Alexia de Montgolfier, la bifurqueuse
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L’étudiante en architecture de 23 ans est la présidente d’Equinoxe, jeune parti écolo réaliste inspiré par Jean-Marc Jancovici.
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Elle ne veut pas avoir à jouer des coudes. C’est pourquoi elle évite les jours de marché et les militants chargés de tracts qui se disputent les électeurs. Elle est de sortie quand les autres font relâche. Très grande et très souriante, Alexia de Montgolfier est, à 23 ans, la présidente d’Equinoxe, une petite organisation qui prône la sobriété et cultive la convivialité. Fondé en 2021 par de jeunes ingénieurs plus préoccupés du sort de la biodiversité que de celui de la croissance, ce parti revendique près d’un millier d’adhérents à jour de cotisation. Pas si mal par les temps qui courent, avec une jeunesse abstentionniste qui se détourne des formes d’engagement traditionnelles. Environ cent cinquante de ces adhérents seront engagés dans les batailles municipales, la plupart dans de petits bourgs, sur des listes sans étiquette. Mais aussi à Paris dans les Ve et XIe arrondissements, à Rennes ou encore à Grenoble sur une liste commune avec Place publique.
Sympathique mélange d’humilité et de témérité, Alexia de Montgolfier interroge les électeurs sur leurs insatisfactions et leurs rêves. Cette étudiante en architecture leur parle de la nécessité de «recréer du lien» en développant des «tiers-lieux» où l’on peut se poser, discuter, travailler. Elle leur raconte son petit parti écolo fondé sur le rejet de «la démesure». A l’origine de l’aventure, un petit groupe de jeunes ingénieurs «bifurqueurs» qui ne voulaient pas se laisser embarquer dans des carrières de cadres sup sans états d’âme. Diplômé de Polytechnique, formé à AgroParisTech, le fondateur d’Equinoxe Anatole Reverbori est ouvrier agricole en Bretagne, dans une exploitation de vaches laitières. Il s’installera bientôt lui-même comme éleveur.
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Les écologistes ? «Ils ont été des lanceurs d’alerte courageux, mais ils ont atteint leurs limites», répond la jeune présidente. Elle se range clairement dans la catégorie des «réalos» pragmatiques. Comme tous ses camarades, elle a été à l’école de Jean-Marc Jancovici, le médiatique théoricien d’une inévitable décroissance. «C’est quelqu’un d’important pour nous.» A peine sortie de l’adolescence, elle regardait toutes ses interventions sur YouTube. Son père, directeur commercial, est un «fan absolu» : «Il a offert à la terre entière sa fameuse BD [“le Monde sans fin”, avec Christophe Blain, ndlr].»
Avec Jancovici, Equinoxe proclame que la sortie des énergies fossiles passe nécessairement par le nucléaire. Pour autant, Alexia de Montgolfier ne se définit pas comme une «jancoviciste» : «La décarbonation, c’est un mot d’ingénieur. On ne fait pas rêver les gens avec ça.» Elle se réfère plus volontiers à Ivan Illich, penseur de la «société conviviale» qui mettait en garde contre la «surcroissance» dès les années 70 ou encore à Hannah Arendt quand elle théorise l’importance politique de l’amitié. Sans négliger, pour autant, les pénibles priorités du moment : le «contre budget» élaboré par Equinoxe prône la sobriété budgétaire et une diminution significative des retraites des plus aisés. Montgolfier s’étonne que les responsables politiques s’accommodent si facilement de la supériorité des revenus des retraités sur ceux des actifs. «Ce devrait être, dit-elle, l’une des grandes questions pour 2027.»
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Elle confie avoir voté «à gauche», sans plus de précision, au premier tour de la dernière présidentielle. Effarée par la progression du RN, elle a commencé à regarder de près les listes en compétition aux européennes de 2024, repérant «par hasard» Equinoxe, parti inconnu aux «idées franches». La liste n’a réuni que 0,29 % des suffrages, un peu moins que Lutte ouvrière… mais un peu plus que le NPA. Aux législatives de 2024, Montgolfier se déclare volontaire pour porter une candidature dans la 3e circonscription de Marseille où habite aujourd’hui sa famille. Sur le chemin de l’école, ses petits frères n’étaient pas peu fiers de voir la bobine de leur grande sœur sur les panneaux électoraux. Elle n’a pas dépassé 1 %. Mais à Rennes, un autre candidat a dépassé les 5 %. Equinoxe commencerait-il à sortir de l’insignifiance électorale ?
Sollicitée par ses camarades, la débutante accepte ensuite sans hésiter de faire acte de candidature pour la présidence du parti. Il en est une que cet aplomb n’a pas étonnée : sa chère grand-mère, septuagénaire tonique, ex-professeure de droit. Rien n’arrête sa petite- fille quand il s’agit de partir à l’aventure, nous raconte-t-elle. Deuxième d’une fratrie de six, Alexia avait surpris son monde quand elle avait insisté, à l’âge de 9 ans, pour aller en pension faire son CM2. «J’ai adoré, confirme-t-elle, le pensionnat était entouré d’une immense forêt, avec plein d’animaux.» La grand-mère se souvient aussi qu’elle avait été épatée de voir comment sa téméraire petite-fille s’était appropriée, au même âge, une petite machine à coudre qu’elle lui avait offert. «Elle s’est mise à confectionner des trucs incroyables pour ses frères et sœurs. Elle était devenue experte.»
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Dans le genre obstiné, on connaissait ses très lointains ancêtres, papetiers ardéchois qui s’étaient mis en tête de faire voler leurs montgolfières. Famille pléthorique, les Montgolfier se réunissent encore parfois, du côté d’Annonay, pour de grandes cousinades. Alexia n’a que du bien à dire de ses parents, «plutôt de droite», mais allergiques aux extrêmes. Quand l’adolescente se met à parler écologie à la maison, ils se montrent «hyper-compréhensifs». La mère, universitaire spécialiste de bioéthique, se met aux recettes veggies tandis que le père s’inscrit à un Mooc zéro déchet. Catholiques pratiquants, ils sont attachés à l’Eglise telle que le pape François a pu l’incarner. Alexia parle de ce pape comme d’une «figure inspirante». Elle a lu ses deux encycliques, Laudato Si’ *, plaidoyer pour une écologie intégrale, et Fratelli tutti**, ode à «la fraternité et à l’amitié sociale». A Bois-Colombes, commune de l’Ouest-Parisien où elle a grandi, il lui arrivait, adolescente, de faire des maraudes, sensible, comme ses parents, au sort des sans-abri. A la table familiale, le dimanche, il n’était pas rare que l’on accueille des personnes seules du quartier.
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Mordue d’escalade, elle termine ses études à l’université de Lausanne. Elle vit «en coloc», dans la verdure, dans une grande et vieille maison. Sans chauffage, précise-t-elle, sobriété oblige. On se débrouille avec des bouillottes, de bonnes couettes et l’unique cheminée autour de laquelle on fait salon. Bon pour la convivialité. Pour son mémoire de fin d’études, la future architecte s’est intéressée aux «tiers-lieux» qui ambitionnent de «recréer du lien dans la ruralité», y compris entre néoruraux et paysans locaux. Pas une mince affaire. Mais elle y tient. Plus tard, elle se verrait bien, loin de Paris, dans un collectif d’urbanistes, d’architectes et d’artisans qui s’emploieraient, dans les campagnes, à faire revivre les centres-bourgs dévitalisés.
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Alexia de Montgolfier
2002 Naissance.
2024 Candidate à Marseille.
2025 Présidente du parti Equinoxe.
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* Laudato Si’, « Prendre soin de la Création, c’est un service rendu au vivant ». Face aux violences de plus en plus fréquentes envers les personnes engagées dans les métiers de la biodiversité, de l’eau, des forêts, des milieux naturels ou de la lutte contre les pollutions, un collectif de chrétiens appelle l’Église à défendre haut et fort ces personnes. En fidélité notamment à Laudato si’. la Croix
**Fratelli tutti, : Ce Saint de l’amour fraternel, de la simplicité et de la joie, qui m’a inspiré l’écriture de l’encyclique Laudato si´, me pousse cette fois-ci à consacrer la présente nouvelle encyclique à la fraternité et à l’amitié sociale. En effet, saint François, qui se sentait frère du soleil, de la mer et du vent, se savait encore davantage uni à ceux qui étaient de sa propre chair. Il a semé la paix partout et côtoyé les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les derniers. Pape François.
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