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« Même la bataille de la Somme a été plus vite » : la guerre en Ukraine dure depuis 1.500 jours et les perspectives de cessez-le-feu s’éloignent

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L’agression menée par la Russie contre l’Ukraine depuis février 2022 a engendré le conflit le plus dur jamais vu sur un front figé depuis la Première Guerre mondiale. Sur le terrain, l’étau se desserre un peu pour les Ukrainiens, mais aucun cessez-le-feu n’est en perspective.

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Des soldats de la 141e brigade mécanisée sur la ligne de front, le 19 mars 2026.
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Anne Bauer

3 avr. 2026
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Mille cinq cents jours de guerre ! Et depuis le début 2024, la ligne de front, qui s’étend sur plus de 1.000 kilomètres entre l’Ukraine et la Russie, se fige toujours davantage. Les avancées technologiques des drones élargissent sans cesse cette ligne de contact, passée de quelque 15 à 30 kilomètres de largeur pour la zone soumise aux essaims de drones, prêts à tuer le moindre soldat repéré sur ce terrain. Sur cette ligne, les Russes mènent toujours des tentatives d’infiltration, sans grand succès.

Le combat engagé est sans doute le plus dur jamais vu sur un front figé depuis la Première Guerre mondiale, mais c’est aussi le combat le plus lent de l’histoire. « Même la bataille de la Somme pendant la Première Guerre mondiale a été plus vite », a ironisé le colonel Michel Goya, lors de la conférence Guerres et Paix organisé par « Le Point » mercredi dernier. Néanmoins, même au rythme de l’escargot, chaque kilomètre compte.

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Desserrer l’étau

Depuis janvier, l’Ukraine a regagné sur les Russes quelque 750 kilomètres carrés. Insuffisant pour changer fondamentalement la situation, mais assez pour redonner le moral aux troupes ukrainiennes. Plusieurs offensives ont permis de faire reculer un peu les Russes, notamment à la suite des restrictions d’usage en Russie de la constellation Starlink imposées par SpaceX et des restrictions décidées par le gouvernement de Vladimir Poutine sur les messageries Telegram. Deux mesures qui ont pesé lourd dans l’organisation des soldats russes.

Par ailleurs, les impulsions données par le nouveau ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, qui met en compétition les unités de dronistes avec un système de points et de récompenses, ont remotivé une partie des équipes. « Les Ukrainiens ont ralenti la progression russe, on estime désormais qu’au rythme actuel, il ne faudra plus un an et demi aux Russes pour conquérir tout le Donbass mais au moins deux ans », expliquent les observateurs militaires.

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 Guerre en Ukraine : Kiev retrouve des marges de manoeuvre face à la Russie

Pour les Ukrainiens, cette petite reconquête desserre l’étau : « Cela permet de mettre à mal le narratif américain selon lequel l’Ukraine est au bord du gouffre et doit donc négocier un cessez-le-feu en laissant tomber le Donbass », constate un diplomate. Le bassin minier du Donbass regroupe les régions de Lougansk et de Donetsk. Moins de 20 % de cette deuxième région est toujours sous le contrôle des troupes ukrainiennes. L’an dernier, Vladimir Poutine fêtait la reprise de Koupiansk, que les Ukrainiens ont repris depuis…

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Un processus de paix au point mort

Grâce aux accords conclus avec les pays du Golfe pour les aider dans la lutte contre les drones Shahed de l’Iran, le président Zelensky a aussi renforcé sa mise. Jusqu’à présent, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis avaient bien voté la résolution de l’ONU pour dénoncer l’agression russe en Ukraine, mais sans s’impliquer et en faisant attention de préserver leurs bonnes relations économiques avec la Russie.

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A l’avenir, ils pourraient pencher davantage vers Kiev. D’autant plus que les preuves se renforcent sur les aides satellitaires apportées par Moscou à l’Iran, afin d’aider les Gardiens de la révolution à atteindre leurs cibles dans les pays du Golfe.

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 « On a réussi à en abattre un et l’autre s’est envolé » : avec les pilotes d’une unité de drones ukrainienne

Du côté des négociations de paix, le conflit en Iran a indéniablement ralenti le processus. Le président finlandais Alexander Stubb, qui entretient des liens étroits tant avec Donald Trump qu’avec Volodymyr Zelensky, a même évoqué des pourparlers « sans issue ». « La guerre en Iran détourne l’attention de la guerre en Ukraine, mais il se peut aussi que les négociations soient au point mort parce qu’elles ont atteint une impasse et ne progressent plus », s’est-il inquiété dans une interview accordée au quotidien norvégien « VG » fin mars.

« Je pense que les négociateurs américains ont fait tout ce qu’ils pouvaient, et que l’essentiel repose désormais sur une seule question : Donetsk et les territoires. Mais le gros problème, c’est que je ne pense pas que la Russie veuille la paix », a-t-il ajouté.

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Pas de cessez-le-feu à l’horizon

Les canaux de négociations ne sont toutefois pas rompus. Volodymyr Zelensky a affirmé avoir eu mercredi un appel « positif » par visioconférence avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, le sénateur Lindsey Graham et le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte.

« Nous avons convenu de renforcer les garanties de sécurité et j’ai d’ores et déjà chargé notre équipe d’actualiser rapidement les documents afin que les garanties de sécurité pour l’Ukraine soient solides, que la perspective de la reconstruction d’après-guerre soit réaliste et que tout soit opérationnel », a affirmé le président ukrainien, dans son allocution quotidienne.

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Comment l’Ukraine a bouleversé les règles de la guerre sur le front pour contrecarrer les plans de l’armée russe

Néanmoins, s’il y a encore des contacts entre l’Ukraine et les Etats-Unis, lesquels ont sans doute aussi des contacts bilatéraux avec la Russie, aucune réunion des trois parties n’est au programme. Et sur le terrain, jamais la Russie n’avait envoyé autant de drones et de missiles sur l’Ukraine que ces dernières semaines, tandis que Kiev en retour a mené une série d’attaques de plus en plus destructrices sur les infrastructures russes d’exportation de brut et de carburant. Kiev a envoyé des drones sur les trois principaux ports pétroliers de l’ouest du pays : Novorossisk, sur la mer Noire, mais aussi sur Primorsk et Oust-Louga, sur la mer Baltique.

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Poursuite des combats

Comme à chaque printemps, les spéculations repartent sur la possibilité d’une grande offensive de printemps. Du côté russe, les quelques tentatives menées récemment pour percer les lignes de défense ukrainiennes se sont toutefois soldées par des échecs cuisants et pour la première fois depuis le début du conflit, l’armée russe ne parvient pas à compenser ses pertes par de nouveaux soldats.

En Ukraine comme en Russie, la mobilisation devient de plus en plus difficile. Mais l’Ukraine a toujours été en sous-effectif, tandis que la Russie ne sait pas fonctionner sans envoyer au front quelque 30.000 nouvelles recrues par mois.

« A court terme, on ne voit pas de solution émerger. Les Ukrainiens ont réussi malgré les souffrances à passer l’hiver, sans une mise à plat complète de leur système énergétique. Ils ont des gains militaires, une industrie du drone de plus en plus performante, de quoi reprendre un peu d’espoir. De leur côté, les Russes ont aussi une bouffée d’oxygène grâce à la hausse des cours du pétrole et à la levée partielle des sanctions. Les combats vont sans doute continuer dans les mois qui viennent », parie un diplomate. (…)

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Anne Bauer à suivre sur : https://www.lesechos.fr/monde/

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