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Palestine

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Cisjordanie : de nouvelles mesures foncières israéliennes propose une annexion violente du territoire palestinien

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L’ONU, comme plusieurs pays arabes et l’Union européenne, a dénoncé, lundi, la décision d’Israël d’accélérer le processus d’enregistrement foncier en Cisjordanie, une semaine après que l’Etat hébreu eut approuvé un texte facilitant les achats et vols de terres par les colons israéliens.

16 février 2026
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L’Organisation des nations unies (ONU), tout comme plusieurs pays arabes et l’Union européenne, a dénoncé, lundi 16 février, l’adoption par Israël de nouvelles mesures foncières renforçant son contrôle sur la Cisjordanie, dernière décision en date faisant craindre une annexion du territoire palestinien.

Une semaine après avoir approuvé un texte facilitant les achats  et vols de terres par les colons, le gouvernement israélien a décidé, dimanche, d’accélérer le processus d’enregistrement foncier en Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967.

Le ministère des affaires étrangères israélien a précisé que la mesure visait « à mettre de l’ordre dans les procédures d’enregistrement foncier » et permettrait « une clarification transparente et approfondie des droits afin de résoudre les litiges juridiques ». Il a accusé l’Autorité palestinienne de mener elle-même « des procédures d’enregistrement foncier illégales » dans des zones censées se trouver sous contrôle israélien en vertu des accords d’Oslo.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé lundi Israël à « revenir immédiatement » sur ces mesures, qui « ne sont pas seulement déstabilisantes mais, comme l’a rappelé la Cour internationale de justice, illégales ».

L’Union européenne a, elle aussi, souligné que « l’annexion [de la Cisjordanie] est illégale au regard du droit international », tandis que le roi Abdallah II de Jordanie a dénoncé des « actions illégales » qui visent à « imposer [l]a souveraineté [de l’Etat hébreu] sur les terres palestiniennes » et menacent « d’aggraver le conflit » israélo-palestinien.

Annexion rampante

La nouvelle disposition prévoit le financement à hauteur de 244 millions de shekels (près de 67 millions d’euros) d’une opération de régularisation des titres fonciers dans la zone C, sous contrôle israélien, qui représente environ 60 % du territoire de la Cisjordanie, a expliqué l’ONG israélienne La Paix maintenant, opposée à la colonisation.

Cette procédure, selon l’ONG, pourrait revenir à déposséder des Palestiniens de certaines terres sur lesquelles ils sont installés mais dont les titres de propriété ne sont pas clairement établis, et à les enregistrer au nom de l’Etat israélien.

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« Beaucoup de Palestiniens, qui considèrent des terres comme les leurs, découvriront qu’elles ne leur appartiennent pas en vertu du nouveau processus d’enregistrement », a déclaré lundi, Yonatan Mizrachi, codirecteur de La Paix maintenant. « Il y avait beaucoup d’ambiguïtés concernant ces terres, et Israël a décidé à présent de s’en occuper », a-t-il ajouté, en dénonçant une annexion rampante. « Israël a décidé d’annexer la Cisjordanie et l’a déjà annexée », a-t-il déclaré.

Le 8 février, Israël avait déjà annoncé des mesures, largement condamnées à l’étranger, étendant son autorité sur l’ensemble du territoire, divisé en trois zones – A, sous contrôle palestinien ; B, mixte ; et C, sous contrôle israélien – en vertu des accords d’Oslo datant des années 1990.

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Ces mesures visent à rendre plus faciles les achats de terres  et vols pour les colons israéliens, avec notamment l’abrogation d’une loi datant de plusieurs décennies qui interdisait aux Juifs d’acheter directement des terres en Cisjordanie. Elles doivent aussi permettre aux autorités israéliennes d’administrer certains sites religieux, même lorsqu’ils sont situés dans des zones placées sous le contrôle de l’Autorité palestinienne.

L’Autorité palestinienne a « condamné avec force » la décision adoptée dimanche et a rejeté « toute tentative de désigner des terres de Cisjordanie comme “territoire public” sous contrôle de la force d’occupation ». Elle a jugé ces mesures « légalement invalides » et revenant au « début de facto d’un processus d’annexion ».

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L’Arabie saoudite a dénoncé une atteinte « aux efforts en vue de la paix et de la stabilité dans la région », tandis que l’Égypte a condamné « une escalade dangereuse » et le Qatar « une extension des projets [d’Israël] de priver le peuple palestinien de ses droits ».

La colonisation s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite, depuis 1967. Elle s’est nettement intensifiée sous l’actuel gouvernement d’  extrême Droite dirigé par Benyamin Nétanyahou, l’un des plus fascisant de l’histoire d’Israël, en particulier depuis le début de la guerre à Gaza, le 7 octobre 2023. Hormis Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, plus de 500 000 collons  Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie dans des colonies que l’ONU juge illégales au regard du droit international, au milieu de quelque 3 millions de Palestiniens.

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Cette image tirée d’une vidéo diffusée par Palestine TV montre deux Palestiniens agenouillés devant les forces israéliennes peu avant d’être abattus lors d’une opération militaire à Jénine, en Cisjordanie, le 27 novembre 2025. 

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Les méthodes d’Israël pour imposer un régime de terreur inédit en Cisjordanie

Cela s’appelle un état de terreur. Et il se mesure là, dans les yeux, dans les mots, dans les silences des habitants de Kafr Aqab, un quartier situé sur la route entre Jérusalem et Ramallah. Quelques heures plus tôt, ce vendredi 21 novembre, deux Palestiniens de 16 et 18 ans ont été tués au carrefour de plusieurs rues commerçantes par des soldats de la police des frontières, l’équivalent militarisé de la gendarmerie, très active en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.

Officiellement, les policiers se sont trouvés confrontés à une scène d’émeute, avec des jets de pierres et des tirs de feux d’artifice. La police, soutenue par un sniper positionné dans un immeuble à moitié désaffecté à proximité, a tiré, touchant de quatre à six personnes, selon les sources. Deux d’entre elles sont mortes, l’une après s’être lentement vidée de son sang sur le bitume faute d’autorisation donnée par les soldats pour venir la soigner.

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Créer un état de peur permanent

Les Palestiniens ont peur. De l’armée. De la police. Du Shin Bet (le renseignement intérieur). Des colons. Des arrestations. Des interrogatoires. De la prison. Des checkpoints. Des patrouilles. Même de prendre la route entre les différentes villes de Cisjordanie. « Les soldats viennent, ils ferment la rue. Souvent, ils tirent des gaz lacrymogènes, parfois avec leurs armes. Sans raison. Ils nous terrorisent », dit l’employé d’un restaurant en priant de ne donner aucune indication sur son identité, comme la dizaine de commerçants interrogés autour du carrefour de Kafr Aqab où les deux jeunes hommes ont été tués. « Ce qu’ils cherchent, c’est à nous terrifier, et ils y arrivent : j’ai peur », dit un autre, quinquagénaire, en expliquant rêver d’un asile en Espagne. « Ils veulent nous faire partir », affirme un troisième. « Le sang palestinien coule, mais ne vaut rien. Personne ne leur dit d’arrêter », note un quatrième. « Ils n’ont plus de respect pour personne, ni les vieux, ni les enfants, ni les femmes », relève un cinquième, effaré.

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Ces mots s’entendent à Ramallah, Bethléem, Sinjil, Naplouse, Tourmous Aya ou Tubas. Dans toute la Cisjordanie en réalité. Car, si l’occupation militaire par Israël est en cours depuis 1967, elle a profondément changé de nature depuis la prise de pouvoir d’une coalition de droite et d’extrême droite, autour du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, à la fin de 2022, selon de nombreuses sources palestiniennes et israéliennes. Le mouvement s’est accentué depuis le 7-Octobre et l’attaque du Hamas en Israël qui a fait plus de 1 200 morts, à l’origine d’une riposte militaire massive en Cisjordanie, en plus de celle qui a provoqué la mort de quelque 70 000 personnes à Gaza.

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Hélicoptères d’attaque

Les chiffres parlent dans leur froideur. En deux ans, 1 043 Palestiniens ont été tués par les balles des militaires ou, plus rarement, par les armes ou les bâtons des colons juifs. Plus de 10 000 autres ont été blessés, selon les décomptes du bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’Organisation des Nations unies (ONU). Sur la même période, 59 Israéliens ont été tués, 315 blessés en Cisjordanie et en Israël. « L’augmentation du nombre de victimes des tirs militaires est directement liée à l’assouplissement des règles d’engagement et à l’adoption de pratiques de combat issues de Gaza, qui augmentent les risques pour les civils », déclarent 12 ONG israéliennes dans un rapport commun publié le 1er décembre.

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Vingt femmes palestiniennes ont été tuées, notent les ONG, ainsi que sept personnes handicapées et plus de 200 mineurs. L’armée ne cherche pas vraiment à masquer l’évolution de ses règles d’engagement. Envoyer une pierre en direction de soldats est considéré comme un « acte terroriste » et peut justifier l’usage de la force militaire.

Le débat sur la peine de mort, lancé par le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir (extrême droite religieuse), qui veut l’instaurer pour les « terroristes » palestiniens, est dépassé en Cisjordanie : dès lors que les militaires sont en situation supposée de « combat réel », l’usage des armes est, a priori, légitime. Y compris en utilisant des hélicoptères d’attaque, comme ces derniers jours à Qabatiya. Ou en rasant presque intégralement des camps de réfugiés, rendus inhabitables, comme à Jénine ou à Tulkarem, début 2025, des images qui ont profondément marqué les esprits et rappelé les destructions de Gaza.

Une méthode efficace aux yeux de l’armée : « Nous savons que le nombre d’activités terroristes menées de Jénine et Tulkarem a diminué d’au moins 50 % grâce à l’opération que nous menons depuis le 25 janvier », dit une source militaire officielle. L’armée se dit prête à franchir des crans supplémentaires : lors de ses derniers exercices d’ampleur, en Cisjordanie, mi-novembre, elle a ainsi préparé des scénarios de frappes aériennes en cas d’attaque importante. (… )

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APPIS, avec doc. ONU et tribune de Genève

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