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Catholicisme

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La pensée de saint François d’Assise toujours d’actualité, huit cents ans après sa mort

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Symbole de l’humilité et de la joie en Dieu, François d’Assise (1181-1226) a fondé l’ordre des franciscains. A l’occasion du 800ᵉ anniversaire de sa mort, son corps sera exposé pour la première fois à la basilique d’Assise, du 22 février au 22 mars. Prônant l’amour de la création et la fraternité universelle, il entreprit un dialogue d’avant-garde avec l’islam.
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Christiane Rancé

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Mosaïque représentant saint François d’Assise.

Mosaïque représentant saint François d’Assise.
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Il était une fois en Italie le fils d’un riche marchand, marchand lui-même… Ainsi pourrait débuter le conte merveilleux que saint Bonaventure [(1221-1274)] – qui ne l’a pas connu – nous a laissé de la vie de saint François, et que Giotto [(1266-1337)] a immortalisé dans les 28 fresques de la basilique Saint-François, à Assise. Qu’importent les excès lénifiants de cette hagiographie : François, par les vertus évangéliques qu’il incarne, la transcende.

En vérité, malgré des images sulpiciennes, il n’y avait rien de niais ni de tiède, mais rien non plus d’illuminé, chez ce jeune homme bien de son temps, issu d’une génération en révolte contre l’autorité paternelle, conspuant les richesses nouvelles que procurait l’usure, et pétrie d’esprit chevaleresque et de culture française.

Né vers 1181, Giovanni Bernardone, alias François, rêve d’associer noblesse, gloire et grandeur. Pour conquérir les trois, celui que son père avait surnommé, au retour des foires de Champagne, Francesco, « le petit Français », décide d’aller se battre. Fait prisonnier, il tombe malade. Empêché dans son épopée, il médite sur la meilleure voie pour embrasser son destin. A 25 ans, une rencontre avec des lépreux le bouleverse et lui révèle sa mission : porter à tous l’esprit chevaleresque qu’il rêve d’imposer à sa vie propre. Son exploit ne sera pas la prise de Pérouse, mais – plus délicat – d’aller au-devant des miséreux et des malades, à l’imitation de Jésus.

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Les marques du Christ

Le voilà « fou nouveau dans le monde », appelé par Dieu à reconstruire son Eglise. François s’y emploie à sa façon, radicale et fulgurante, grâce à une spiritualité faite d’initiatives et de renouveaux.

Plutôt que de se couper du monde, il va vers lui, pieds nus, au cœur des villes. Plutôt que de le mépriser, il se réconcilie avec lui, proclamant la présence divine en toute créature : il prêche la « joie parfaite », parfois en chantant des cantiques, la charité, le pardon et la paix, au point d’entreprendre un extravagant voyage pour voir le sultan d’Egypte. Et plutôt que de rejoindre un ordre monastique, il reste résolument libre, laïque, quoique fidèle à l’Eglise et à ses sacrements.

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Poverello [« petit pauvre »], il épouse « Dame Pauvreté » dans une ascèse radicale, jamais reniée, dictée aux hommes et femmes qui, de plus en plus nombreux, le rejoignent. Jusqu’à sa mort [en 1226] à 45 ans, François vit ce qu’il prêche : l’amour débordant de son prochain et de la vie, selon l’exemple de Jésus, dont il aurait même porté, à la fin de son existence, les stigmates – ce qui n’a toutefois pas été retenu lors de son procès de canonisation en 1228.

La « Dame Pauvreté » que François épouse et qu’il prône n’est pas le simple contraire de la richesse. Elle est même, à ses yeux, la seule véritable richesse, entendue comme une mystique à part entière. Ni résignation ni plaisir à la souffrance, la pauvreté de François est le dernier terme de l’esprit chevaleresque, dont il s’est fait une exigence.

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Dénuement mystique

Jésus n’est-il pas né dans le plus extrême dénuement ? Refusé par tous, n’a-t-il pas vu le jour dans une étable ? François ne cesse jamais d’exprimer, dans ses écrits, l’intense stupeur qui le saisit à la lecture des Evangiles. Lui qui rêvait de gloire et de puissance découvre que le Sauveur, Créateur du Ciel et de la Terre, ce Christ qui possédait tout ce que lui, François, recherchait désespérément, à savoir le triomphe et la gloire, ce Christ avait renoncé à tout pour s’incarner dans le plus humble, le plus pauvre, le plus abandonné des hommes. De sa naissance à la croix, il avait revêtu la condition humaine dans un mouvement d’abaissement dont François veut s’inspirer : « Le Très-Haut s’est fait le Très-Bas. »

Dès lors, la pauvreté est la seule chevalerie, d’ordre mystique, qui vaille aux yeux de François, au service du seul Seigneur qui compte, le Christ. La pauvreté de François est une pauvreté pleinement consentie – un dénuement, une dépossession, pour mieux revêtir le Christ. Il se dénudera d’ailleurs au milieu de la foule pour signifier sa conversion et son renoncement aux biens de son père, à qui il remet ses vêtements, avant de s’abriter sous le manteau de l’évêque. Liée à une simplicité intérieure, la pauvreté s’impose à lui comme la seule voie par laquelle il peut imiter Jésus.

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Elle ne se réduit pas à une valeur morale ; elle est un engagement social – il lui faut aller à la rencontre des plus pauvres et vivre avec eux ; et elle est aussi théologique puisqu’elle s’inspire de l’esprit évangélique. Cette pauvreté, François veut l’incarner pour convertir, par l’exemple de son ascèse et de sa pénitence. Et par la pauvreté, convertir pour le moins à la charité, puisque le sens de la vie, c’est de partager ce que l’on possède : « C’est en se donnant qu’on reçoit », écrit-il dans un hymne.

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Un combat écologique

Tel est sans doute le plus grand apport de François à l’histoire du christianisme : il a revivifié l’idée d’un Dieu certes grand, mais bien plus grand encore dans son abaissement et dans son incarnation. Sa réflexion a créé une tension entre deux infinis paradoxaux : la majesté et l’humilité de Dieu, qui imprime aujourd’hui encore au christianisme sa dynamique la plus forte, son questionnement, voire ses déchirures.

S’il y a eu une figure grâce à laquelle l’homme s’est réconcilié avec la nature, ce fut bien saint François. Avec lui, une part chrétienne a retrouvé le cosmos. Loin des mouvements de pensée qui animent son époque, et des courants théologiques très empreints de manichéisme, François refuse de considérer le monde comme l’œuvre du diable – une certitude qui fait le fond du mouvement cathare –, ni même comme une source de corruption. Aucune vision sombre ni dramatique, comme l’histoire de l’humanité semble les engendrer, dans l’appréhension de son destin ou de celui de l’homme.

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Dès lors, sa conversion, il ne l’envisage pas dans un prêche au désert, comme le voulait le fort courant du monachisme du XIIe siècle, ni comme une vaticination ou une prophétie apocalyptique, mais sur les chemins et dans les villes, où il ne cesse de louer la beauté de la création, et des créatures, jusqu’à la beauté de la mort, « notre sœur la Mort, au-dedans du corps, à qui nul ne peut échapper ». Il faut lire les Fioretti, recueil d’anecdotes et d’histoires de la vie de François, pour l’entendre chanter cette joie d’être au monde, et d’être lui-même une créature de Dieu, avec ses compagnons, les Frères mineurs si justement nommés.

François exulte de bonheur et, pour exprimer sa joie, il utilise la forme qui lui semble le mieux lui convenir, le poème, et la courtoisie, ce code social qu’a élaboré la France. Comment ne lui conviendrait-elle pas ? Cette fin’amor (ou amour courtois), tout en délicatesse, l’inspire pour ouvrir les oreilles de ceux qui l’écoutent à la splendeur de la vie, dans toute sa diversité. Il instaure en Italie, dévastée par un siècle de guerre civile, la culture des troubadours et le folklore des animaux, auxquels le clergé ne prêtait pas attention.

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Ainsi prêche-t-il aux oiseaux pour que la création et ses créatures s’entretiennent à travers lui avec Dieu, dans le plus grand amour. Cette « joie parfaite » qu’il évoque se déploie alors dans ce colloque avec la création, afin de s’offrir, pour peu que l’âme s’abandonne à la contemplation, dans la moindre fleur, dans chaque bête, dans chaque être, et, partant, dans la prière qui monte aux lèvres pour dire la gratitude. La joie de François est abandon et remerciement, récompense d’une foi sereine. Elle est aussi communion avec tous.

De là que François a offert une réconciliation avec le monde matériel, source non pas de corruption par les tentations qu’il offre, mais occasion de joie et de partage. De là qu’il incarne aujourd’hui tout le combat écologique, pour la protection et le respect de « notre mère la Terre qui nous nourrit et soutient », et source de joie devant le monde. « François reste lui-même, en vérité, mais tourné vers l’autre avec humilité. Et il se pose là où deux mondes s’affrontent et se rejettent, comme Jésus a placé sa vie sur les fractures de l’humanité », écrit Mgr Pierre Claverie, l’évêque d’Oran assassiné en 1996.

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Le dialogue avec l’islam

Après deux tentatives infructueuses, en 1219, François est parvenu à se poser là où le monde chrétien et le monde musulman s’affrontent : il a rejoint la cinquième croisade pour rencontrer le sultan d’Egypte, qu’il ne désespère pas de convertir au christianisme. Il part avec un seul compagnon, sans armes, pour traverser les lignes de défense du siège de Damiette, à l’embouchure du Nil. Il peut être tué – mais l’hypothèse du martyre ne lui déplaît pas. Le sultan accepte de l’écouter, impressionné par cet individu qu’il reconnaît comme un homme de Dieu.

François est chétif, petit, plutôt laid, et pourtant il fascine. C’est qu’il est, avec toute sa personne, ce qu’il annonce : la beauté et le salut d’une vie sainte. Doué d’une immense empathie, il sait s’adresser aux hommes, selon leurs tourments et leurs attentes. Dans sa conversation avec le sultan, François a l’intelligence d’écouter. Il n’attaque pas davantage la figure du prophète Mahomet, ni la teneur ou la vérité du Coran. Bien au contraire, il questionne le monarque sur le Prophète, puis l’amène à écouter la voix chrétienne.

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Voilà accomplie la formidable révolution de François – il est parvenu à faire admettre que chacun, en approfondissant la connaissance de l’autre religion, aille plus loin dans sa propre connaissance de Dieu. Sa position est tout à fait inédite, chargée de pacifisme. Il n’y a eu, bien sûr, aucune saisie écrite de cette étonnante rencontre entre François et le sultan ; seul l’écho que les franciscains en ont fait plus tard a donné la teneur de la conversation. Mais, désormais, la question du dialogue avec l’islam est posée. Elle préoccupera François jusqu’à la fin de sa vie.

En 1221, dans la règle qu’il rédige pour son ordre, n’édicte-t-il pas une série de conseils sur la façon d’aller à la rencontre des Sarrasins ? Pour approcher les musulmans, conseille-t-il, il faut vivre au milieu d’eux, dans le silence et dans une vie exemplaire, sans faire de prosélytisme, et il ne faudra parler de Jésus qu’à la condition que le Sarrasin manifeste une curiosité.

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La proposition est si extravagante pour l’époque que la règle sera rejetée lorsqu’elle sera présentée au pape pour recevoir son imprimatur. Il faudra attendre le XXe siècle, avec Charles de Foucauld – ce sera la dernière étape de sa vie spirituelle –, pour trouver un ordre qui épouse cette vision. Elle n’échappera pas à Jean Paul II, désireux d’œcuménisme, qui fit justement d’Assise le lieu de rencontre de tous les chefs religieux dans le monde.

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Christiane Rancé

21 02 2026

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« Cantique de Frère Soleil »

« Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Avec toutes tes créatures,

Surtout Messire frère Soleil,

Qui donne le jour et par qui tu nous éclaires.

Il est beau et resplendit de tous ses rayons,

Et de toi, Très-Haut, il est le signe.

Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Pour sœur Lune et pour les Etoiles,

Tu les as façonnées dans le ciel,

Claires, précieuses, belles.

Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Pour frère Vent,

Pour l’air et pour les nuages,

Pour le ciel bleu et pour tous les temps,

Par qui tu tiens en vie toutes Tes créatures.

Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Pour sœur Eau,

Si utile et si humble,

Si précieuse et si chaste.

Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Pour frère Feu,

Par qui Tu illumines la nuit.

Il est beau et joyeux,

Robuste et vigoureux.

Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Pour sœur notre mère la Terre,

Qui nous nourrit et soutient,

Et qui produit fruits variés,

Et fleurs diaprées, et toute herbe (…).

Loué sois-tu, Mon Seigneur,

Pour notre sœur la Mort, au-dedans du corps,

A qui nul ne peut échapper (…) »

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Extrait du Cantique des créatures, chant religieux composé par saint François d’Assise au début du XIIIᵉ siècle, qui inspire le pape François pour son encyclique Laudato si’ sur l’environnement.

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Festival international de la paix à Assise (septembre) : concerts, séminaires, tables rondes et expositions d’art consacrés au thème de la paix, de la solidarité et de l’écologie.

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