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Aux municipales, Les Écologistes jouent leur va-tout

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Après la « vague verte » de 2020, le parti redoute le scrutin de mars 2026, qui se tiendra dans un contexte moins favorable. Entre la montée de l’extrême droite et les divisions de la gauche, les maires sortants devront confirmer leur ancrage. Et prouver la capacité du parti à gouverner, à un an de la présidentielle.

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Sarah Benhaïda

  27 décembre 2025 

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La « vague verte » avait déferlé sur les élections municipales de 2020. Le scrutin de mars 2026 sera-t-il celui du ressac ? Fin août, aux journées d’été de leur parti à Strasbourg, Les Écologistes le répétaient sur tous les tons : si la politique nationale semblait tanguer, ils et elles avançaient sur une mer sereine vers les municipales des 15 et 22 mars 2026. Quatre mois plus tard, les avis sont moins unanimes : si certain·es se disent toujours « optimistes » et surtout « confiants » dans les bilans des maires sortant·es, d’autres serrent les dents.

« Annecy est perdue, Strasbourg, ça va être compliqué, Lyon, c’est mal parti, Tours, ça va être dur », résume par exemple un élu écologiste sous couvert d’anonymat. Comme beaucoup d’autres, il estime que son parti ne part gagnant qu’à Bordeaux et Grenoble – sans le sortant Éric Piolle, visé par une enquête pour concussion et recel de ce délit. D’autres cadres, à l’instar de Marine Tondelier, proposent de dézoomer : fini le focus sur les grandes villes gagnées en 2020 ; en 2026, il faudra regarder du côté de Lorient, Cholet, Caen ou Metz.

L’explication de ce possible recul n’est pas tant à chercher dans les bilans locaux des maires écologistes. Certes, les critiques sont connues, elles ont été répétées, martelées et amplifiées par les médias d’extrême droite : pendant six ans, les écologistes ont été accusé·es de construire des mosquées ou de promouvoir le voile, on a dit qu’ils et elles n’aimaient pas les sapins de Noël ni la voiture, on leur a reproché une vision laxiste de la sécurité… L’« écolo-bashing » a été porteur nationalement, mais sur le terrain, les édiles ont tenu nombre de leurs promesses, comme le soulignent différentes études et listes dressées par des médias locaux.

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Aminata Niakaté, Cyrielle Chatelain, Marine Tondelier et la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian…

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Le pessimisme de certain·es écologistes vis-à-vis des élections de mars tient plutôt à la réalité de la « vague verte » de 2020. Pour la comprendre, il faut reposer le contexte de ce scrutin hors du commun, organisé en pleine crise sanitaire, avec un taux d’abstention record, rendant quasi impossible la lisibilité des résultats. À ce moment-là, les écologistes avaient en effet gagné un nombre inédit d’exécutifs locaux, en bénéficiant notamment d’un mouvement mondial de prise de conscience sur l’urgence climatique et le vivant.

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Montée en puissance de l’extrême droite

Six ans plus tard, le parti doit confirmer cet ancrage municipal dans un contexte national et international complètement différent, notent Manon Loisel et Nicolas Rio, enseignant·es à l’École urbaine de Sciences Po. En 2020, « la transition écologique et sociale se retrouvait au cœur de la campagne, tous partis confondus, contribuant à structurer l’agenda de la mandature en conséquence dans les quelques grandes villes gagnées par les écologistes et plus largement dans toutes les communes, urbaines comme rurales ».

Avant d’ajouter : « La question écologique était [alors] loin d’être réglée mais elle était considérée comme un sujet essentiel […] Six ans plus tard, changement de décor. C’est davantage la montée en puissance de l’extrême droite qui structure le débat. » Et c’est elle qui dicte un moins-disant environnemental partagé par une large partie du champ politique, allant de la droite macroniste au Rassemblement national (RN).

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Les Écologistes, eux, ne veulent pas entendre parler de « backlash écologique » ou de « vent de face » pour les questions environnementales. Celles et ceux que Mediapart a interrogé·es considèrent en effet que les citoyen·nes sont très majoritairement conscient·es de l’urgence climatique. Ce que la population rejette, selon elles et eux, ce ne sont pas les mesures de protection environnementales dans leur ensemble, mais seulement celles qui sont socialement injustes.

Sur ce point, assure l’eurodéputé David Cormand, ancien secrétaire national du parti, les mairies écologistes peuvent faire valoir leurs « mesures de justice sociale et écologique, avec “l’ordonnance verte”, un panier de produits bio et de qualité gratuits pour les femmes enceintes à Strasbourg ; ou l’accessibilité moins chère des transports à Lyon et dans sa métropole ». De quoi booster, selon lui, la prime au sortant et déjouer les pronostics chagrins – en 2014 et en 2020 déjà, répètent les caciques écologistes, des villes avaient été gagnées alors que beaucoup prédisaient une défaite généralisée.

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Si les Écologistes perdent la moitié des villes qu’ils détiennent ou plus, ce sera le symbole qu’ils ne font toujours pas partie des forces politiques crédibles pour gouverner. Simon Persico, politiste

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Remporter les municipales de mars 2026 est d’autant plus crucial pour les Écologistes qu’ils et elles ont vu leur score historique aux européennes de 2019 baisser de huit points en juin 2024, comme plusieurs de leurs alliés sur le continent. Les difficultés sont d’autant plus grandes en France que le parti de Marine Tondelier peine à tenir sa ligne entre le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI), qui sont partis divisés dans la plupart des villes – jusqu’au second tour du scrutin au moins.

Pour la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, ces élections sont « un enjeu fondamental ». « La vague verte en Europe s’est traduite, dans un certain nombre de pays, par l’accession des écologistes à des gouvernements nationaux et, en France, par le gain de mairies importantes. Après avoir gouverné des villes pendant six ans, on demande aux électeurs s’ils sont satisfaits. On leur pose la question “Voulez-vous que votre ville continue à se transformer comme les Écologistes la transforment ou pas ?” », explique-t-elle.

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La réponse tombera le 22 mars 2026. Et elle éclairera beaucoup de choses pour la suite. « Ces municipales seront un bon indicateur pour savoir si les Écologistes ont passé un cap, affirme le politiste Simon Persico. S’ils perdent la moitié des villes qu’ils détiennent ou plus, ce sera le symbole qu’ils ne font toujours pas partie des forces politiques crédibles pour gouverner. » Car, indique encore le directeur de Sciences Po Grenoble, « la capacité à conserver les positions de pouvoir acquises dans les territoires qui vous sont sociologiquement favorables, même en période de repli conjoncturel, est une des composantes de cette crédibilité ».

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« Préparer 2027 »

Bien qu’il s’agisse d’un scrutin local, les municipales seront évidemment analysées à l’aune de la prochaine présidentielle. « Le message à faire passer pendant la campagne des municipales, c’est qu’on va tout faire pour que l’extrême droite perde en 2027, souligne Mélanie Vogel. On ne peut pas se permettre de faire perdre des villes à la gauche et aux écologistes. Ce serait une erreur historique de prendre le risque de faire basculer des villes dans le camp de celles et ceux qui n’auraient pas de problème à s’allier objectivement ou implicitement avec l’extrême droite. »

« Et dans l’hypothèse où elle parvient aux responsabilités, avoir des grandes villes ou des régions gouvernées par la gauche et les Écologistes, c’est une digue contre l’extrême droite, on le voit en Hongrie où Budapest est dirigée par un écologiste », poursuit la sénatrice.

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La présidentielle de 2027, c’est aussi la cible que Marine Tondelier veut toucher par ricochet. « [Aux municipales,] on ne joue pas qu’en défense, je veux qu’un maximum de villes de droite, centristes et macronistes basculent à gauche […] parce que c’est comme ça qu’on prépare 2027 aussi », a récemment expliqué la secrétaire nationale des Écologistes, déjà candidate à l’Élysée. Tout comme la députée Delphine Batho et potentiellement d’autres figures écologistes. « L’opération “présidentielle” va vraiment commencer au lendemain des municipales et le résultat des municipales va être un élément de contexte dans le rapport de force », résume un élu local.

Plusieurs maires écologistes des grandes villes repartent en campagne, en tentant de composer avec les divisions de la gauche.

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Deux maires écologistes ont déjà annoncé qu’ils ne se représentaient pas. Il s’agit de François Astorg, élu en 2020 à Annecy grâce à une alliance de deuxième tour avec les macronistes, et d’Éric Piolle à Grenoble, donc. C’est Laurence Ruffin qui a emporté fin septembre la primaire locale pour succéder à ce dernier. Elle est désormais soutenue par Les Écologistes, le PS, le Parti communiste français et l’Association démocratie écologie solidarité.

Les autres maires écologistes des grandes villes repartent en campagne, en tentant de composer avec les divisions de la gauche. À Strasbourg, Jeanne Barseghian avait été élue en 2020 contre la socialiste Catherine Trautmann et une liste de fusion des droites macroniste et Les Républicains (LR). Elle se représente cette année contre une demi-douzaine de candidat·es de gauche et deux fois moins de candidat·es du centre à l’extrême droite. « Le cavalier seul de la candidature socialiste fragilise Strasbourg et fait courir le risque de la voir basculer à droite », accuse l’eurodéputé David Cormand.

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Élue il y a six ans avec 566 voix d’avance sur son adversaire LR, Anne Vignot est elle aussi candidate à sa succession à Besançon, où elle fera face à des candidatures du PS et de LFI. À Lyon, Grégory Doucet repart également en campagne, mais cette fois-ci face à un outsider venu du monde sportif, Jean-Michel Aulas. À Tours, Emmanuel Denis prend la tête d’une coalition de gauche plurielle comprenant notamment les socialistes, tandis que Pierre Hurmic à Bordeaux devrait prochainement confirmer sa candidature.

Dans toutes ces villes, la victoire de la gauche est loin d’être assurée. « Nous avons gagné la quasi-totalité de ces villes, à part Grenoble et Poitiers, contre des macronistes ou contre la droite. La sociologie électorale de ces villes fait qu’elles sont plus dures à gagner et à conserver pour la gauche, que la tête de liste soit verte ou pas », rappelle David Cormand.

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Le défi d’une gauche désunie

À Nantes, Rennes, Brest ou Paris, les candidats écologistes ont accepté de partir en campagne derrière des maires socialistes. À Tours ou Lyon, ce sont les socialistes qui se sont rangés derrière le ou la maire sortant·e écologiste. Mais ailleurs, comme à Strasbourg ou à Toulouse, les deux mouvements partent en ordre dispersé. Et pour la première fois dans de très nombreuses villes, ils feront également face à des listes LFI.

« Notre stratégie partout, c’est de construire dès le premier tour une coalition qui soit a minima la même que la majorité sortante, explique David Cormand. C’est ce qu’on va faire dans 100 % des villes où le sortant est socialiste et on souhaite la réciproque. Il y a une menace globale de la droite et de l’extrême droite qui convergent donc ne nous trompons pas d’adversaires, construisons les propositions politiques les plus claires, les plus puissantes possibles pour répondre à l’attente des électrices et des électeurs de gauche qui sont favorables à des unions les plus larges possibles. »

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Dans les villes où la gauche partira malgré tout désunie, elle fera face à deux questions, souligne Simon Persico. La première est : « Quelle est la force politique qui va sortir en tête de la gauche au premier tour ? » « Car c’est cette force qui aura le plus de chances de gagner, vu la porosité des électorats à gauche, qui mène les électeurs vers la liste arrivée en tête au premier tour, et le fait qu’on parle de communes où le niveau général de la gauche est élevé », explique le politiste. Une fois cette première question tranchée, une deuxième s’imposera : « Des acteurs politiques, LFI ou PS, iront-ils jusqu’à se maintenir au risque de faire perdre la gauche ? »

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Sarah Benhaïda sur Libé

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