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Culture

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Soulèvements de la Terre : un film déconstruit « la figure de l’écoterroriste » collée aux militants

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Retour sur  » Soulèvements  » en avant première, au Cinéma Le Pestel , salle comble… par Écologie au Quotidien Rhône-Alpes

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Dans « Soulèvements », le réalisateur Thomas Lacoste donne la parole, face caméra, à seize membres des Soulèvements de la Terre. On y découvre la diversité, l’inventivité du mouvement… et la répression dont il fait l’objet.

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Elles et ils ont été qualifiés d’« écoterroristes », surveillés par la DGSI et menacés de dissolution par le gouvernement. Les Soulèvements de la Terre incarnent l’un des exemples les plus marquants de criminalisation des luttes écologiques de ces dernières années. Dans son documentaire Soulèvements en salles mercredi 11 février, Thomas Lacoste fait voler en éclats cette campagne de disqualification, relayée par une partie des médias.

Le réalisateur donne la parole, face caméra, à seize membres du mouvement. Les militants racontent ce qui est systématiquement invisibilisé : une organisation collective, ancrée dans les territoires, qui expérimente d’autres manières de vivre, de lutter et de faire monde pour défendre les communs face à l’artificialisation des sols et l’accaparement des terres et de l’eau. Ce contre-récit puissant invite les détracteurs du mouvement à aller voir par eux-mêmes et surtout, donne envie de lutter.

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Vous avez décidé de faire ce long-métrage alors que vous finissiez tout juste une trilogie sur le mouvement indépendantiste basque ETA et la difficile sortie du conflit. Pourquoi vous êtes-vous ensuite intéressé aux Soulèvements ?

Thomas Lacoste — Je venais de terminer ce travail sur le Pays basque, qui retrace quatre-vingt ans de lutte et explore comment les populations peuvent en sortir dignement. Au printemps 2023, j’ai été frappé par la répression dont Les Soulèvements de la Terre ont fait l’objet : la violence déployée par les gendarmes pendant la manifestation de Sainte-Soline puis les deux vagues d’arrestations menées par la police antiterroriste et la volonté de Gérald Darmanin de dissoudre le mouvement.

Au Pays basque, j’avais accompagné la défense de plusieurs personnes engagées dans le processus de paix et je connaissais le fonctionnement du parquet national antiterroriste. Voir cet outil appliqué à un mouvement écologiste m’a profondément choqué. Je leur ai d’abord proposé de les aider dans leur stratégie de défense mais j’ai vite compris qu’ils étaient déjà très bien organisés et n’avaient pas besoin de moi. C’est de là qu’est né le projet de documentaire.

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«  Chacun peut participer selon ses compétences, ses envies, ses moyens.  » 


Face à la répression et à la criminalisation du mouvement, comment avez-vous établi un lien de confiance et fait témoigner seize militants à visage découvert ?

J’étais extérieur aux Soulèvements de la Terre et ils découvraient en même temps l’ampleur de la surveillance policière à leur encontre, ça a été très compliqué pour eux. Mais plusieurs connaissaient déjà mon travail sur le Pays basque, ce qui a aidé. Ensuite, en octobre 2023, ils m’ont donné accès à l’ensemble de leurs archives visuelles et sonores, ça a été une marque de confiance très forte.

J’ai pu interroger toutes les personnes que je souhaitais, personne n’a refusé de témoigner. Cela m’a permis de montrer la grande diversité du mouvement avec des gens engagés dans une lutte un peu partout sur le territoire et surtout avec des savoir-faire variés.
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Qu’il s’agisse de leur connaissance du vivant, de leurs compétences en autoconstruction, de leur expertise juridique ou de leur culture politique, vous montrez comment les membres des Soulèvements arrivent à créer de véritables réseaux de subsistance.

Dans le film, on voit cette paysanne qui ravitaille les luttes et qui, via un des greniers solidaires, est capable avec d’autres de fournir 100 000 repas. Il y a aussi ce fils et son père qui s’occupent de la logistique pour préparer un camp à proximité du chantier de l’A69, ils élargissent les chemins pour permettre l’accès, dressent les chapiteaux… On voit également un paysan qui apprend à d’autres à fabriquer ses propres outils agricoles, cette juriste qui accompagne ses camarades en cas de problème avec la police…

Cette diversité montre qu’il existe mille et une façons de rejoindre Les Soulèvements, sans être forcément en première ligne lors des manifestations. Chacun peut participer selon ses compétences, ses envies, ses moyens. Tous ces partages de savoirs et d’outils illustrent l’importance de prendre soin les uns des autres au sein du mouvement et permettent de développer des réseaux de subsistance.

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«  Il existe mille et une façons de rejoindre Les Soulèvements, sans être forcément en première ligne lors des manifestations  », dit Thomas Lacoste. Sister Productions

Cela se traduit aussi par une grande inventivité, que ce soit installer une zad en haut d’un glacier à 3 400 mètres d’altitude pendant une semaine, désarmer des mégabassines avec des lentilles d’eau larguées par un cerf-volant…
https://youtu.be/CC5sKvkiEVw

 

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On ressent beaucoup la puissance d’agir des personnes que vous avez interrogées, qu’elles aient 20 ans ou 70 ans…

Je voulais montrer que la lutte n’est pas réservée à certains militants, ni à une tranche d’âge en particulier. Dans le film, on voit des personnes de 20 comme de 70 ans. Certaines n’avaient jamais manifesté mais elles sont toutes animées par un attachement profond au territoire et au vivant. Cet amour-là n’est pas abstrait : il donne une force immense, presque vitale, pour tenir face à la répression et pour inventer d’autres manières de lutter. Cette puissance d’agir naît du collectif, du soin apporté aux autres, du sentiment de ne plus être seul.

Et cette énergie déborde largement du film. Lors des avant-premières, j’ai discuté avec des jeunes qui me disaient que le documentaire était une bouffée d’oxygène, qu’ils avaient compris que c’était possible de lutter. À Nantes, un jeune de 12 ans a demandé s’il était possible de le diffuser dans l’ensemble de son collège car il était convaincu qu’il allait faire du bien à ses camarades. À l’inverse, des gens très éloignés des Soulèvements découvrent un mouvement à milles lieues de l’image d’« écoterrorisme » qu’on a imposée. Finalement, c’est un film pour réconcilier les gens.

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Vous avez fait le choix d’alterner des témoignages face caméra en plan fixe, des images d’archives et des séquences plus contemplatives. Pourquoi cette mise en scène très réduite ?

Je voulais créer les conditions pour entendre cette parole le mieux possible. Le plan fixe permet de laisser du temps aux personnes pour exprimer leur pensée et pour permettre aux émotions de surgir. Entre ces séquences, j’ai ménagé des interludes d’images comme l’œil d’un cheval qui a été le témoin de Sainte-Soline, ou la floraison lente d’un chêne dans le vent. Ces images ne sont pas décoratives, j’ai voulu filmer le vivant avec la même intensité, la même dignité que les personnages pour montrer qu’il fait pleinement partie du récit. À l’écran, les humains comme les non-humains sont placés sur un plan d’égalité. C’est une façon de rendre sensible ce que défendent Les Soulèvements de la Terre : une relation concrète avec un territoire et d’autres formes de vie.

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«  J’ai utilisé des images d’archives en noir et blanc pour mettre de la distance  », dit le réalisateur à propos des manifestations. Sister Productions

J’ai aussi fait le choix de ne pas filmer directement les manifestations, pour éviter de replonger dans le traumatisme de Sainte-Soline. À la place, j’ai utilisé des images d’archives en noir et blanc pour mettre de la distance. Ces images d’archives racontent une mémoire collective, celle d’une société qui s’acharne contre sa propre jeunesse engagée dans la défense de l’intérêt général.

Votre documentaire montre que la lutte des Soulèvements de la Terre s’est étendue à l’extrême droite et la fascisation du monde. Dans ce contexte, avez-vous rencontré des difficultés pour trouver des financements ?

Oui, ça a été compliqué, surtout parce qu’il y avait urgence à le diffuser rapidement. Face à l’acharnement répressif à partir du printemps 2023, il fallait déconstruire la figure chimérique de l’écoterroriste imposée par l’État pour montrer la réalité : un mouvement solidaire et inventif que l’on veut terroriser pour décourager le plus grand monde. Nous nous sommes donnés dix-huit mois entre le début de la production et la fin de la post-production, c’était un rythme très rapide.

Pour le financer, nous sommes d’abord passés par des fondations privées avant de recevoir l’aide de la région Nouvelle-Aquitaine et finalement France Télévisions a acheté le documentaire, c’était inespéré. Grâce au service public, le film pourra être diffusé au plus grand nombre, un an après sa sortie en salles.

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Soulèvements, de Thomas Lacoste, 1 h 45, en salles le 16 février 2026.

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