« Les nazis dehors ! » : forte mobilisation en Allemagne contre le congrès de l’extrême droite
.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Essen alors que près de 600 délégués de l’AfD se réunissaient en ville pour le congrès du parti
.

.
Emmanuel GRASLAND
.
Ils ont voyagé toute la nuit en bus pour être ici. « Il faut montrer qu’on est prêt à se battre en Allemagne. C’est important de faire quelque chose contre le fascisme », explique Dominik, 36 ans, enseignant dans le secondaire. Avec ses collègues, il est parti de Berlin hier soir, en prenant un des bus affrétés par le syndicat Verdi, le syndicat des salariés allemands des services.
Habillé en gilet jaune pour être plus visible, il réfléchit aux moyens d’approcher au plus près les abords de la Grugahalle, la grande salle polyvalente d’Essen. L’objectif ? Empêcher le bon déroulement du congrès du parti d’extrême droite « Alternative für Deutschland » (Alternative pour l’Allemagne), qui réunit près de 600 délégués ce week-end, dans cette ville du centre de l’Allemagne.
Essen est sous tension. Plusieurs milliers de policiers, venus de toute l’Allemagne, ont été mobilisés pour permettre au congrès de l’AfD de se tenir, empêcher les heurts avec les manifestants et éviter des débordements de la part de militants d’extrême gauche. De garde pour bloquer l’entrée d’un parc, Ralf est venu de Hambourg hier soir et repart chez lui dimanche.
.
Les grands-mères et les jeunes mobilisés
Dès l’arrivée en gare d’Essen, les policiers sont visibles sur les quais. Mais il y a aussi toutes sortes de manifestants, qui chantent des slogans anti-AfD. Cornelia est venue avec l’association des « grands-mères contre l’extrême droite » (Omas gegen Rechts). « Nous voulons défendre notre démocratie, ses valeurs et empêcher ce congrès », explique-t-elle.
Masqué, et âgé de 19 ans, Mark a lui enchaîné plusieurs manifestations anti-Afd depuis le début de l’année. « Nous sommes un petit groupe motivé d’une dizaine de personnes de la région mais nous sommes en relation avec d’autres jeunes ailleurs en Allemagne », indique-t-il.
.
« Pas de sexe pour les nazis »
Vers dix heures, la manifestation s’ébranle de la gare d’Essen pour rallier la Grugahalle, située en périphérie. L’ambiance est plutôt bon enfant. Il y a beaucoup de jeunes et même aussi des enfants. « Les droits de l’homme au lieu des hommes d’extrême droite », indique une pancarte. « Pas de sexe pour les nazis », annonce une autre. Une fille est drapée dans un drapeau européen. Une autre porte un bébé dans ses bras et a inscrit sur son affichette « Les bébés contre les extrémistes ». « Tous ensemble contre les fascistes », scandent aussi les manifestants. « Les nazis dehors ! »
.

« Depuis les élections européennes, j’ai vraiment peur pour le futur de l’Europe. Notamment avec ce qui se passe chez vous en France », explique Michael, 65 ans venu avec sa femme. Michael habite Essen et dit n’avoir jamais vu de manifestation aussi imposante dans sa ville. La police évoque plusieurs dizaines de milliers de personnes, sans s’avancer pour l’instant sur des chiffres plus précis.
Devant la salle du congrès, quelques heurts ont lieu le matin entre des policiers accompagnant des délégués de l’AfD et des manifestants. Un gros cordon de police bloque l’accès du site à la foule.
.
« Nous sommes ici, et nous allons rester ici ! »
Plusieurs services de bus et de métro ont été fermés. On ne peut plus s’approcher du site qu’à pied ou à vélo et l’accès au grand parc botanique qui jouxte la Grugahalle est interdit. Devant le bâtiment, une scène a été installée et diffuse de la musique à tue-tête. Un rappeur chante des slogans anti-AfD, repris par la foule.
.

Au final, le congrès de l’AfD démarre avec une grosse demi-heure de retard. « Nous sommes ici, et nous allons rester ici ! », a lancé, sous les applaudissements, la coprésidente de l’Afd, Alice Weidel, dans son discours d’ouverture. « Nous avons le droit, comme tous les autres partis politiques, de tenir un congrès en bonne et due forme ».
.
Des coups durs
Ce congrès intervient trois semaines après un scrutin européen où l’AfD a obtenu 15,9 % des voix . Un score en hausse de 5 points par rapport à 2019 mais qui reste en retrait des 23 % atteints mi-décembre.
Il faut dire que le parti a enchaîné les coups durs depuis le début de l’année. En janvier, la révélation par la plateforme Correctiv d’une rencontre à Postdam entre des membres du parti, des donateurs et des représentants de la mouvance néonazie, où a été présenté un projet d’expulsion des personnes d’origine étrangère, avait choqué tout le pays.
.
Un tandem de dirigeants largement réélu
Plusieurs controverses autour de sa tête de liste aux élections européennes, Maximilian Krah, ont ensuite fragilisé le mouvement. Les propos du député européen selon lesquels un SS n’était pas « automatiquement un criminel » ont provoqué une rupture avec le Rassemblement national et entraîné l’exclusion du parti du groupe Identité et démocratie (ID) au Parlement européen.
Sous pression, l’AfD a décidé de serrer les rangs. Ses deux co-dirigeants, Alice Weidel et Tino Chrupalla, ont été réélus cet après-midi avec respectivement 79,8 % et 82,7 % des voix. Voilà deux ans, ils avaient obtenu des scores bien moins élevés, avec seulement 67 % et 53 % des suffrages.
.
Emmanuel Grasland (Envoyé spécial à Essen)