«Criminels !» «Fascistes !» «Nazis !» : Minneapolis sous le choc après le meurtre d’Alex Pretti par la police de l’immigration
Un agent de la police aux frontières a tué un infirmier de 37 ans samedi 24 janvier. Les circonstances sont encore floues, mais les habitants se sont rapidement rassemblés pour dénoncer ce qui est, à leurs yeux, un meurtre.
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« Vous ne l’avez jamais essayé ! ». Cette extrême droite qui vous attend , ici et ailleurs, maintenant et demain ! MCD
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Renee Good, la mère de famille tuée par l’ICE, à Minneapolis, a succombé à une balle en pleine tête
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Une balle en pleine tête. Une autopsie privée a déterminé que Renee Good, la citoyenne américaine non armée et mère de famille tuée par un agent fédéral de l’immigration à Minneapolis au début du mois, avait reçu trois balles, dans l’avant-bras, la poitrine et la tête, cette dernière ayant provoqué sa mort sur le coup.
Cette autopsie indépendante a été commandée par les avocats de Chicago représentant la famille de la martyre de la politique de répression migratoire de Donald Trump. Ses conclusions ont été rendues publiques mercredi soir outre-Atlantique.
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Renee Nicole Good assassinée pat la police ICE
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La rue est bouclée, délimitée par le cordon de sécurité. Derrière, des agents des forces de l’ordre, encagoulés, des casques sur la tête, des gilets en kevlar. En face d’eux, plus d’une centaine de manifestants. Les hurlements sont stridents, à en déchirer la gorge. «Foutez le camp de la ville !» lance une femme. «Nazis !» «Criminels !» «Fascistes !» hurle un autre. Et la foule de scander : «Honte, honte, honte !»
Un peu plus tôt dans la matinée du samedi 24 janvier (en fin d’après-midi à Paris), un agent des forces de l’ordre a tué un homme en pleine rue, dans ce quartier résidentiel de Minneapolis. Plusieurs vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux. Le New York Times, qui en a authentifié une, décompte au moins dix coups de feu. Sur l’une, on voit un homme maintenu au sol par plusieurs agents et on entend un coup de feu qui part. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux et à l’authenticité confirmée par les autorités montre plusieurs agents avec des gilets affublés du sigle «Police» lutter pour amener une personne au sol puis la frapper plusieurs fois. Un tir résonne alors, les agents s’écartent de l’homme allongé dans la rue, avant de tirer à plusieurs reprises sur lui.
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La milice trumpienne a déjà 40 assassinat à son actif : Capture d’écran d’une vidéo montrant l’homme à terre et les agents autour.
Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a indiqué lors d’une conférence de presse que l’homme habitait la ville, possédait un permis légal de port d’arme et n’était pas connu des services de police. Il s’agit d’Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, a annoncé le syndicat de fonctionnaires dont il était membre.
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Version non confirmée
Washington a rapidement réagi en publiant sa version des faits. Le département de la Sécurité intérieure (DHS) affirme ainsi que le drame s’est produit alors que dans un premier temps des agents fédéraux des services de l’immigration (ICE) effectuaient une interpellation d’une personne sans titre de séjour. Un homme les aurait alors abordés, armé d’une arme de poing de 9 mm, et l’agent, ayant peur pour sa vie et ne pouvant contrôler l’individu, se serait défendu. Cette version n’a été confirmée ni par des médias américains, ni par aucune source indépendante. Sur les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, l’homme, pris à partie par plusieurs agents et jeté au sol, ne semble pas avoir d’arme à feu.
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Assassiné par la milice de Trump
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Sur X, le département de la Sécurité intérieure a publié une photo de l’arme présumée et a affirmé : «Cela ressemble à une situation où un individu voulait commettre un maximum de dégâts et massacrer des forces de l’ordre.» Mais selon une analyse des images réalisée par le média d’investigation Bellingcat sur le réseau social Bluesky, «quelques instants avant que le premier coup ne soit tiré», on peut voir l’un des agents s’éloigner avec un pistolet semblable à l’arme postée par le DHS. Ensuite, «deux agents différents tirent manifestement avec leurs armes et au moins dix coups sont tirés au total», poursuit Bellingcat, précisant que «la plupart» l’ont été alors que «l’homme était déjà allongé au sol sans mouvement».
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Samedi après-midi, Donald Trump a justifié l’action des agents fédéraux en rejetant la faute sur les élus démocrates locaux. «Le maire et le gouverneur poussent à l’insurrection avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse et arrogante», a accusé sur sa plateforme Truth Social le président américain, pour qui la police de l’immigration doit être laissée tranquille pour «faire son boulot».
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«Immoral et maléfique»
Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, ancien colistier de Kamala Harris à la dernière présidentielle américaine, a pris la parole dans l’après-midi. Il a affirmé vouloir que les autorités locales s’occupent de l’enquête et non Washington. «Vous avez les personnes les plus puissantes dans le gouvernement fédéral qui travestissent la réalité, ils publient des photos […] et une photo d’une arme à feu, pour essayer de montrer leur version des faits», a dit le gouverneur démocrate. Le département de la Sécurité intérieure a en effet accompagné son communiqué d’une photo de l’arme que l’individu aurait portée sur lui.
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Dans la foule, un jeune homme de 22 ans, qui préfère rester anonyme, a appris la nouvelle samedi vers 9 heures du matin. Il habite juste à côté des lieux de la tragédie. Il s’est habillé, s’est vite rendu sur place. Son bonnet vert sur la tête et masque à gaz devant la bouche, il raconte à Libération être venu pour contribuer avec son «corps et sa présence» comme il peut pour arrêter cela, ces chasses à l’homme engagées depuis décembre à Minneapolis par les agents de l’ICE. «Personne ne devrait se faire tirer dessus alors qu’ils défendent d’autres personnes, dit-il. Personne ne devrait être enlevé et expulsé, tout le monde a le droit au respect des procédures légales et c’est immoral et maléfique ce qu’ils nous font. Je veux contribuer avec mon corps et ma présence, de quelque manière que je puisse, pour enrayer cette dérive !»
La nouvelle des tirs mortels contre un homme s’est rapidement répandue dans les groupes de messageries et réseaux sociaux des habitants de Minneapolis. Ceux-ci s’organisent depuis des semaines pour contester les opérations de la police de l’immigration. Des manifestations avaient eu lieu après la mort de Renee Nicole Good, une Américaine tuée le 7 janvier à bout portant par un agent de l’ICE, alors qu’elle était sans défense et pacifique. Mais cette dernière mort, qui s’apparente presque à une exécution si l’on en croit les images vidéo, ulcère les habitants.
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Des agents aux allures de milices fascistes
Nombre d’entre eux disent ne pas en revenir qu’une telle horreur puisse se produire dans leur ville. Un peu plus loin, Michael regarde la manifestation, le visage figé. Il promenait son chien lorsqu’il a vu les policiers arriver. Au fil des heures, il a constaté combien la foule grossissait. «Je suis toujours secoué», dit-il, la voix neutre, au débit presque automatique, visiblement encore sous le choc. «C’est tout simplement horrible, une situation horrible.»
La veille, vendredi, une manifestation avait réuni plusieurs milliers de manifestants dans le centre-ville. La colère était présente dans le cortège, mais accompagnée de messages d’amour et d’appels à l’unité sur les pancartes, de musique aussi, et de messages d’espoir pour appeler Washington à retirer l’ICE de la ville.
Ce samedi, face aux agents aux airs de milices fascistes, l’ambiance est tout autre. Les cris sont des cris de désespoir. Les insultes fusent contre eux. Puis des détonations se font entendre, provoquant la panique. Les agents de l’ICE lancent des bombes lacrymogènes et des grenades assourdissantes. La foule se met à courir aussi vite qu’elle peut, à tâtons, pour ne pas glisser sur la glace, alors que la température ressentie est de -15°C. Les voix toussent, les yeux pleurent. Un militant crie et supplie qu’on lui fournisse de la Ventoline, quelqu’un n’arrive plus à respirer. Un autre supplie qu’on lui donne de l’eau. Puis les manifestants retournent sur le lieu de ce nouveau meurtre, les scènes de violence se répètent.
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