Sélectionner une page

“L’année 2026 sera l’année de la pré-tempête qui prépare le choc de 2027”, estime le politologue Benjamin Morel

.

Élections municipales 2026

.

L’année 2026 commence. Difficile de lire dans le marc de café et de prédire comment sera l’année politique en France. Entre budget à voter, élections municipales et campagne pour la présidentielle, l’année 2026 s’annonce riche. Benjamin Morel, maître de conférences, passe en revue les grands temps forts politiques pour cette nouvelle année.

L’année 2025 a été marquée en France par une grande instabilité politique. Cela va-t-il continuer en 2026 ? Pas question de sortir une boule de cristal, mais le maître de conférences à Paris-Panthéon-Assas Benjamin Morel essaie de deviner les temps forts politiques de cette nouvelle année qui s’ouvre. Le politologue originaire de Clermont-Ferrand explique : “On verra si les délais sont tenus mais on aura un retour du budget le 5 janvier. Mais quand sera-t-il voté ? Cela peut aller relativement vite, si on utilise rapidement le 49.3. S’il n’y a de 49.3, c’est un peu plus compliqué. Je ne suis pas dans le secret des dieux mais il y a une volonté d’accélérer le calendrier. Tout le monde y a intérêt pour éviter de trop heurter le calendrier des municipales”.

.

L’avenir de Sébastien Lecornu qui se joue

Bien que le recours au 49.3 contredise un engagement initial du Premier Ministre, selon Benjamin Morel, les jours de Sébastien Lecornu au gouvernement ne sont pas comptés : “S’il utilise le 49.3, il y a le risque d’une censure qui le fasse tomber. Il y a une possibilité qu’une partie importante du groupe PS décide de voter la censure. Mais si la censure ne passe pas, il y aura une relative accalmie. Personne n’a vraiment intérêt à le faire tomber”.

.

L’enjeu des élections municipales

Les élections municipales des 15 et 22 mars constitueront un grand temps fort politique. Le politologue souligne : “Au niveau national, le grand enjeu est la montée du RN. Cette montée peut être mesurée en nombre de mairies mais aussi en nombre de conseillers municipaux élus sur des listes d’union de la droite. Cela sera un signe important pour les sénatoriales et pour la maturité d’une droite locale qui pourrait basculer vers l’union de la droite pour 2027”. Les municipales seront aussi l’occasion de jauger la popularité des socialistes : “Si c’est la bérézina pour le PS, les Insoumis vont dire que les socialistes perdent et que Jean-Luc Mélenchon est la seule alternative pour la gauche”. L’objectif pour LR sera aussi de maintenir un ancrage local. La perte de fiefs fragiliserait certains partis et accélérerait une “recomposition politique”.

.

Le coup d’envoi de la campagne présidentielle

Benjamin promet “beaucoup d’agitation politique”, une fois que les municipales seront passées. Il pense que peu de textes seront votés à l’Assemblée nationale et qu’après les élections, le coup d’envoi de la campagne présidentielle de 2027 sera donné. Il précise : “A l’été, on saura si Marine Le Pen ou Jordan Bardella sera candidat. On aura une nécessaire décantation au centre. Et à gauche, il va y avoir la volonté d’avancer sur une primaire entre des candidats, de Glucksmann à Mélenchon”.

.

La fin du macronisme

L’année 2026 marquera enfin la fin crépusculaire du macronisme. Le politologue précise : “Le macronisme en lui-même est déjà mort. La question est de savoir ce qu’il y aura derrière. Il y a des héritiers à la fois présomptifs et des héritiers qui n’assument pas l’héritage. Attal, Philippe et d’autres en font partie. Mais tous ces héritiers ne pourront pas être sur la ligne de départ. Va-t-il y avoir une stratégie de rationalisation ? Il y a aussi des facteurs d’imprévisibilité”. Emmanuel Macron est un « facteur de perturbation » car il voudra « continuer à exister« et « à imposer l’agenda« .

Finalement, Benjamin Morel pense que : “L’année 2026 sera l’année de la pré-tempête qui prépare le choc de 2027. Il va y avoir de fortes bourrasques, des tensions très fortes, mais qui ne font que préparer celles de 2027”.

.

Catherine Lopes à suivre sur FR3

01/01/2026

.

« On ne passera pas ce budget sans majorité »

Benjamin Morel, invité dans la matinale de RMC, a souligné que la situation politique observée en France était « absolument sans précédent » sous la Vème République. Il a insisté sur l’incapacité du gouvernement à disposer d’une majorité stable pour faire passer ses textes, transformant chaque vote en une épreuve de force.

“Il faut bien comprendre qu’à un moment donné, soit vous légiférez, soit vous ne légiférez pas. Donc, soit vous passez le texte. Si vous passez le texte, c’est que vous avez la majorité. Si vous ne l’avez pas, le texte est bloqué. Et le 49.3 est le seul outil qui est mis à la disposition du gouvernement pour pouvoir passer en force un texte dans une situation de minorité. Et qu’on le veuille ou non, on est dans cette situation.”

125h de débat pour rien? “Effectivement, ça n’a servi à rien. On peut se faire tous les scénarios qu’on veut, on ne passera pas ce budget sans majorité. On est dans une tragédie grecque, on sait déjà que c’est raté, mais on essaye de nous le faire oublier”, poursuit le politologue.

.

49.3 ou lois spéciales?

Benjamin Morel note que si la dissolution est une prérogative présidentielle, elle est dans le contexte actuel un « pari très risqué ». Il a expliqué qu’une dissolution ne garantirait absolument pas une majorité plus stable, mais pourrait au contraire amplifier le chaos ou bénéficier à des forces d’opposition extrêmes.

« Aujourd’hui, dissoudre l’Assemblée, c’est prendre le risque d’un résultat encore plus ingouvernable, avec des extrêmes renforcés. Ce n’est pas une solution miracle à la crise de majorité », conclut-il. Selon lui, si aucun accord n’est trouvé, le gouvernement pourrait recourir au 49.3 ou à des lois spéciales.

.

Benjamin Morel : « On ne peut exclure une dérive illibérale »

Le constitutionnaliste estime que, face à une France ingouvernable, l’exécutif pourrait tordre l’interprétation de la Constitution au risque de s’avancer sur une pente très glissante.
.
APPIS

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *