Une chronique française des combats écolos, et 3 autres conseils de lecture
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En tête de notre sélection cette semaine, l’historien François Jarrige retrace l’histoire de deux siècles de luttes environnementales dans l’Hexagone, leur spécificité à chaque époque et leur répertoire d’action.
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Cette semaine, nous vous conseillons Verts de rage ! Deux siècles de luttes environnementales en France, par François Jarrige ; Travail, par Marie-Anne Dujarier ; Légitime défiance, par Alexis Spire ; Une brève histoire du capitalisme responsable. 40 ans de RSE, par Sylvain Guyoton.
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1/ « Verts de rage ! Deux siècles de luttes environnementales en France », par François Jarrige
Embarquement pour une histoire longue des luttes écologiques en France. Pas des combats intellectuels, des affrontements d’idées, mais des batailles de terrain pour la défense de la nature. C’est un voyage dans le temps fort instructif que nous offre l’historien François Jarrige.
Les premiers combats écologiques populaires ont démarré, pourrait-on dire, par obligation. Ils visaient la subsistance : le besoin d’eau, souillée par les tanneries, de bois, pris par les « usines à feu » (forges, tuileries…) ou par la marine, la nécessité de pouvoir respirer normalement face aux fumées nocives. On retrouvera nombre de ces revendications dans les cahiers de doléances de 1789.
Le XIXe siècle est celui de l’industrialisation, assimilée au progrès, et les scientifiques ont plutôt tendance à se mettre à son service. On découvre alors, en pleine euphorie technologique, un ouvrage publié en 1855 par Eugène Huzar, avocat et essayiste scientifique, dans lequel il n’annonce rien de moins que « la fin du monde par la science »… C’est l’« une des premières philosophies catastrophistes du progrès en mettant en garde contre les risques globaux produits par la technoscience de son temps », commente François Jarrige. Le géographe Elisée Reclus ajoutera bientôt sa pierre à cet édifice de contestation du scientisme.
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Si ces ouvrages ont été oubliés, ils ont été très lus à l’époque par Gustave Flaubert, Jules Verne ou Charles Dickens. Les protestations sont calmes, elles prennent la forme de lettres individuelles mais aussi, déjà, de pétitions collectives adressées aux autorités.
La révolution industrielle apporte de meilleures conditions matérielles et une foi renforcée dans le progrès. Si le productivisme domine, il n’est jamais complètement partagé. Dès 1900, les médecins et biologistes dénoncent la dégradation de la qualité de l’air et les plaintes ne cesseront de grossir à ce sujet. On assiste aux débuts de l’écologie scientifique, considérée comme l’étude de la compréhension des interactions entre espèces vivant dans un même milieu. S’y ajoutent bientôt les préoccupations croissantes pour la santé au travail dans des industries qui cassent les corps, un thème qui nourrit alors l’essor de l’environnementalisme populaire. Mais les luttes sont rarement collectives.
Avec la Première Guerre mondiale et la crise des années 1930, la quête de croissance l’emporte, idem avec les Trente Glorieuses. Mais les années 1960-1970 représentent un tournant : l’écologie devient politique. La presse, avec pour fer de lance le magazine La gueule ouverte à côté duquel gravitent nombre de publications locales, et le mouvement associatif écolos sont en plein essor (Les amis de la Terre, le WWF, Greenpeace ouvrent leurs antennes françaises).
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Avec René Dumont, l’élection présidentielle de 1974 sera également la première à voir se présenter un candidat écologiste. Les luttes contre le développement du nucléaire représentent une source majeure de mobilisation. Au cours de ces années, se développe une contre-expertise, toujours vivante, face à celle de l’Etat.
On entre ensuite dans un cycle de hauts et de bas. Les années 1980-1990 sont plutôt marquées par un affaiblissement des contestations avant un rebond au début du XXIe siècle, suivi d’une contre-offensive des antiécolos qui semblent aujourd’hui prendre le dessus. Le livre passe des propos généraux à des petits récits de cas concrets. Un vrai plaisir de lecture. Christian Chavagneux
Verts de rage ! Deux siècles de luttes environnementales en France, par François Jarrige, éditions du Détour, 2026, 272 p., 22,90 €.
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2/ « Travail », par Marie-Anne Dujarier
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Activité, production, emploi : Marie-Anne Dujarier, sociologue clinicienne et professeure à l’université Paris Cité, souligne à travers ce livre la diversité des significations que l’on confère au terme « travail ». Il a toujours été et reste au cœur de nos vies, nous rappelle-t-elle d’emblée. Aussi bien dans la division genrée des tâches avec la « double journée de travail », au centre des luttes sociales, ou encore dans les entreprises avec « le travail à la chaîne ». On « est » son travail, plus qu’on ne le fait, on se forme pour l’exercer. Il nous apporte sécurité, mais on peut aussi en mourir.
Après avoir retracé l’aspect historique, Marie-Anne Dujarier traite des sujets actuels, qu’il s’agisse de la fameuse « valeur travail » reprise dans les discours politiques, de la précarisation du marché du travail ou des risques liés à l’intelligence artificielle.
Face à cela, doit-on s’adapter, fuir, résister ou instituer ? Les lecteurs et lectrices choisiront. En somme, un ouvrage rapide à lire mais dense, qui permet aussi bien de faire le tour de la question que de s’en poser beaucoup d’autres ! Audrey Fisné-Koch
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Travail, par Marie-Anne Dujarier, collection Le mot est faible, Anamosa, 2026, 112 p., 9 €.
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3/ « Légitime défiance », par Alexis Spire
La France dépense énormément pour ses services publics et pourtant la défiance face à l’Etat ne cesse de progresser. Comment peut-on l’expliquer ? Le sociologue Alexis Spire a mené l’enquête. Paradoxalement, le mécontentement par rapport à l’Etat social apparaît plus fort chez les plus défavorisés, avec l’impression que les allocations sont versées à ceux qui ne les méritent pas (notamment les immigrés), des difficultés liées à la dématérialisation des procédures et une intensification mal vécue des contrôles.
Le rapport à l’Etat est en partie ancré spatialement : voir des casernes de gendarmes redéployées, des écoles et des maternités fermer, etc., qui plus est par des décisions arrêtées ailleurs, laisse le sentiment d’être abandonné. Il ne faut pas oublier le désenchantement des agents de l’Etat pris entre baisses des moyens, faibles rémunérations, multiplication des contractuels et dégradation des conditions de travail, qui nourrissent la frustration et la bascule vers le soutien à l’extrême droite. On trouvera bien d’autres éléments d’analyse dans cette enquête qui souligne que les plus haut placés dans l’espace social sont les premiers à davantage accorder leur confiance à des services publics dont ils savent bénéficier. Christian Chavagneux
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Légitime défiance, par Alexis Spire, PUF, 2026, 394 p., 21 €.
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4/ « Une brève histoire du capitalisme responsable. 40 ans de RSE », par Sylvain Guyoton
Après le scandale en 1992 des conditions de travail chez les sous-traitants de Nike en Asie, on a assisté aux développements de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), depuis le greenwashing des débuts aux exigences qui sont ensuite montées en puissance après la tragédie du Rana Plaza en 2013.
Mais aujourd’hui, la RSE est en panne. Elle est même mise à l’index aux Etats-Unis, comme l’illustre la décision de plusieurs Etats républicains à partir de 2022 de retirer leurs investissements des fonds intégrant des critères RSE. Les lois qui s’en inspirent, sur le devoir de vigilance et le reporting extrafinancier, sont même rejetées dans la progressiste Europe, au nom de la compétitivité. Et beaucoup s’interrogent sur l’avenir de ce mouvement né des désordres de la mondialisation néolibérale. Tous ces efforts auraient-ils été vains ? Le recul actuel n’est-il pas une nouvelle démonstration de l’incapacité fondamentale du capitalisme à évoluer de l’intérieur ?
Au lecteur d’en juger. Mais le récit honnête – et passionnant – de Sylvain Guyoton, homme de l’intérieur, travaillant pour l’agence de notation sociale et environnementale EcoVadis depuis 2007, lui apportera un éclairage utile. Antoine de Ravignan
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Une brève histoire du capitalisme responsable. 40 ans de RSE, par Sylvain Guyoton, L’Eclaireur, 2026, 232 p., 19 €.
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