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 Afrique
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Au Soudan, trois ans de guerre et une sanglante impasse militaire

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L’armée et les paramilitaires refusent tout compromis, prolongeant un conflit débuté le 15 avril 2023, qui a fait des dizaines de milliers de morts civils et plus de 10 millions de déplacés. Sur le plan diplomatique, les négociations sont au point mort.

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Guerre civile au Soudan
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Le 24 février 2026, dans un camp de réfugiés soudanais au Tchad. 
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Célian Macé
14/04/2026
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La guerre au Soudan entre dans sa quatrième année, ce mercredi 15 avril, et personne n’imagine une paix à brève échéance. Cela fait plus de mille jours que le pays d’Afrique de l’Est est déchiré entre deux forces rivales – autrefois alliées. D’un côté, l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhane, qui a confisqué le pouvoir par un coup d’Etat en octobre 2022. De l’autre, les Forces de soutien rapide (RSF), une unité paramilitaire dissidente commandée par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit «Hemetti», son ancien vice-président.

Après trois ans d’affrontements terriblement meurtriers, chacun a repris le contrôle de sa région historique «naturelle». Les troupes gouvernementales ont remporté la bataille de Khartoum et expulsé les Forces de soutien rapide de la capitale. Près de deux millions de Soudanais déplacés sont rentrés dans la cité des deux Nil, ravagée par les combats. L’armée soudanaise a également reconquis la vallée du Nil et l’Etat agricole de la Jézira. Elle est aujourd’hui maîtresse des deux tiers du pays, à l’est et au centre.

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«Des indices laissant supposer un génocide»

Les RSF se sont emparés de la quasi-totalité de la région du Darfour, à l’ouest. La dernière ville qui leur résistait, El-Fasher, est tombée le 26 octobre 2025. Après sa chute, les hommes de Hemetti y ont commis un massacre effroyable. «L’ampleur, la gravité et l’impact cumulé des actes commis par les Forces de soutien rapide, évalués à la lumière des modes de ciblage, des comportements et des intentions présumées, constituent des indices laissant supposer un génocide à El-Fasher», ont conclu les enquêteurs du Conseil des droits humains de l’ONU.

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Le front s’est depuis déplacé dans la vaste région du Kordofan, où les combats font rage aujourd’hui. Les RSF ont également lancé une offensive depuis le sud-est, à la frontière éthiopienne, le mois dernier. Les drones, quasiment absents du champ de bataille au début de la guerre, sont désormais utilisés massivement par les deux camps. «Au cours des trois premiers mois de cette année, près de 700 civils auraient été tués lors de frappes de drones», a rappelé Tom Fletcher, le secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, ce mardi 14 avril. Ni les militaires soudanais ni les RSF ne montrent le moindre égard pour les civils : ces dernières semaines, les belligérants ont chacun bombardé un hôpital dans le territoire adverse (un crime de guerre), faisant plusieurs dizaines de morts.

Sur le plan diplomatique, les négociations sont au point mort. Washington a inventé un nouveau cadre de discussion, le «Quad» (Etats-Unis, Egypte, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis), pour faciliter les pourparlers. En vain. Aucune trêve n’a jamais été respectée depuis l’éclatement du conflit. Le gouvernement soudanais refuse catégoriquement la présence des Emirats arabes unis comme médiateur, Abou Dhabi étant le principal parrain militaire et financier de Hemetti dans cette guerre.

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Persuadé que le temps joue pour lui

La proclamation d’un gouvernement parallèle par les RSF et leurs alliés, en juillet 2025, n’a fait qu’irriter davantage le régime militaire de Khartoum. Tout comme la désignation, le 16 mars par Washington, des Frères musulmans soudanais comme une «organisation terroriste étrangère». Des cadres islamistes de l’ancien régime d’Omar el-Béchir, renversé en 2019, auraient en effet fait leur retour dans les cercles de pouvoir. L’armée s’appuie notamment sur la puissante Brigade al-Baraa Bin Malik, considérée comme le bras armé du mouvement islamiste, pour mener sa guerre. Ils «ont fourni plus de 20 000 combattants, dont beaucoup ont reçu une formation et d’autres formes de soutien de la part du Corps des Gardiens de la révolution islamique iranienne», a indiqué le département d’Etat, accusant la brigade d’avoir «procédé à des exécutions massives de civils dans les zones qu’ils ont conquises».

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Alors qu’une conférence humanitaire sur le Soudan se tient à Berlin ce mercredi, personne n’entrevoit la fin de la guerre à ce stade, car les belligérants croient encore à une victoire militaire totale – tandis que les acteurs civils, en exil pour la plupart, n’ont pas voix au chapitre. Fort de sa reconquête de Khartoum et de la Jézira l’an dernier, le général Abdel Fattah al-Burhane entend poursuivre son offensive de longue haleine, persuadé que le temps joue pour lui. Signe de cette intransigeance, il a nommé le 2 avril comme nouveau chef d’état-major Yasser al-Atta, un faucon opposé à l’idée même d’une négociation avec les RSF, et qui défend une tutelle militaire sur le Soudan pour les quinze prochaines années.

Les Soudanais ne peuvent qu’assister, impuissants, au naufrage de leur pays. Murmurant peut-être les strophes de la légende de la chanson nationale Mohammed Wardi : «Rendez-nous le temps perdu /Les nuits d’exil et de souffrance /Les chagrins que nous avons vécus /Avec cette noble nation qui a faim /Rendez-nous les clés du pays.» (…)

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Célian Macé à suivre sur libération
14/04/2026
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Ne pas oublier : Décès de Marion Abonnenc, survenu brutalement le 25 février 2026 à Rennes.
Ses obsèques ont eu lieu le jeudi 12 mars à 14 heures en la cathédrale de Die dans la Drôme et ensuite à Luc-en-Diois.
Marion était une jeune femme solaire, qui aura consacré sa vie à l’humanitaire ( en particulier au Soudan ) et sa lumière continuera à éclairer nos chemins.
Pour tous ceux qui souhaiteraient mieux la connaître, vous pouvez lire son livre-témoignage de son vécu au Soudan, « Confluences », publié en 2025.
« Chaque fois qu l’on entend ‘Soudan’, on pense à toi !  » MCD
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Ta disparition Marion est inimaginable, tant ta personnalité solaire, généreuse, meurtrie par tout ce que tu as vécu au Soudan et pourtant si humaine et terriblement attachante restera gravée dans nos cœurs et nos mémoires pour toujours. Je garde en particulier si chaud dans mon cœur ce trésor de notre discussion toutes les deux où nous avions partagé l’intime de nos vies, moi le clown triste, et toi la rose survivante. Dors bien jolie rose et sache que nous chérissons tous les souvenirs et la chance de t’avoir connu et partagé un bout de chemin d’humanité, ensemble. Pauline Arnaud-Blanchard,  Associée co-fondatrice de Linklusion I Manager de transition – Direction générale, Stratégie & Développement, Coaching et accompagnement de dirigeants de l’ESS

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