120 ans de la loi de 1905 : « Face aux vents contraires, la laïcité demeure notre meilleur horizon »
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12/12/2025
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Alors que nous fêtons la loi de séparation des Églises et de l’État, le Grand Maitre du Grand Orient de France, Pierre Bertinotti, rappelle l’importance de la laïcité dans une tribune.
Il y a cent vingt ans, la France adoptait l’une des lois les plus fondatrices de son histoire : la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. Ce texte, qui consacre la liberté de conscience, garantit la liberté des cultes et affirme la neutralité des pouvoirs publics, demeure le socle juridique, politique et philosophique de notre République. Cent vingt ans plus tard, alors que les débats se multiplient et que certains voudraient l’affaiblir, l’instrumentaliser ou la réinterpréter, le Grand Orient de France souhaite rappeler avec force la portée universelle et profondément humaniste de ce principe.
La loi de 1905 n’a jamais été une loi contre quiconque : elle est une loi pour tous. Elle protège la liberté de croire comme celle de ne pas croire, la liberté d’exercer un culte comme celle de s’en détourner. Son ambition n’était pas de refouler les convictions spirituelles dans la sphère privée, mais de libérer l’espace public de toute tutelle religieuse afin que la citoyenneté l’emporte sur l’appartenance, que la raison politique prime sur les dogmes, et que l’égalité de statut de chacun soit garantie par l’État.
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À l’heure où les dérives identitaires, les tentations communautaires et les crispations religieuses se renforcent, l’anniversaire de la loi de 1905 nous invite à mesurer son actualité brûlante. Car la laïcité n’est pas seulement un héritage, c’est un combat permanent. Elle exige vigilance, clarté et courage. Elle réclame que la République reste maîtresse de ses institutions, de son école, de son espace civique, et qu’elle protège chaque citoyen de toute pression idéologique, politique ou spirituelle.
Le Grand Orient de France, fidèle à son engagement historique, observe avec inquiétude la confusion entretenue autour de la laïcité. Certains la réduisent à une tolérance molle. D’autres en font un instrument contre telle ou telle religion. D’autres encore voudraient la relativiser au prétexte d’une diversité croissante. Toutes ces approches s’éloignent de l’esprit de 1905. La laïcité n’est ni un compromis, ni une arme : elle est une règle commune, un principe d’émancipation et une garantie démocratique.
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Appliquer la laïcité
Parce qu’elle sépare les autorités spirituelles et les pouvoirs publics, la laïcité préserve le contrat social. Parce qu’elle ne reconnaît aucun culte, elle garantit la neutralité de l’État et la liberté des consciences. Parce qu’elle ne finance aucun dogme, elle empêche la captation de l’argent public par des intérêts particuliers. Parce qu’elle affirme l’égalité de tous devant la loi, elle refuse toute hiérarchie de communautés.
Dans un monde traversé par les radicalismes religieux, les offensives obscurantistes, la diffusion virale des croyances complotistes et l’effritement des repères civiques, la laïcité est un rempart. Elle protège la démocratie contre ceux qui voudraient la fragmenter. Elle protège l’école contre ceux qui voudraient la soumettre. Elle protège la raison contre ceux qui voudraient l’amoindrir. Elle protège enfin chaque individu – croyant ou non – en lui garantissant un espace de liberté et de dignité.
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À l’occasion de ce 120e anniversaire, le Grand Orient de France appelle la nation à réaffirmer la force de la loi de 1905, à la défendre contre les tentatives de révision, à la transmettre avec conviction et pédagogie, et à la faire vivre dans les institutions comme dans les cœurs. La laïcité n’a pas vocation à s’assouplir, elle a vocation à s’appliquer. Elle n’a pas vocation à s’adapter aux pressions, elle a vocation à protéger la liberté. Elle n’a pas vocation à être réinterprétée à chaque turbulence, elle a vocation à rester la colonne vertébrale de notre pacte républicain.
Cent vingt ans après, la République dispose encore du plus précieux des biens communs : un cadre juridique qui permet l’unité nationale au-delà des croyances, un principe qui rend possible la fraternité, et une loi qui garantit l’émancipation de chacun. Célébrer la loi de 1905, c’est célébrer ce que la République a de plus noble : la liberté de conscience, l’égalité des citoyens, la souveraineté de la raison. C’est rappeler que, face aux vents contraires, la laïcité demeure notre meilleur horizon.
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