’est drôle, pertinent, bien rythmé. Même si le constat, lui, est consternant.
Seul bémol : les solutions esquissées laissent sceptiques. On voit mal comment dégonfler les pneus des SUV peut sérieusement changer la donne, à part agacer les propriétaires de ces mastodontes d’acier. Le format ne laissait sans doute pas suffisamment de place pour détailler le champ des possibles. Peut-être pour un deuxième tome ? ► Laurent Jeanneau
Comment les riches ravagent la planète. Et comment les en empêcher, par Hervé Kempf et Juan Mendez, Seuil, 2025,180 p., 19 €.

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La plus sylvestre : « Le génie de la forêt », par Vincent Zabus, Nicoby et Francis Hallé
Le « génie de la forêt » du titre, ce n’est ni le botaniste Francis Hallé, ni le philosophe Aristote – duo dont les déambulations et la discussion sont mises en scène dans cette bande dessinée –, mais le génie propre au monde végétal que l’un explique à l’autre. Le penseur grec qui, en plaçant l’homme au sommet de la pyramide du vivant, a fondé un anthropocentrisme désastreux pour l’environnement, comprend son erreur en découvrant avec nous les pouvoirs des arbres.
De ceux-ci, on croit en savoir assez, et on craint un propos écolo-béat, mais la passion du chercheur est aussi scientifique qu’amoureuse. On est captivé par les espèces coloniaires, qui se clonent depuis la même graine, par les sept siècles qu’il faut pour former une forêt primaire, par les végétaux qui communiquent entre eux, réagissent aux sons ou annoncent les tremblements de terre. Du jardin botanique idéal de Francis Hallé jusqu’à la canopée amazonienne, on a confirmation que les balades en forêt font du bien. ► Jérôme Latta
Le génie de la forêt, par Vincent Zabus, Nicoby et Francis Hallé, Albin Michel, 2025, 112 p., 19,90 €.

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La plus gluante : « La révolution des algues », par Etienne Lécroart et Vincent Doumeizel
Et si on regardait autrement les algues ? Sources de pollution majeures dans certains territoires déséquilibrés par les activités humaines, les algues peuvent aussi faire partie de la solution face au changement climatique. Car ces légumes de mer peuvent à la fois remplacer le soja pour nourrir les animaux, servir d’engrais naturels, représenter une alternative au plastique, aider à séquestrer davantage de CO2… Et les algues ont, de surcroît, de nombreuses vertus nutritives pour les humains, décrit Vincent Doumeizel, conseiller pour les océans au Pacte mondial des Nations unies et fondateur au CNRS de la première coalition mondiale du secteur des algues.
Servi à merveille par le dessin de Etienne Lécroart, cette BD instructive et enthousiasmante explore à la fois les potentialités des algues et les freins qui nous empêchent encore de bénéficier de leur plein potentiel : le manque de moyens pour la recherche, la lente adaptation de la réglementation, l’absence de labels pour permettre à la filière de se développer, et des verrous culturels s’agissant notamment de l’intégration des algues dans notre alimentation. La révolution des algues est encore à venir. ► A. M.
La révolution des algues, par Etienne Lécroart et Vincent Doumeizel, Futuropolis, 2025, 128 p., 21 €.

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La plus galvanisante : « Une victoire sur le béton », par Laure Lavigne Delville et Aurélien Pascal Commeiras
La lutte sociale comme moyen de répliquer à un géant commercial ? Tout commence à Saint-Clément-de-Rivière, dans la banlieue de Montpellier, lorsqu’un projet de « village ludo-commercial » Décathlon est annoncé par l’enseigne sur 24 hectares de terres agricoles. Sur place, un groupe de militant·es écolo engage alors dans une bataille acharnée, qui va durer des années jusqu’à obtenir l’abandon du projet. Le récit retrace avec pédagogie les différentes étapes de la procédure, et éclaire la dimension politique des questions d’aménagement, rappelant que la France facilite davantage que ses voisins l’installation de sites commerciaux.
Au fil des épreuves rencontrées par le collectif, on comprend à la fois l’effervescence de la lutte, la force du groupe dans les moments de doute et l’ampleur du travail nécessaire aux actions de contestation (des manifestations aux dossiers juridiques). Car le collectif se substitue aux services de l’Etat pour ce qui est du travail d’enquête sur les enjeux de biodiversité ou encore les risques hydrauliques associés au projet. Un récit galvanisant et optimiste, qui montre que les actions citoyennes peuvent mener à une victoire de David contre Goliath. ► Audrey Fisné-Koch
Une victoire sur le béton. Récit d’une lutte locale contre un géant commercial, par Laure Lavigne Delville et Aurélien Pascal Commeiras, Le Passager clandestin, 2025, 128 p., 22 €.

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La plus ingénieuse : « Ressources. Un défi pour l’humanité », par Philippe Bihouix et Vincent Perriot
Le neuvième art au service du ralentissement technologique, c’est le pari réussi de Philippe Bihouix et Vincent Perriot. L’un est ingénieur et auteur (notamment) de L’âge des low tech, l’autre est auteur de BD (par exemple Negalyod). Ils sont les protagonistes de ce voyage dans le temps pour comprendre l’accélération exponentielle de la technologie dans les sociétés humaines, ses illusions et surtout ses dégâts environnementaux via l’épuisement des ressources de la planète.
En sept chapitres, on traverse les siècles depuis le Moyen Age jusqu’à la période contemporaine avec l’avènement de l’intelligence artificielle et le projet de conquête de la planète Mars. A chaque fois, les deux personnages s’interrogent en faisant intervenir les grands penseurs de l’époque en question. Le tout avec un message qui sert de fil conducteur : une autre logique est possible. S’adressant à Jeff Bezos, nos deux héros déclarent : « Nous sommes ceux qui allons vous faire changer de rêves. » Le tour de force est qu’ils y parviennent en mobilisant l’humour et l’esthétique, même si l’univers de l’album est exclusivement masculin. On est donc en droit d’attendre une suite plus féminine. ► Christophe Fourel
Ressources. Un défi pour l’humanité, par Philippe Bihouix et Vincent Perriot, Casterman, 2024, 175 p., 28 €.

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La plus abyssale : « On a mangé la mer », par Maxime de Lisle et Olivier Martin
Le saumon est le poisson préféré des Français, quatrièmes consommateurs au monde. Mais, surexploité, il est quasiment éteint à l’état sauvage. Et pour nourrir ce carnivore dans les fermes aquacoles chiliennes ou norvégiennes, des chalutiers ratissent les côtes ouest-africaines, privant les populations locales de leur garde-manger. C’est l’un des chapitres de cette enquête, aussi fouillée que magnifiquement mise en récit, que nous offrent ici le militant et spécialiste des mers Maxime de Lisle et le dessinateur Olivier Martin.
Sous un trait aquarellé saisissant, il aide à comprendre la complexité du réel, en phase avec la posture du narrateur refusant la facilité et la caricature. Car l’effondrement de la biodiversité marine n’est pas que le fait de la pêche industrielle. Le livre braque le projecteur sur les stratégies de concentration et les scandales de celle-ci, mais montre aussi comment la tragédie se joue à terre, de façon diffuse, avec les émissions de gaz à effet de serre, les pollutions de tous ordres et les aménagements qui détruisent l’environnement côtier… Et bien sûr notre surconsommation de poisson. Au-delà des constats, ce documentaire montre que les solutions existent, et que le poisson revient quand les bonnes décisions sont prises. ► Antoine de Ravignan
On a mangé la mer. Une enquête au cœur de la crise de la pêche en France, par Maxime de Lisle et Olivier Martin, Futuropolis, 2025, 128 p., 22 €.

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La plus perchée : « Le mal des montagnes »
On y trouve l’histoire du village de Cervières qui a refusé dans les années 1970 de devenir une station de ski, une immersion au festival Tomorrowland Alpe-d’Huez avec la jet set mondiale venue massacrer la montagne en toute bonne conscience, un reportage en Ariège sur un territoire pastoral où une activité de tissage de laine recrée du lien social, ou encore une démonstration de la folie du business autour de l’ascension de l’Everest. En neuf petites bandes dessinées, selon la tradition de La Revue Dessinée, qui fait ici équipe avec le média Reporterre, on va d’un territoire à l’autre, d’une problématique à l’autre, d’une époque à une autre, toujours en excellente compagnie.
L’intérêt de ce numéro spécial montagne ? Entremêler un discours critique sur les choix de politiques publiques et la mise en avant d’alternatives hier, aujourd’hui et même demain (un court récit de science-fiction clôt le numéro). Le tout adossé à un discours scientifique qui se déploie notamment dans la première (et magnifique) séquence d’ouverture. Au gré des pages, on apprécie la très grande variété des choix d’illustration. Amoureux, curieux ou badauds de la montagne, précipitez-vous ! ► Céline Mouzon
Le mal des montagnes. Un monde à réinventer, par Cécile Guillard, Manon Mugnier, Laury-Anne Cholez, Vincent Lucchese, Lorena Canottiere, Jean Cremers, Vincent Sorel, Valentine Delussy, Jérémy Capanna, Nicolas Moog, Amanda Jacquel, Jeanne Cassard, Alice Chemama, Elodie Potente, Simon Lamouret, Raphaëlle Lavorel et Juliette Lagrange, La Revue dessinée – Reporterre, 2025,176 p., 19 €.

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La plus intello : « Zone critique », par Bruno Latour et Philippe Squarzoni
Les BD sur l’écologie jouent souvent la carte pédagogique, en mettant en scène un dialogue entre un personnage qui découvre et une figure d’autorité. Zone critique fait le pari inverse. Le dessin de Philippe Squarzoni ne vulgarise pas Bruno Latour, qui s’est déjà vulgarisé lui-même avec Où atterrir ? et Où suis-je ?, deux essais publiés peu avant sa mort, en 2022. Le roman graphique met en images ces deux textes, avec un résultat parfois proche de l’abstraction, tout en parvenant à incarner les concepts et les leçons politiques du philosophe, à travers des personnages de travailleurs essentiels ou des allusions à l’actualité.
Exigeant pour les néophytes de l’écologie, Zone critique reste un bon moyen de (re)découvrir la pensée latourienne. Celle-ci part de l’interdépendance entre les hommes et le reste du vivant, confinés dans la « zone critique », cette bande de quelques kilomètres d’épaisseur entre la croûte terrestre et l’atmosphère, qui réagit à nos actions. De là naît une proposition politique : sortir du dilemme entre deux impasses – la mondialisation « hors sol » et le repli sur soi – au profit d’un troisième « attracteur » : devenir des terrestres, et prendre conscience de l’immense toile de dépendance qui nous relie tous. ► M. J.
Zone critique, par Bruno Latour et Philippe Squarzoni, La Découverte – Delcourt, 2024, 192 p., 27,95 €.

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La plus antispéciste : « Le paradoxe de l’abondance », par Hugo Clément, Vincent Ravalec et Dominique Mermoux
Encore une BD sur l’agriculture industrielle ? Oui, mais les dessins, le texte et le sérieux de ce roman graphique ont de quoi séduire. Il met en scène un agriculteur comme beaucoup d’autres, soucieux de produire le plus possible afin que son revenu lui permette de vivre correctement. Un jour, un agronome lui explique que, si le sol de ses champs est friable, sans vers de terre, champignons ni bactéries, c’est en raison des engrais chimiques. Les terres agricoles sont ainsi dégradées, et l’eau aussi peut devenir impropre à la consommation. Il passe au bio.
Le lecteur pourra aussi découvrir que les vaches n’acceptent de se laisser traire que si leur veau est à leur côté, mais la race hollandaise Prim’Holstein fait exception. C’est donc elle que les éleveurs achètent sauf que, donnant beaucoup de lait, ces vaches se tarissent vite et les fromages ont de plus en plus le même goût. Pire : pour pouvoir vendre du fromage de chèvre l’hiver, certains producteurs « désaisonnent » leurs chèvres par un traitement lumineux, tandis que, comme les chevreaux se vendent mal, ils sont sacrifiés. Bref, autant pour l’agriculture que pour les animaux et les produits qu’ils nous donnent, l’élevage industriel doit se transformer, conclut ce beau livre qui nous donne des pistes pour y parvenir. ► Denis Clerc
Le paradoxe de l’abondance, par Hugo Clément, Vincent Ravalec et Dominique Mermoux, Dargaud, 2025, 158 p., 22,95 €.
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