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Agriculture & Alimentation.

L’Agence bio menacée de disparition avec l’aval du gouvernement

Le Sénat a voté un amendement actant la suppression de l’ « Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique ».
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 Laurence Girard

20 janvier 2026 
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« C’est bio la France ! » Ce slogan a été choisi comme signature de la campagne publicitaire préparée pour soutenir le marché bio, en crise profonde de consommation, et les agriculteurs convertis aux pratiques respectueuses de l’environnement. Elle devait être présentée lors du Salon de l’agriculture, qui ouvrira ses portes le 22 février à Paris. Sauf que l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique, dite « Agence bio », son instigatrice, pourrait bien disparaître du paysage. Vendredi 17 janvier, le Sénat a en effet voté, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances, un amendement défendu par le sénateur Laurent Duplomb (LR) actant sa suppression.

Le gouvernement, à travers la voix de sa ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a donné son accord de bienveillance, dit « avis de sagesse », à l’adoption de cet amendement. Lundi 20 janvier, son cabinet a réagi, en mettant cette décision en perspective avec « la trajectoire de réduction du nombre d’opérateurs de l’Etat ». Il précise que le texte adopté vise à supprimer la charge pour service public de l’Agence bio, soit une annulation de crédit de 2,9 millions d’euros, et à transférer ses missions soit sous l’égide du ministère, soit sous celle de l’établissement public FranceAgriMer. Enfin, le cabinet souligne que « toute évolution de cette nature doit être précédée d’une consultation ».

Dirigeants et employés de l’Agence bio, qui compte 23 salariés de droit privé, n’ont, à leurs dires, pas été consultés avant cette décision. Quant au président de la Fédération nationale d’agriculture biologique, Philippe Camburet, il n’a été reçu par Mme Genevard que lundi matin. « On peut dire que ce gouvernement a le sens du timing et de la cohérence politique. Venir nous expliquer en pleine crise de la bio qu’il faut supprimer l’acteur chargé de promouvoir nos produits, c’est pour le moins osé. Depuis trois ans, nous avions l’impression d’être rentrés dans un processus collaboratif de recherche de solutions qui vient d’être mis à terre », déplore-t-il.

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La baisse de la consommation fragilise la filière

L’Agence bio, créée en 2001, a trois missions de service public : promouvoir le label bio auprès des consommateurs, analyser le marché tout en publiant des données statistiques fiables sur son développement, et financer la structuration des filières avec le Fonds Avenir bio. Selon le dernier baromètre diffusé en juin 2024, le nombre d’agriculteurs bio a dépassé 61 000, et ils exercent leur métier sur 10,3 % de la surface agricole utile. Mais la baisse de la consommation fragilise la filière depuis presque trois ans, et le risque de déconversion des agriculteurs bio est réel.

Il y a un an, après bien des atermoiements, le gouvernement a lancé le plan Ambition bio 2027, avec un renforcement des moyens attribués à l’Agence bio et la fixation de l’objectif de 18 % de surfaces agricoles utiles à échéance 2027. Dans un communiqué commun, les administrateurs de l’Agence bio, dont font partie la Coopération agricole ou la grande distribution, disent « non à la suppression du seul opérateur public pour l’agriculture biologique », qualifiant cette « rationalisation » d’« économies de bouts de chandelle ».

Pour le syndicat de la Confédération paysanne, « cette possible suppression, décrite comme une idée “pertinente” par la ministre de l’agriculture, sonne comme un énième reniement pour le développement de la bio ».

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