Sélectionner une page

Un important trafic de protoxyde d’azote démantelé dans une station de ski en Savoie, plus de 6 000 bouteilles saisies

.

A défaut de neige, un nouveau business pour les stations de ski !

.

Un trafic de protoxyde d’azote a été démantelé dans la station de ski Arc 1800 en Savoie, mercredi 21 janvier. Trois suspects, des ressortissants maltais, ont été interpellés à Bourg-Saint-Maurice et placés en détention provisoire. Au total, 6 325 bouteilles de protoxyde d’azote ont été saisies.

Un important trafic de protoxyde d’azote a été démantelé dans la station de ski d’Arc 1800 en Savoie. Ce lundi 26 janvier, la gendarmerie nationale a annoncé dans un communiqué l’interpellation et le placement en détention provisoire de trois ressortissants maltais impliqués dans ce trafic.

L’opération a été menée par les gendarmes de Bourg-Saint-Maurice et des Arcs à l’issue d’une enquête conjointe placée sous l’autorité du parquet d’Albertville. Le 19 janvier, la Brigade territoriale autonome (BTA) de Bourg-Saint-Maurice est alertée par les services des douanes de Chambéry. Ces derniers signalent la présence de treize palettes de protoxyde d’azote stockées dans des box loués auprès d’une société implantée dans une zone artisanale de la commune.

.

.

Des véhicules suspects

Une enquête préliminaire est alors ouverte, avec l’appui de la brigade de recherches d’Albertville. Les investigations permettent de repérer « le déchargement suspect d’un poids lourd à proximité de la société concernée ainsi que l’implication de trois véhicules de location », précise le communiqué de la gendarmerie.

Les gendarmes parviennent ensuite à retracer les déplacements de ces véhicules « laissant présager un trafic entre la vallée qui leur sert de lieu de stockage et la station de ski Arc 1800 où ils se livrent à la vente du produit« .

Parallèlement, lors d’une intervention pour tapage au sein de la station de ski, les gendarmes de la Brigade avancée des Arcs sont informés de la « présence de bouteilles de protoxyde d’azote et d’individus consommateurs ». Les renseignements recueillis sur place permettent d’établir un lien direct avec le stock découvert dans la vallée.

.

Plus de 6 000 bouteilles saisies

Le mercredi 21 janvier dans l’après-midi, les forces de l’ordre procèdent à l’interpellation de trois ressortissants maltais, immédiatement placés en garde à vue. Les perquisitions menées dans leurs véhicules, leur appartement et les box de stockage permettent « la découverte de bouteilles de protoxyde d’azote parfaitement identiques à celles consommées aux Arcs », souligne le communiqué. Au total, 6 325 bouteilles de protoxyde d’azote sont saisies, pour une valeur marchande estimée à 340 000 euros. Les enquêteurs ont également saisi 5 000 euros et plus de 1 000 livres sterling.

Les trois mis en cause ont comparu lundi devant le tribunal correctionnel d’Albertville dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate. Ils ont sollicité un délai pour préparer leur défense. L’audience a été renvoyée au 23 février prochain et les prévenus seront maintenus en détention provisoire jusqu’à cette date.

.

Weda Valère

.

La consommation de protoxyde d’azote à des fins récréatives interdite en Savoie : une pratique qui « s’accentue » malgré les risques

.

À l’image d’autres départements, la Savoie interdit à son tour la consommation et la détention de protoxyde d’azote dans l’espace public. L’arrêté a été pris alors que l’utilisation détournée de ce gaz est en hausse, a indiqué la préfecture dans un communiqué.

Depuis le 4 décembre 2025, la préfecture de la Savoie a pris un arrêté interdisant la détention et la consommation de protoxyde d’azote dans l’espace public. Une réponse face à la hausse de l’utilisation détournée de ce gaz, notamment par les mineurs, a indiqué Vanina Nicoli, la préfète, dans un communiqué. Depuis quelques années, certains en font usage à des fins récréatives, alors que le produit est destiné au milieu médical et à la restauration.

Ce constat, les policiers municipaux de Chambéry le partagent. « C’est le quotidien des agents de soirée« , témoigne Marie-Laure Reymond, responsable du service opérationnel de la police municipale. « On a une équipe de nuit qui travaille jusqu’à 3h15 du matin. Ils voient de plus en plus ce phénomène s’accentuer. » Au total, plus de 2 500 bombonnes contenant du protoxyde d’azote ont été récupérées dans les rues de la ville.

.

Plus de 2500 bombonnes de protoxyde d'azote ont été ramassées sur la voie publique, à Chambéry, en 2025.
Plus de 2500 bombonnes de protoxyde d’azote ont été ramassées sur la voie publique, à Chambéry, en 2025. 
.

Une interdiction du protoxyde d’azote jusqu’au 1er juin 2026 inclus

C’est pourquoi la préfète a pris un arrêté, comme d’autres départements en France, venant compléter les mesures prévues par la loi du 1er juin 2021. Ce texte interdit la vente ou l’offre de ce gaz dit « hilarant » aux mineurs dans tous les commerces, lieux publics et sur internet. Elle interdit aussi sa vente dans les débits de boissons et tabac. Elle punit également de 15 000 euros d’amende « le fait de provoquer un mineur à faire un usage détourné« .

En complément, l’arrêté préfectoral élargit son interdiction dans le département de la Savoie, jusqu’au 1er juin 2026 inclus, dans l’espace public. Il est ainsi interdit de « consommer le protoxyde d’azote sous toutes ses formes » et de détenir « des cartouches d’aluminium, bonbonnes et bouteille ou tout autre récipient sous pression contenant ce gaz« , mais aussi « le port et le transport » de ces derniers sans motif légitime.

.

Interdire pour être « aussi dans la prévention » au niveau local

Le week-end des 6 et 7 décembre 2025, les forces de l’ordre ont délivré les premières contraventions à Chambéry. L’arrêté « nous permet d’intervenir, de pouvoir verbaliser les personnes, tout simplement. Et donc d’apporter pas la réponse, mais une réponse à ce phénomène« , indique Girolamo Cracchiodo, directeur de la police municipale de Chambéry.

Le maire de Cognin, commune de l’agglomération chambérienne, a aussi pris un arrêté municipal pour interdire la détention et l’utilisation récréative de ce gaz. Le but est d’être « aussi dans la prévention« , selon Franck Morat, le maire (PS) de la commune : « On porte l’attention sur le danger très grave induit par l’usage de ce stupéfiant, c’est-à-dire des incidences neurologiques. »

.

Cognin a également pris un arrêté municipal interdisant également le protoxyde d'azote dans un but "de prévention".
Cognin a également pris un arrêté municipal interdisant également le protoxyde d’azote dans un but « de prévention ».
.

Philippe Arvers, médecin addictologue au centre médical des armées (CMA) à Varces (Isère), affirme que l’on peut considérer l’emploi détourné de ce gaz comme une drogue. « L’utilisation répétée montre qu’au fur et à mesure des prises, on va être enclin à en consommer plus et plus souvent. On va donc observer un phénomène de tolérance, de dépendance. Et puis, il y a aussi des signes de manque, des signes de sevrage, avec des nausées, des vomissements, une accélération du rythme cardiaque. Donc en effet, on trouve les signes d’une réelle dépendance. »

.

Dans un tiers des cas, les séquelles neurologiques seront définitives malgré une rééducation. Dr Philippe Arvers, addictologue au Centre médical des armées

.

À travers les recueils des centres d’addictovigilance, le Dr Arvers dessine le profil des consommateurs, « plutôt des hommes« , « de 22 ans en moyenne« . Un chiffre obtenu « à partir des hospitalisations« . Ce dernier espère un travail des sociologues, de l’observatoire français des toxicomanies pour « mieux comprendre ce phénomène« .

Il rappelle que cette pratique n’est pas récente. « Ça fait bien une quinzaine d’années que l’on en parle. Plus de cinq, six ans que l’on pointe du doigt les conséquences en termes neurologiques. » Le docteur expose : « Petit à petit, si l’on consomme du protoxyde d’azote, notre stock de vitamine B12 au niveau du foie va diminuer, […] ça va pouvoir entraîner des chutes, soit des paralysies progressives et parfois définitives. Car on estime que dans un tiers des cas, les séquelles neurologiques seront définitives malgré une rééducation. » En 2022 en France, on estimait que 14 % des 18–24 ans avaient déjà expérimenté le protoxyde d’azote.

.

Guillaume Gorgeu et Vincent Habran

 

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *