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Rivières en vie : rencontre avec l’écrivain et essayiste Camille de Toledo

Provenant du podcast

Le Book Club

 Marie Richeux

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Drôme

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2030 : lacs, espèces végétales, phénomènes biophysiques et autres entités naturelles peuvent désormais s’exprimer et revendiquer leurs droits. Dans un récit de l’avenir singulier, Camille de Toledo imagine un monde où la terre se soulève.

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Avec

Un récit du futur et l’histoire d’une rivière qui voit son statut, puis ses droits, être modifiés, dans la France des années 2035. L’auteur Camille de Toledo, imagine comment cette nouvelle entité, accompagnée d’avocats, de défenseurs, d’assemblées, tente de faire reconnaître sa force de travail, notamment de production d’électricité. Alors forcément tout bouge, mais le mouvement, c’est la vie et accueillir les droits de la nature, c’est peut-être ça accepter d’être mu et ému. Camille de Toledo utilise le droit et l’imagination pour créer ce mouvement. Son livre s’intitule L’internationale des rivières et il a paru aux éditions Verdier.

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Une rivière devient sujet : imaginer un nouveau droit du vivant

Camille de Toledo part d’un constat intime pour nourrir sa fiction politique : «  j’essaie de comprendre pourquoi […] une partie de ma vie est engagée dans ces droits de la nature« . Il rappelle que cette idée a déjà une histoire concrète, depuis « 2008 […] la constitution de l’Équateur [qui] reconnaît les droits de la terre mère« , jusqu’aux statuts accordés à certaines rivières en Colombie ou en Nouvelle-Zélande. Touché par ces précédents, l’auteur s’interroge : « comment est-ce qu’on traduit les forêts, comment est-ce qu’on traduit un arbre ? » et surtout « est-ce qu’une rivière a une intention ?  ». À partir de là, il projette cette réflexion dans le futur pour « tirer le fil » d’un changement de langage et de droit qui transforme une rivière en sujet.

Dans son récit, ce basculement n’est pas théorique : « ça se joue aussi dès maintenant« , insiste-t-il, évoquant des propositions de loi et des initiatives européennes en cours. Mais ce déplacement du statut — d’objet à personne — produit « une cascade de conséquences« . Il ne s’agit plus seulement de reconnaître une entité, mais de repenser entièrement les rapports économiques et juridiques : «  il y a tout un monde qui bouge « . Ce bouleversement repose aussi sur une conviction littéraire : « l’ensemble des organisations du monde […] sont produites par des effets de langage« , et donc « nous pouvons changer les écritures« . L’imaginaire devient alors un levier de transformation concrète.

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Du monde A au monde B : transformer les imaginaires et les rapports de force

Face aux limites du système actuel, Camille de Toledo décrit « le monde A […] des contraintes, des impossibilités » et lui oppose une pluralité de « mondes B« , ces futurs alternatifs qu’il s’agit de rendre pensables. Mais l’enjeu essentiel reste le passage : « comment est-ce qu’on passe du monde A à un de ces mondes B ? ». Son essai-fiction tente précisément de « contribuer à cet effort collectif« , en imaginant un monde où «  les entités de la nature sont des personnes dotées […] de droits  ». Ce changement ne relève pas seulement de l’utopie : il constitue un outil pour «  faire bifurquer nos économies et nos sociétés ».

Cependant, cette transition se heurte à la réalité des infrastructures et des rapports de force. Même dans un monde transformé, «  c’est très compliqué de […] s’en sortir« , reconnaît-il. D’où l’idée d’une voie intermédiaire : si la nature ne peut pas toujours refuser les usages humains, elle peut en revanche réclamer une part de ce qu’ils produisent. Il propose ainsi la notion de » gratitudes« , inspirée de pratiques autochtones, pour reconnaître que les humains « doivent leur vie […] à un travail […] biophysique« . Dans cette perspective, accorder des droits ne suffit pas. Le récit explore alors ces tensions, laissant place à l’hésitation et au doute : « le narrateur […] oscille et […] avance« , invitant le lecteur à cheminer avec lui dans cette transformation encore incertaine.

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La question de l’auditrice

La question de Lucie @lucie_eple à l’attention de Camille de Toledo : « Votre livre fait partie des livres que j’appelle des utopies réalistes, parce qu’elles s’éprouvent très concrètement, d’ailleurs, je crois que vous avez travaillé et travaillé encore avec des collectifs citoyens autour du statut des rivières. Quand vous êtes venu à la librairie, vous avez dit que nous étions de la génération Mad Max, qu’il fallait qu’on lègue autre chose à nos enfants et que pour ce faire, on devait nourrir nos propres imaginaires. Je voulais savoir qu’elles étaient vos sources d’utopies réalistes ? »

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Le grand jeu des pages musicales

Aujourd’hui, on doit la trouvaille à Alain via le mail du Book Club. Il s’agit d’un extrait du livre de Kim Stanley Robinson Le Ministère du futur (Bragelonne), traduction de Claude Mamier, dans lequel est mentionnée La Toccata et fugue en ré mineur de Bach.

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Bibliographie

Camille de Toledo, La terre céleste : comment la Bible parle de la nature (Climats)

Camille de Toledo, Si Stefan Zweig pouvait parler (Manuella)

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Archive

Serge Latouche, émission Idées, Benoît Ruelle, Radio France International, 13/04/2008

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Références musicales

Areski Belkacem, La Seine

Federico Durand, La Manzana Magica

Samuel Reinhard, Interior II

Amelie Nilles, Renaissance

Bach, Toccata et fugue en ré mineur

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Marie Richeux

Productrice de l’émission « le Book Club » sur France Culture et écrivaine

Jeanne Aléos

Collaboration

Mathilde Wagman

Collaboration

Marianne Chassort

Collaboration

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