
.
Mort de Quentin D. : « Est-ce cela la gauche ? Massacrer, en groupe comme des lâches, un adversaire politique ? »
.
.
Roué de coups par des militants antifascistes en marge d’une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon, Quentin D., 23 ans, a succombé à ses blessures. Dans une tribune, le politologue Paul Ariès et le syndicaliste retraité Daniel Grillon expliquent pourquoi, selon eux, la gauche ne doit surtout pas tolérer cette violence.
À Lyon, en marge de la conférence de la députée européenne LFI Rima Hassan, des individus de la mouvance antifa ont sauvagement agressé un jeune homme de 23 ans. Il en est mort.
Il paraît que c’était un « fasciste » et pourtant il a subi le sort que les syndicalistes et les militants ouvriers subissaient en Italie en 1924, agressés dans les rues à coup de « manganello » par des bandes de « squadristes ». Est-ce cela la gauche ? Massacrer, en groupe comme des lâches, un adversaire politique, même d’extrême droite ?
.
Les leçons du Parti communiste italien
Non la gauche, ce ne peut être cela. Ceux qui radicalisent et hystérisent tout débat et n’hésitent pas à créer une situation de guerre civile larvée dans le pays, portent de lourdes responsabilités en encourageant par leur silence, et parfois par des mots, l’usage de la violence politique, d’abord contre des biens matériels, ensuite contre des personnes. Oui, guerre civile larvée car imaginons ce que feront ces milices si, pour notre malheur, Jordan Bardella gagnait l’élection présidentielle de 2027 ?
Ces gens vivent dans un délire politique. Ils ne craignent pas la guerre civile, ils en rêvent et ils trouvent des gens à gauche pour les encourager. Ah ! Pouvoir enfin affronter la bête immonde, cette extrême droite haïe ! Quel magnifique projet politique et si on pouvait aussi par la même occasion se débarrasser des affreux « sionistes », ce serait merveilleux.
Si aucune réaction de la gauche à la hauteur n’a lieu rapidement, nous entrerons dans une phase politique incontrôlable. Souvenons-nous des années de plomb italiennes, de la « stratégie de la tension ». À cette époque, le Parti communiste italien (PCI) et son secrétaire général Enrico Berlinguer avaient su agir comme il le fallait : refus de toute collaboration avec ceux qui à gauche prônaient ou soutenaient la violence politique. Il est encore temps de le faire. Si on ne le fait pas, non seulement nous aurons l’extrême droite au pouvoir en France, mais nous n’aurons plus de gauche.
.
Refuser la violence politique
Le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon vient assombrir encore un peu plus le paysage politique français et renforce la nécessité d’un sursaut démocratique à quatorze mois de l’élection présidentielle.
La mort de Quentin Deranque, samedi 14 février, à Lyon, deux jours après qu’il a été frappé lors d’affrontements entre « deux groupes antagonistes », selon l’expression du ministre de l’intérieur, jette une lumière crue sur le climat politique de notre pays. Personne en France ne devrait être inquiété, a fortiori perdre la vie, pour ses opinions. Le simple fait qu’il soit nécessaire de rappeler ce fondement d’une société démocratique et de la paix civile est alarmant.
.
Militant d’extrême droite, l’étudiant de 23 ans a été jeté au sol et frappé par « au moins six individus » masqués et encagoulés, jeudi, en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan (La France insoumise, LFI) à Lyon, a indiqué, lundi, le procureur de la République. Ni le résultat de l’autopsie pratiquée lundi, qui fait état de « lésions à la tête », « au-delà de toute ressource thérapeutique et mortelles à brève échéance », ni les chefs d’« homicide volontaire » et de « violences aggravées par trois circonstances : réunion, masqué et port d’armes », sur lesquels l’enquête a été ouverte, ne laissent de doute. Quentin Deranque a été battu à mort.
Celui ou ceux qui l’ont tué n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République. L’identification des auteurs par les enquêteurs et leur incrimination par la justice devraient permettre d’éclaircir leurs liens éventuels avec des groupes politiques. Le gouvernement désigne l’« ultragauche » et en particulier le groupuscule la Jeune Garde, créé à Lyon en 2018 et proche de LFI.
.
Impasses mortifères
Ces événements semblent indissociables de l’agglomération lyonnaise où, depuis une quinzaine d’années, les exactions de groupuscules d’extrême droite ont suscité la mobilisation de militants d’extrême gauche. La montée des affrontements, notamment dans le Vieux Lyon, a été favorisée par le long refus de l’ancien maire, Gérard Collomb, d’affronter les activistes d’extrême droite. La présence persistante de hooligans identitaires ou néofascistes dans le sillage de l’Olympique lyonnais, dont l’ancien président, Jean-Michel Aulas, est aujourd’hui candidat d’opposition à la mairie de Lyon, a aussi participé à cette montée des violences. Plus largement, la politique de « dédiabolisation » entreprise par Marine Le Pen a eu pour effet mécanique de repousser certains des éléments les plus radicaux du Rassemblement national vers des groupuscules ; ce qui a renforcé ces derniers et provoqué la mobilisation en retour des antifas.
A un mois des élections municipales, à quatorze mois d’un scrutin présidentiel sur lequel plane la menace d’un succès de l’extrême droite, alors que l’exécutif est paralysé par la perte de sa majorité et que le Parlement offre trop souvent un spectacle de désordre, le drame de Lyon assombrit un peu plus le paysage politique et renforce la nécessité d’un sursaut démocratique. La rhétorique du « eux ou nous », la stratégie du chaos, encouragée par la brutalité des réseaux sociaux et l’immédiateté de l’information auprès d’une opinion publique émiettée, sont des impasses mortifères. Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence.
.
Le Monde
|
|
Suite à la mort d’un militant fasciste à Lyon, l’extrême droite et ses alliés cherchent à récupérer cet évènement pour criminaliser l’antifascisme. Dans le même temps, la gauche institutionnelle se contente de condamner, de façon générique, « toutes les violences ». Plus que jamais, nous devons faire front pour affirmer l’urgence d’un antifascisme populaire, et l’impératif pour notre classe de pouvoir se défendre face aux violences de l’extrême droite.
Dans la soirée du jeudi 12 février, Quentin Deranque, militant fasciste a été hospitalisé dans un état grave. Membre du groupe néofasciste les Allobroges Bourgoin et du service d’ordre de Némésis, il était également passé par l’Action Française. Son décès a été confirmé 48h plus tard, quelques heures avant que la presse ne dévoile des témoignages de commerçant·es et d’habitant·es corroborant une vidéo filmée depuis une fenêtre qui montre un passage à tabac, faisant suite à une bataille rangée . Des enquêtes journalistiques sérieuses, qui ne se contentent pas de reprendre le narratif de l’extrême droite, sont encore en cours et de nombreux points d’ombre restent à éclaircir. Quoi qu’il en soit, ce décès ne peut pas être étudié politiquement hors du contexte qui a mené à l’événement.
Depuis des années, de nombreuses associations, organisations syndicales, partis politiques, habitant·es et commerçant·es de Lyon se mobilisent au sujet de l’augmentation des violences commises par l’extrême droite. Combien d’agressions de personnes racisées ? De personnes LGBTI ? De syndicalistes ? De militant·es associatif·ves ou politiques ? De locaux ? Combien de passages à tabac ? Combien d’attaques armées ? Combien d’hospitalisations ?
Depuis des années nous avons collectivement alerté sur l’implantation de groupes fascistes, ayant pignon sur rue, s’entraînant dans une salle de combat mitoyenne au bar La Traboule, ou dans des camps d’été paramilitaires, sur les trop nombreuses manifestations d’appel à la haine, mais aussi sur la complicité des pouvoirs publics. En effet la police est régulièrement absente lors d’événements comme celui de jeudi lorsque les conférences de l’extrême droite sont toujours protégées par un dispositif particulièrement important.
Pendant que les militantes de Némésis provoquent le buzz en organisant des « happening » médiatiques, les militants néofascistes de Lyon se préparent à tuer et à mourir pour leur cause. Leurs chefs forment des combattants radicalisés et disciplinés, pour les envoyer en première ligne affronter les services d’ordre que l’ensemble des mouvements sociaux de Lyon sont bien obligés de mettre en place pour se protéger.
Que dans ce contexte des groupes antifascistes se soient formés au fil des années à Lyon pour participer à l’autodéfense collective et populaire est une évidence.
Le sort du jeune militant fasciste est pour l’extrême droite l’occasion de construire la figure d’un martyr et de redoubler de violence. Dans les jours qui ont suivi jeudi soir, de nombreux locaux appartenant à diverses organisations syndicales et politiques de gauche partout en France ont été saccagés, notamment LFI mais aussi ceux de Solidaires Rhône, ainsi que La Plume Noire, librairie autogérée tenue par l’UCL à Lyon, déjà attaqué de nombreuse fois. Des Croix gammées ont été taguées place de la République à Paris, et des Croix celtiques partout en France. Les menaces et appels à la violence physique se sont multipliés envers des militant·es, dont certain·es ont été identifié⋅es publiquement et jeté⋅es en pâture. Ce qu’espère maintenant la fachosphère, c’est pouvoir se livrer à leurs exactions avec une intensité renouvelée tout en s’appuyant sur le narratif mensonger du « terrorisme d’extrême-gauche » de sorte à être cautionnés politiquement.
Les partis et personnalités politiques de gauche qui ont dénoncé « toute forme de violence physique » sont tombés dans le piège tendu par l’extrême droite. Ce discours pacifiste béat renvoie dos-à-dos une violence fasciste qui dure depuis plus de quinze ans à Lyon en ciblant tout ce qui déplait aux suprémacistes blancs, et un événement qui nourrit une campagne politique détestable de criminalisation de l’antifascisme. Jean Messiha appelle à « éradiquer les raclures » antifascistes, la fachosphère appelle à faire de nouveaux Clément Méric, des élu·es de droite et d’extrême droite appellent à classer les groupes antifas comme terroristes. Et que fait la gauche ? Elle adresse ses pensées aux « amis » de la victime et criminalise l’antifascisme. Certains surenchérissent même jusqu’à vider le mot fasciste de toute substance politique en en faisant un simple synonyme de « violence » qu’on pourrait alors attribuer à n’importe qui, y compris les antifascistes.
L’UCL ne sombrera pas dans cette démagogie confortable mais inconséquente. Nous rappelons avec force une réalité tenace : c’est d’abord l’extrême droite qui tue et qui instaure ce climat de violence, à Lyon, en France, et dans le monde entier. Nous dénonçons avec force le retournement de situation que l’extrême droite est en train de parvenir à imposer en parlant d’un « lynchage », terme renvoyant aux explosions racistes de masse visant les personnes noires aux États-Unis. L’utiliser pour parler des coups reçus par un suprémaciste blanc est un retournement mortifère et raciste.
Oui, l’extrême droite tue : noyés de la Deule, Brahim Bouraam, Clément Méric, Federico Aramburu, Mahamadou Cissé, Djamel Bendjaballah, Rochdi Lakhsassi, Hichem Miraoui tué de 5 balles à Puget-sur-Argens en 2025… Les personnes assassinées auraient-elles dû être d’extrême droite pour susciter un hommage national ? Où sont les condoléances pour les victimes et les hommages nationaux quand Frédéric Grochain, prisonnier politique kanak, meurt dans sa cellule à des milliers de kilomètres de son pays le 6 février dernier ? Où sont les larmes des partis et des médias qui ont pleuré Quentin Deranque devant le meurtre raciste de Ismaël Aali, en début d’année 2026 dans la même ville ?
L’UCL défend un antifascisme social et populaire basé sur la construction de mouvements sociaux de masse, dont la force est le nombre, pas la violence. Cependant, renoncer par principe à la confrontation c’est se condamner à l’impossibilité de militer dans l’espace public. Si nous renonçons à protéger nos manifestations, nos réunions publiques, nos diffusions de tracts, alors nous renonçons à intervenir politiquement car l’extrême droite ne renoncera pas à nous attaquer, et c’est en cela qu’elle ne peut être considérée comme une idéologie politique comme les autres.
En désignant à la vindicte « les antifas », ces éléments de la gauche parlementaire hurlent avec les loups. Ils se mettent en situation de ne plus pouvoir demain défendre les mouvements antifascistes menacés par la répression d’État.
Pourtant, plus que jamais, nous avons besoin de faire bloc et de tenir la ligne.
Face aux fascistes, pas un pas en arrière.
Philippe Borel le 17 février 2026.