L’économie sociale écologique (ESE) : « la » nouvelle ESS ?
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Pascal Glémain
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Si l’économie sociale et solidaire (ESS) a pu apparaître comme un terreau favorable au développement durable, il semble selon Crétiéneau (2010)[1] que ce soit plutôt le développement durable qui ait été une opportunité pour l’ESS. Pourtant, peu nombreux se revendiquent d’une nouvelle économie sociale ouverte à la science et au management de la soutenabilité, alors que l’économie écologique est un courant de pensée qui s’est affirmé face à l’économie de l’environnement (Van Bergh, 2001)[2] aboutissant à l’émergence d’une économie sociale écologique (Spasch, 2013)[3].
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Pour une pensée systémique dans le champ de l’ESS….
Nous devons à Passet (1979)[4] le retour à la pensée systémique qui lie sciences sociales et sciences de la nature dans une démarche compréhensive. En considérant qu’il faille conjuguer la biologie, la thermodynamique avec l’entropie (évolution vers le désordre), et, l’économie systémique, il a sorti de son isolement l’économie en proposant non seulement de gouverner les biens communs (Orström, 2010)[5] mais aussi, de développer une science et le management de la soutenabilité : l’économie écologique (Costanza, 1991)[6]. Pour ce faire, les différents travaux de recherche ont analysé : la soutenabilité des territoires, les limites de la croissance au-delà du Rapport Meadows, les liens entre les impératifs de soutenabilité et les modes de coordinations de acteurs, les risques climatiques (COP 30 du GIEC), l’évolution de la biodiversité (C0P 16 de l’IPBES)[7], et les valeurs de la Nature (hors commensurabilité).
Considérée ainsi, l’économie écologique peut être définie comme : « une approche originale de l’économie qui a la particularité de tenir compte des limites naturelles de la planète et de la réalité sociale dans ses analyses et ses équations » (Maréchal, 2011)[8]. Il s’agit, par conséquent, d’une rupture avec l’économie « mainstream« , pas que n’avait pas franchi l’économie de l’environnement et des ressources naturelles. C’est ainsi que Spasch (2013) aboutit à la matrice de synthèse ci-après (tab.1) :
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Tableau 1 – l’Economie sociale écologique : une pensée de rupture.
| Rapport ambigu avec l’économie mainstream | Nouvelle économie des ressources | Mêmes hypothèses, mêmes méthodes que l’économie mainstream pour traiter les nouveaux objets écologiques |
| Nouvelle économie pragmatiste de l’environnement | Prendre des décisions pour protéger la nature selon une analyse avantages/coûts | |
| Rupture avec l’économie mainstream | Economie sociale écologique | Recherche de l’équité sociale, valeur intrinsèque de la nature, analyse des rapports économiques et sociaux à la nature |
Source : d’après Spasch (2013).
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L’économie sociale écologique (ESE) défend une approche systémique, transdisciplinaire, l’incommensurabilité des valeurs, une équité entre générations imbriquées, les démarches participatives, la question des modèles de gouvernance, à laquelle nous pouvons ajouter un financement durable : éthique, participatif et solidaire[9].
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… au service d’un modèle de développement soutenable.
Les moteurs de recherche nous conduisent à définir la soutenabilité à travers « l’idée que les biens et services devraient être produits de telle manière qu’ils n’utilisent pas plus de ressources qui ne pourraient être remplacées et qui n’endommagent pas l’environnement. Il s’agit d’un développement qui peut être supporté par les limites sociétales et environnementales ». Il suppose dès lors que soit préféré l’être à l’avoir, et, qu’il faille défendre l’agir ensemble (collaboration et coopération) au service du bien-être des vivants parce qu’ils font système à l’échelle des territoires. La transition, qui caractérise le modèle du développement soutenable porté par l’économie sociale écologique, répond ainsi en grande partie des principes énoncés par Daly (1990)[10] : un usage modéré des ressources naturelles, un usage des ressources renouvelables si et seulement s’il existe une capacité de reproduction, une stricte limitation de la production et de rejet des déchets par rapport aux capacités de recyclage naturel.
L’économie sociale écologique rejoint, pour partie, l’économie des ressources naturelles et de l’environnement en ce sens que : « le développement soutenable ne sera pas une boîte vide si et seulement s’il existe une compréhension des conditions et une définition des critères de gestion correspondants » (Faucheux et Noël, 1995)[11]. Mais, elle s’inscrit dans la cadre d’une soutenabilité forte qui analyse l’encastrement de l’économique dans le social et dans l’environnement, en réintroduisant le rôle du capital naturel et des énergies dans la fonction de production, et en préférant le collectif à l’individuel. Polanyi n’écrivait-il pas : « l’homme est en relation avec les autres hommes présents et futurs, cette relation n’est par purement économique car, elle est ancrée dans une culture et une époque, aux normes et aux aspirations particulières ». Elle fait advenir les territoires, ces construits sociaux en harmonie avec la nature pour un bien-être de tous les vivants.
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Si l’écologie politique bénéficie d’une certaine aura, elle répond de courants politiques qui visent à créer une société fondée sur la défense de l’environnement, la démocratie participative, la justice sociale et le pacifisme. Mais, elle ignore les dimensions économiques et managériales qui ont une importance, en particulier dans la tradition européenne, dans les aspects institutionnels et de gouvernance de la soutenabilité, ainsi que le précisent (Petit et al., 2022)[12]
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En savoir plus :
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Il remplit les objectifs d’intérêt général au sens des articles 200 et 238 bis du Code général des Impôts.
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