Photo prise lors d’une manifestation, à Washington en septembre 2025.

Une manifestation, à Washington en septembre 2025.
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Il est des moments dans l’Histoire où l’on a le sentiment de vivre un moment de bascule. Ce qui se passe aux États-Unis en ce moment en est incontestablement un..

L’ICE, la police de l’immigration à laquelle Donald Trump accorde toute confiance pour mettre en œuvre sa politique d’expulsions massives, a de nouveau tué à Minneapolis. Aux États-Unis, le fascisme progresse d’autant plus vite que les rouages de sa mécanique ont été savamment huilés par le pouvoir en place, qui n’a cessé de désigner des ennemis de l’intérieur, de tolérer les discours de haine et les appels à la violence, et de criminaliser les oppositions. Ce qui se joue là-bas doit nous alerter ici, car les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Alex Pretti est mort le 24 janvier, abattu de dix balles par des agents de la police des frontières. Quelques jours plus tôt, Renee Good était tuée dans son véhicule par un employé de l’ICE. Deux morts en deux semaines, dans une ville déjà marquée par le meurtre de George Floyd en 2020. Ce n’est pas une série de faits divers. C’est une stratégie délibérée : tendre la situation au maximum de sorte à provoquer la « faute » de la part de ses adversaires et justifier son action répressive.

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Le pouvoir politique et la coercition avancent désormais de concert

Minneapolis n’a pas été choisie au hasard. C’est une ville riche de son tissu associatif, de mobilisations structurées, d’une vraie culture de résistance. Frapper là où la société civile est forte est une constante des régimes autoritaires : il s’agit d’épuiser les solidarités, d’installer la peur comme mode de gouvernement, de tester les limites. Pour l’instant, ce front résiste encore, manifeste, proteste pacifiquement contre un déni flagrant de démocratie. Mais l’épreuve de force est engagée et tout porte à croire que Minneapolis sert de laboratoire à une violence appelée à s’exporter.

Les agissements de l’ICE n’entrent pas dans le cadre de l’État de droit. Ce qui n’empêche pas le vice-président JD Vance de revendiquer l’immunité totale pour ses employés. Le message est limpide – seuls les résultats comptent – et l’objectif clair : arrêter en masse, enfermer hommes, femmes et jusqu’à de très jeunes enfants dans des prisons opaques, hors de tout contrôle démocratique. 40 000 personnes étaient détenues dans les centres de l’ICE à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025, elles sont 73 000 un an plus tard.

Créée en 2003, l’agence est devenue l’une des mieux dotées du pays. Son budget est passé de 6 milliards de dollars en 2016 à 85 milliards aujourd’hui, et 10 000 personnes ont été recrutées en moins d’un an. Elle s’appuie désormais sur des entreprises de la Silicon Valley qui fournissent données et outils de surveillance pour industrialiser la traque. Le pouvoir politique, la technologie et la coercition avancent désormais de concert.

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L’extrême droite américaine est l’affaire de toutes et tous

Ce qui se passe aux États-Unis nous concerne. D’abord parce que Donald Trump a des relais français dans les milieux économiques et qu’ils nous couvrent de honte. Cette semaine encore, on a appris que Capgemini avait décroché un contrat de 365 millions de dollars, avec des bonus indexés sur le nombre d’interpellations, pour aider l’administration américaine à localiser des migrants. Et comme si ce n’était pas suffisamment scandaleux, l’entreprise hexagonale affiche fièrement sa « prouesse » technique sur son propre site internet, vantant la « minimisation du temps et du coût » des opérations de l’ICE.

Nous pourrions être les prochains à voir nos digues démocratiques céder. Force est de constater qu’elles sont de plus en plus fragiles. Marion Maréchal Le Pen évoque Donald Trump sur France Inter avec admiration, assume de le prendre toujours en exemple et présente la mort d’Alex Pretti comme un simple « accident ». D’autres, à l’image d’Arno Klarsfeld, appellent ouvertement à des « rafles » ciblant des personnes sous OQTF. Autant de discours de haine exprimés par les porte-paroles français du trumpisme, qui a lentement mais sûrement tissé sa toile dans notre sphère politico-médiatique depuis 10 ans.

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« Nous pourrions être les prochains à voir nos digues démocratiques céder. Force est de constater qu’elles sont de plus en plus fragiles. »

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Ce n’est pas pour rien si Steve Bannon, ancien bras droit de Trump et influent porte-parole de la droite dure américaine, souhaite une victoire à la prochaine présidentielle française de Marine Le Pen, capable selon lui de « vraiment tuer l’Union européenne ». Ce n’est pas pour rien si Jordan Bardella et son groupe au Parlement européen ont voulu décerner le Prix Sakharov du Parlement européen à Elon Musk – prix récompensant les défenseurs des droits humains… Ce n’est pas pour rien si Éric Zemmour, Sarah Knafo et Marion Maréchal Le Pen se sont précipités à la cérémonie d’investiture de Donald Trump, de même que le maire de Perpignan Louis Aliot, accompagné pour le RN par plusieurs députés du parti de Marine Le Pen.

Les extrêmes droites européennes sont les relais de la politique de Trump. Et ce que promet le Rassemblement national comme certains de ses alliés de droite de plus en plus radicalisée, c’est plus de répression et de violence vis-à-vis des personnes étrangères et racisées, à l’image de ce que l’on observe actuellement aux États-Unis.

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Face à la menace mortelle – au premier degré, nous le voyons aux États-Unis – qui nous guette, nous refusons la paralysie qui saisit depuis trop longtemps une partie de la classe politique et des « élites » économiques, médiatiques et culturelles.

À l’appel du collectif La Digue, je serai ce mercredi 28 janvier à 18h30 au 37 quai d’Orsay pour un rassemblement en solidarité avec le peuple états-unien. Qu’il sache que nous sommes à ses côtés pour défendre les droits et les libertés. C’est aussi l’occasion d’envoyer un message clair à l’extrême droite française : nous sommes debout et nous ne laisserons pas notre pays tomber entre vos mains.

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