Avec ma collègue Danielle Simonnet, députée de Paris, nous étions la semaine dernière en déplacement à Istanbul en Turquie dans le cadre de La Digue, un réseau en construction qui vise à mieux comprendre l’installation des régimes autoritaires un peu partout dans le monde et à soutenir celles et ceux qui y résistent. Comment faire face quand l’état de droit s’effondre, quand toute critique ou avis contraire est réprimé, quand en tant que citoyen nous n’avons plus ni la parole de l’opposition, ni la justice ? Pendant quelques jours, nous avons essayé de trouver des réponses à ces questions.
“Si même un yoğurt candidatait face à Erdoğan, celui-ci serait immédiatement placé en prison »
La Turquie est aujourd’hui souvent décrite comme une autocratie plutôt qu’une dictature totale : l’opposition et certains médias indépendants existent encore, mais le pouvoir met en place de nombreux moyens pour les affaiblir et les contrôler. Depuis le référendum constitutionnel de 2017, le président Recep Tayyip Erdoğan a fortement renforcé ses pouvoirs en transformant le système parlementaire en un régime présidentiel où l’exécutif domine largement le Parlement et la justice, notamment grâce à la gouvernance par décret et au contrôle des nominations judiciaires. L’opposition, en particulier les responsables kurdes et le parti pro-kurde HDP (devenu DEM), a été durement réprimée, avec des élus destitués et emprisonnés.
Malgré la réélection d’Erdoğan en 2023, l’opposition a remporté plusieurs grandes municipalités en 2024, mais son principal rival, le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, a été emprisonné, suscitant des manifestations importantes. Par ailleurs, les libertés civiles restent fragiles : les mobilisations sont souvent réprimées, des universitaires ou journalistes poursuivis, tandis que les droits des femmes et des personnes LGBT+ sont menacés. Dans ce contexte, beaucoup d’espoirs et d’inquiétudes se tournent vers la prochaine présidentielle, prévue en 2028, alors que l’opposition reste divisée et que certains militants choisissent l’exil ou le retrait de la vie politique.
27 ans d’emprisonnement… et 7 minutes de procès
Le harcèlement judiciaire turc, c’est notamment celui que subit Pinar Selek, figure emblématique de ces atteintes à l’État de droit, dont se tenait un énième procès jeudi dernier à Istanbul. Ça fait 28 ans que cette sociologue, engagée notamment auprès des communautés LGBT+, des féministes et des Kurdes, est poursuivie.
« Cela fait 10 ans que nous nous battons contre le backlash ici »
Entre autres rendez-vous avec des responsables politiques et des associations, nous avons aussi rencontré Mor Cati, la première organisation contre les violences faites aux femmes montée en Turquie, en 1990. Elle forme à Istanbul un centre de solidarité pour toutes les femmes, apportant du soutien social, légal et psychologique, en plus de porter des accueils d’urgence partout dans le pays. Mor Cati est le premier réseau organisé de femmes et d’associations dédiées, dans le soin, l’accueil, l’accompagnement mais aussi le plaidoyer sur les droits des femmes.
Financées par l’aide européenne, sans appui du Gouvernement Turc, le centre de solidarité tente de défendre les droits des femmes dans un contexte juridique de restriction des droits à l’avortement, LGBT+, d’augmentation des féminicides, de barrières inombrables dans l’accès à des lieux d’accueil et de refuge pour celles qui sont dans le besoin. Et puis au delà des lois, ce sont les discours qu’il faut déconstruire : ceux qui veulent que les femmes restent à la maison (près de 40% des femmes turques), ceux qui veulent que 300 féminicides par an soient normalisés, que la plupart des coupables ne soient pas poursuivis, ceux qui veulent que la plupart des femmes soient toujours payées ici en dessous du salaire minimum. Merci à elles d’exister et de porter la voix des femmes !
« Si j’étais seul, j’abandonnerais. Continuer à faire du journalisme en Turquie, ce n’est pas une bonne idée. »
Aujourd’hui, l’accusation de “désinformation” contre les journalistes, l’interdiction de toute critique d’Erdoğan, la proposition d’amendement sur les “agents d’influence” menacent de devenir un nouvel outil pour entraver le libre exercice du journalisme. Alors que 90 % des médias nationaux sont sous le contrôle du pouvoir, les journalistes que nous avons rencontré font leur travail comme ils le peuvent, avec d’immenses craintes pour leur vie, leur famille, mais aussi pour leur pays qu’ils aiment tant. La Turquie reste l’un des pays les plus répressifs pour la liberté de la presse en 2024, occupant la 158e place dans le classement mondial de Reporters sans Frontières. Malgré ces défis, les journalistes et les médias indépendants continuent de résister à la répression. Ces voix dissidentes, bien que fragilisées, restent un pilier essentiel pour la préservation de la liberté d’expression et du débat démocratique.
Des rencontres il y en a eu d’autres, une vingtaine, mais il est difficile de résumer en quelques mots 6 jours d’échanges, avec des militant-es, des élu-es, des avocat-es, des journalistes, des chercheurs, pour mieux comprendre la société turque et l’évolution de son contexte politique. Si vous voulez plus d’informations, nous organiserons bientôt une visio ouverte à toutes et tous, et je continuerai de communiquer sur mes réseaux sociaux la suite de ce déplacement. De décrire ces mouvements écologistes ruraux et paysans qui se battent contre la marchandisation du pays au profit des compagnies minières, les tensions des négociations initiées par l’extrême droite avec Öcalan en prison à l’isolement depuis 1999, de l’opportunisme de ce processus de paix. De la polarisation à l’oeuvre, entre islamistes et laïcs, entre la droite sociale et populiste et un centre gauche modéré qui parle plus de constitution que des gens; entre ces multitudes d’appartenances qui forment la Turquie d’aujourd’hui, entre Alévis, Kurdes, religieux, Turcs, laïcs. Du dialogue impossible, de la construction des identités les unes contre les autres, des droits de la presse inexistants avec la loi de « désinformation ».
La Turquie est à la croisée des chemins. En 2028 ou avant, auront lieu les prochaines élections présidentielles. Là peut subsister, dans cette élection qui est désormais le seul espace de démocratie qui persiste, une voie pour une alternative. Le pays est jeune, éduqué, s’est urbanisé. La corruption et la crise économique ont fragilisé le pouvoir. Mais l’opposition reste polarisée et fragmentée, et tous les prétendants de l’opposition sont, les uns après les autres, placés en prison. Le dernier en date, Ekrem Imamoğlu, maire d’Istanbul, a été arrêté l’an passé et condamné à 2430 ans d’emprisonnement. D’un régime autoritaire « compétitif » où le jeu électoral reste possible malgré les entraves, le pays pourrait glisser vers un régime autoritaire total, comme en Russie. La bataille qui se joue ici est celle de la République face à la Démocratie, la première s’entendant comme l’ensemble des contre-pouvoirs, et des outils de l’état de droit constitutifs des démocraties modernes; la deuxième comme le simple exercice du vote sans rien d’autre.
Voilà comment se construit l’autoritarisme.
Le combat de la semaine : un moratoire contre la fermeture des classes !
Le projet initial duquel j’avais pu échanger avec Madame la DASEN le 24 mars, dont je vous parlais la semaine dernière, prévoyait 53 fermetures.
Ce sont finalement 32 classes qui fermeront. J’ai été pleinement mobilisée tout au long du processus qui a permis de réduire cette hécatombe, aux côtés des syndicats d’enseignants, des parents d’élèves, et de l’ensemble des Maires de ma circonscription. Cette mobilisation sans relâche a permis, sur ma circonscription, de préserver les classes du RPI de Piégros-la-Clastre / Mirabel-et-Blacons, du RPI de Sahune / Curnier, du RPI de Condorcet / Saint-Ferréol-Trente-Pas, des écoles de Saint-Jean-en-Royans, de La-Bégude-de-Mazenc, de Bourdeaux, de la maternelle Dolto à Chabeuil, de Tulette. Pour toutes ces écoles, c’est une victoire.
Dans un courrier qui faisait suite à notre échange, je rappelai à Madame la DASEN mon attachement à l’école publique, gratuite, laïque, républicaine, pour toutes et tous. La défense nécessaire des classes rurales, ciment de la République dans nos villages, parfois le dernier service public. L’impérieuse nécessité de créer une collaboration saine avec les maires et élus locaux, qui font tant pour les écoles et qui partagent avec l’Etat la compétence scolaire. Alors que la baisse démographique est une occasion unique d’améliorer la qualité du service public de l’éducation, je me mobilise contre les politiques de centralisation et d’augmentation des effectifs par classes menées par l’Etat.
Mais aujourd’hui je pense aux enseignant-es, aux parents d’élèves, aux élu-es, qui se sont mobilisé-es et qui n’ont pas pu sauver leur classe. Je pense à Aouste-sur-Sye, je pense à Divajeu, Autichamp, La-Répara-Auriples, je pense au Poet-Laval, à Bouchet, à l’école Plein Soleil de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Pour elles et eux, le couperet est tombé. A elles et eux, je veux leur dire que leur mobilisation ne fut pas vaine. Jamais, il ne nous faut nous résigner, tant le combat pour un service public de l’éducation de qualité est un combat noble, transversal, et fédérateur, que nous devrions toutes et tous avoir en commun, quelles que soient nos obédiences.
Plus globalement, à toutes et tous je veux dire qu’il nous faut comprendre que la baisse démographique est avant tout un prétexte au déploiement d’un projet politique pour l’école rurale qu’il va nous falloir suivre avec la plus grande des vigilances. Que derrière cette approche arithmétique et ces fermetures, qui vont s’accélérer dans les prochaines années, il y a le projet de “l’école de demain”. Voulue par le gouvernement, c’est la centralisation et l’affaiblissement de nos écoles rurales pour optimiser les dépenses publiques liées à l’éducation. Sous prétexte de favoriser l’ambition de nos enfants, et même pire que cela, au nom de l’égalité des chances, l’école de demain va concentrer les établissements sans octroyer davantage de moyens, en tous cas, pas à la hauteur des enjeux. Cela va impacter nos enfants, mais plus globalement l’ensemble de la vitalité de nos territoires. J’invite dès aujourd’hui chaque maire, chaque élu local, tous les parents, les enseignants, à suivre les échanges à ce sujet. Oui, la période budgétaire est complexe, et nous devons toutes et tous faire preuve de responsabilité. Mais il ne sera jamais responsable de sous-investir sur l’éducation de nos enfants.
Nous étions ce jour là (et jusque dans la nuit) sur le PJL fraude fiscale et sociale, qui tape bien évidemment bien plus sur le deuxième que le premier, alors même que les montants de fraude et le manque à gagner pour l’état est d’au moins quatre fois moindre, et que la majorité de ce qui constitue la fraude sociale est en fait liée au travail dissimulé ce qui n’est pas l’objet du texte. Mais nous avons pu en débattre avec les jeunes lycéens et ce fut passionnant (en plus d’échanger sur « comment on devient députée » qui est tout de même la question qui revient le plus souvent mais c’est sans doute bon signe). Les Diois (et vous toutes et tous) seront toujours les bienvenu-es à l’assemblée nationale, maison du peuple !
Mardi, je participais à un séminaire des députés de de mon groupe Écologiste et Social avant de participer à la séance de Questions au Gouvernement. Je rencontrais ensuite les équipes de “C qui le patron”, une marque de produits agro-alimentaire créée par les consommateurs qui a pour objectif de mieux rémunérer les productrices et producteurs.
Mercredi, je prenais la direction d’Istanbul avec ma collègue Danielle Simonnet, d’où je revenais lundi : la suite est dans l’éditorial !
Une semaine dans la Drôme
Certes je n’étais pas dans la Drôme cette semaine, mais mon équipe était bien présente !
Lundi, j’étais représentée à une rencontre à la préfecture de la Drôme à Valence , avec la Directrice Académiques des Services de l’Education Nationale (DASEN), la Préfète, en présence de l’ensemble des parlementaires ainsi que l’association des maires ruraux et l’AMF, ainsi que le conseiller régional Claude Aurias. Cette réunion collective, en amont du CSASD, l’instance consultative qui se tient demain pour préparer le CDEN, l’instance décisionnelle qui valide la carte scolaire, avait pour but d’échanger sur les enjeux de la carte scolaire, et sur la méthode. Bien sûr, la DASEN se doit de composer avec un budget contraint. Je sais qu’il est de ma responsabilité, en tant que parlementaire, de voter un budget qui soit à la hauteur du défi de l’éducation que nous devons à nos enfants. Il ne s’agit pas ici de creuser un déficit, mais bien d’investir dans l’avenir, et c’est essentiel.
Mercredi, j’étais représentée à l’Assemblée générale du Planning familial de la Drôme à Valence . Une année marquée par des turbulences importantes notamment suite aux coupes budgétaires du département sur les centres de santé sexuelles de la Drôme dont plusieurs sont gérés par la Planning familial. Les équipes ont dû faire preuve d’un fort engagement collectif, fidèle à leur héritage d’éducation populaire, pour continuer à accueillir dignement les personnes qui les sollicitent. Dans un contexte où les besoins sont immenses, et l’accès à l’éducation sexuelle de plus en plus menacée, leur action est plus que jamais essentielle. Merci à toutes celles et ceux qui s’engagent au quotidien au Planning familial dans la Drôme et ailleurs !
En 2019 commençait l’aventure. Depuis, ce sont 5,5 millions de bouteilles qui ont été lavées. Ce sont aujourd’hui 17 personnes qui travaillent ici, des emplois non délocalisables, dont la moitié en insertion. L’économie circulaire prend tout son sens. La phase de travaux que nous inaugurions ce soir-là marque une étape décisive dans l’industrialisation du procédé.
Alors que la loi AGEC de 2020 prévoyait 10% de réemploi dans les emballages à l’horizon 2027, aujourd’hui malheureusement nous ne sommes qu’à 1,5%. Ma Bouteille s’ appelle Reviens est un projet précurseur à l’échelle nationale, qui sert de modèle à des nombreux projets émergeants en France. Il existe un marché pour la consigne: A nous toutes et tous, ensemble, de soutenir ce déploiement. Chaque bouteille lavée est un levier concret de préservation des ressources naturelles, de consolidation d’emplois locaux non délocalisables dans les territoires, de réponse économique face à la hausse du coût des matières premières, et de réduction des dépenses de gestion des déchets pour les collectivités. Il est temps désormais d’accélérer, de massifier et d’industrialiser le réemploi.
C’est précisément ce que vous faites ici aujourd’hui, aux côtés des brasseurs, viticulteurs, arboriculteurs engagés à vos côtés. Merci à Clémence, Solène, et Carine Fleury pour leur idée visionnaire, à Valérie et Sylvain pour la direction, à l’ensemble de l’équipe. Merci également à la brasserie la Pleine Lune particulièrement impliquée dès le lancement du projet, et à tous les autres, Après l’Orage, T’Air de Famille etc… Vive l’économie circulaire, vive l’économie sociale et solidaire, vive l’industrie dans nos territoires ruraux !
Les permanences à venir : venez échanger avec moi !
Voilà le calendrier des prochaines permanences parlementaires décentralisées. Nous allons sous peu ajouter des nouvelles dates jusqu’à l’été !