« La désinformation, arme de déstabilisation massive de nos démocraties », par Elise Lalanne-Larrieu et Dorian Dreuil…
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« A t on vu pareille désinformation par le passé ici à Die ? De mémoire de Dioises et Diois, jamais ! Le mensonge, de Donald Trump à Recep Tayyip Erdoğan est devenu un mode de fonctionnement quotidien, « on dit ce que l’on croit , on croit ce que l’on dit », sans plus jamais, vérifier les faits, valider une réalité et concevoir que l’on puisse se tromper totalement. Droits dans leurs bottes, « heureux les hommes pétris de certitudes, le royaume des arrogants leur est ouvert ! » MCD
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À l’approche du second tour des élections municipales, un basculement plus discret se dessine : la désinformation étend désormais son emprise au tissu médiatique local.
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Elise Lalanne-Larrieu, consultante média chez Bona fidé et enseignante à l’EFAP, et Dorian Dreuil, directeur d’études de l’Institut Bona fidé et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès.
21/03/26
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Elise Lalanne-Larrieu et Dorian Dreuil.
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À l’heure où les électeurs sont de nouveau appelés aux urnes pour le second tour des élections municipales, il est un enseignement à tirer qui n’attend pas 20 heures. Outre les dynamiques électorales analysées, ce scrutin révèle une bascule plus silencieuse dans la guerre qui oppose information et opinion. Et c’est cette fois le tissu médiatique local, qui sert de nouveau champ de bataille.
Ainsi la désinformation, arme de déstabilisation massive de nos démocraties, ne sévit plus seulement dans les bulles algorithmiques des réseaux sociaux, et ne prospère plus uniquement dans la polarisation du débat politique national. Une bataille après l’autre, elle continue de gagner du terrain et de nouveaux espaces, jusqu’à transformer, à bas bruit, l’espace médiatique local en laboratoire discret des stratégies de déstabilisation des rendez-vous démocratiques à venir.
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Un nouveau champ de bataille pour les ingénieurs de la polarisation
Ces derniers mois, plusieurs titres de la presse régionale, assiégés par de nouvelles stratégies de désinformation ciblant directement l’information locale, ont tiré la sonnette d’alarme. Tout au long de la campagne municipale, le plus lu d’entre eux, Ouest-France a consacré une série d’articles pour décrire l’émergence de sites d’actualité factices empruntant codes et appellations de la presse locale : « Sud-Ouest Direct », « L’Actualité provençale », « Info Grand Est » ou encore « Normandie Actus Infos »…
Autant de chevaux de Troie, dont l’enquête de Ouest-France révèle que c’est en fait une production massive de contenus générés par intelligence artificielle qui pullulent et touchent les électeurs : près de vingt mille articles auraient déjà été publiés. Si leur audience demeure encore modeste, Ouest-France analyse que la stratégie consiste d’abord à s’implanter discrètement dans l’écosystème médiatique avant de pouvoir être activée à plus grande échelle, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Et les sujets portés par ces contenus ne relèvent en rien du hasard : violence, insécurités ou difficultés économiques y sont omniprésentes, permettant ainsi un cadrage médiatique œuvrant en faveur de la polarisation accrue des débats sociétaux.
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L’attaque de l’infrastructure invisible de la démocratie
Ces usurpations d’identité éditoriales n’ont rien d’anecdotique. Si la presse locale est dans la ligne de mire de ces opérations, c’est précisément parce qu’elle joue un rôle central dans la vitalité démocratique de notre pays. On ne naît pas démocrate, mais on le devient, et la presse locale est en cela une école invisible de la fabrique démocratique.
Dans le rapport Vers des déserts médiatiques en France. La démocratie peut-elle survivre sans médias? (Fondation Jean-Jaurès, novembre 2025) nous avons clairement démontré que l’information locale constitue l’un des piliers discrets, et pourtant indispensables de la vitalité démocratique. Les Français qui consomment fortement les médias locaux (16 %) sont d’ailleurs deux fois plus impliqués (27 %) dans la vie communale que ceux qui n’en consomment pas.
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Or la vie communale demeure le lieu primaire d’échanges et dialogue, eux-mêmes pierre angulaire d’une démocratie en pleine santé. Les données de l’enquête menée par les Relocalisateurs pour ce rapport objective les effets délétères des tendances inverses : partout où la presse locale s’affaiblit, comme c’est par exemple le cas dans l’Oise, l’effet retord est immédiat.
Ce département est aujourd’hui scruté de près et présente les caractéristiques d’un territoire au sein duquel s’engage peu, et donc vote peu. Le premier tour des élections municipales n’a fait que l’illustrer : le taux de participation s’est élevé à 55,43 %, contre 64,77 % en 2014, soit 10 % d’électeurs supplémentaires, si on met entre parenthèses l’étrange élection de 2020.
Lorsque la presse locale s’affaiblit, on voit bien que l’espace démocratique s’effrite. Les repères informationnels disparaissent progressivement, laissant place aux manipulations ou à la rumeur. Et c’est précisément cette vulnérabilité que cherchent à exploiter les stratèges de désinformation et les ingénieurs de la polarisation.
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Un appel pour débuter le réarmement démocratique des territoires
Ces élections municipales auront servi de répétition générale avant la grand-messe de l’élection présidentielle. Pour de nombreux observateurs, elles étaient l’occasion d’étudier les rapports de forces entre les partis politiques, les dynamiques des corps électoraux, mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Et nous passons à côté.
Ces élections montrent que la bataille de l’information ne se joue plus seulement sur les grandes plateformes numériques ou au cœur des cellules de fact-checking des chaînes d’information en continu. Face à ces phénomènes, la réponse suppose de renforcer les fondations mêmes de notre espace public, celui le plus en proximité des citoyens.
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Car une démocratie ne se protège pas seulement en corrigeant les intox, mais aussi en continuant à créer les conditions d’existence d’un journalisme local solide, serein, indépendant et maillant uniformément l’ensemble du territoire. Protéger la presse locale n’est plus seulement un enjeu sectoriel, et ne nécessite plus une simple réponse économique palliative.
Ces élections municipales ont révélé les fragilités de notre espace informationnel. Elles doivent surtout servir d’alerte, car si nous abandonnons la presse locale aux mains de la désinformation, nous acceptons de perdre la bataille de la sauvegarde de notre démocratie.
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Elise Lalanne-Larrieu, consultante média chez Bona fidé et enseignante à l’EFAP, et Dorian Dreuil, directeur d’études de l’Institut Bona fidé et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès.